CHAPITRE IV CHAMPIGNONS PRODUISANT LA GASTRO-ENTERITE
Ces champignons ne sent pas très toxiques et donnent rarement lieu L à des accidents prolongés.
Parmi ces cryptogames nous pouvons citer R. emetica, Lactarins pipe. ratus (1), zonarlus, torminosus, azonites. Ces champignons contiennent des principes âcres très solubles et il nous parait certain que toutes les | Russules et les Lactaires peuvent être rendus comestibles après passage : dans l'eau bouillante acidulée. On prétend que Russnla emetica est mangée « en abondance dans les provinces baltiques après cette simple précaution. :
V. GILLOT (2) rapporte une observation de X. Gillot: ,Un amateur de * Russules qui pour une fois ne prit pas la précaution de faire blanchir sa * récolte à l’eau bouillante fut pris, trois heures et demie après le repas, de « tranchées violentes avec malaises nauséeux, puis de vomissements alimentaires; ceux-ci se répétèrent très violents avec sueurs froides, pouls petit, faciès pâle et anxieux, yeux enfoncés, pupilles contractées, bref, tous les « symptômes d'un empoisonnement à forme de gastro-entérite cholériforme, car des évacuations alvines se produisirent également, mais tardivement“. (Voir aussi ROCH, loc. cit., page 54.)
L'état fut assez alarmant, mais la guérison survint complète le lende- F main. Il fut assez facile d'établir d’après les épluchures et le reste de la | cueillette que le champignon coupable était Russula sanguinen ramassée en même temps que R. lepida, espèce non toxique. L
D'après KROMBHOLZ(3), Russula rubra D. C. et R. cuprea KROMB-* HOLZ, Russula nitida PERSOON ,donneraient également de la gastroentérite, tandis que R. foetens ne produirait que des malaises et des ver-“ tiges“. 4
V. et X. GILLOT (4) rapportent une observation concernant une famille“ empoisonnée par Russula emetica. La guérison ne s'établit que le sur-« lendemain. |
KRAPF (5) aurait observé sur lui-même des cas de malaises par Russula emetica. La guérison fut rapide Les Russules ne pourraient devenir. mortelles que chez des personnes très faibles ou ayant déjà une affection. gastrique ou intestinale. 3
KROMBHOLTZ a prétendu qu'en Bohême on signale souvent des Cas mortels par les Russules, mais HOCKHAUF nous fait remarquer que l'on 4
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(1) Nous avons fait certaines expériences sur nous-mêmes et sur deux membres de. | notre famille. Le lactaire poivré était mangé (60 gr. par personne) associé à du veau Il avait été préalablement soumis au blanchiment. Nous n'avons pas constaté le moindre 1 malaise chez aucun de nous. Toutefois nous ne pouvons recommander ce plat au mycophage amateur de mets . . . délicieux. :
(2) V. GILLOT. Thèse déjà citée.
(3) Cité par HOCKHAUFF. Zur Kritik der Pilzvergiftungen. Wiener Klin. Wochenschrift, 1904, p. 731. |
(4) V. et X. GILLOT. Empoisonnement par les champignons. Bull trimestriel de 1 ! Soc. Mycol de France, 1902, XVIII, p. 38.
(5) Cité par HOCKHAUFF, loc. cit.
nomme en Bohême ,Giftiger Tatübling“ (Russule — Taübling) la phalloïde et alors que penser de ces empoisonnements par les Russules.
| THIEMISCH (1) signale deux décès pour lesquels Russula emetica
aurait pu jouer un rôle, mais les 2 victimes (2 enfants) auraient mangé
en même temps À. phailioïdes,.
KROMBHOZLZ signale parmi les lactaires toxiques les L. torminosus L. et L. zonarius BULL et comme douteux les L. insulsus FR., pubescens FR. pyrogalus BULL.
En 1901 (2), GOLDMANN consacre un travail aux Lactarius torminosus qui firent 11 victimes: 8 adultes et 3 enfants; le plus jeune âgé de deux ans succomba ainsi que deux femmes.
| HOCKHAUF met en doute cette observation et prétend que d’après les résultats des autopsies, il serait peut-être plus exact d’incriminer l’Ama- nite bulbeuse.
| A côté des Russules et des Lactaires, on signale encore quelques accidents survenus par suite de l’ingestion d'autres champignons. Le Tricholoma tigrinum aurait été récolté près de Pontarlier pour Clitocyhe nebularis (8). Nous estimons, malgré l'avis de Ghanvin que Clitocybe nebularis bien spécifiquement déterminé est un excellent comestible.
Ï1 s'agit d'une famille de 8 personnes et le fait est décrit par A. COUR- TET (4). Une heure après le repas, toutes les personnes ayant mangé de ce champignon furent prises de crampes d'estomac, de coliques violentes, de (G) ‘S9In9U $F PPUPWOP UOSHINS CT OPIJ9F 91) 99ULIBID 9P 19 SJUSUWESSIUIOA | KONRAD de Neufchâtel signale en 1918 et 1919 deux nouveaux em-
poisonnés par T. tigrinum.
L'Entoloma lividum, d'aspect très engageant, est une des espèces dont il conviendrait de vulgariser la connaissance. Nous le considérons comme très dangereux et nous dirons pourquoi dans un instant.
GILLOT signale deux observations inédites de Paul BOUTARD. Il s'agit d’un ferblantier qui fut pris de vertiges, de nausées, douleurs d’estomac, diarrhée et vomissements trois ou quatre heures après l'ingestion.
Une autre fois six personnes présentèrent les mêmes accidents.
HETIER (6), en 1902, rapporte également que cinq personnes furent très souffrantes après ingestion d'E. lividum.
En 1906, X. GILLOT, (7), vit trois cas analogues. Les champignons avaient été récoltés pour Psalliota arvensis.
La même année, BARBIER (8) signale plusieurs cas d'empoisonnement survenus près de Dijon.
En 1906, BUTIGNOT (9) rapporte six cas observés dans le Jura bernois.
(1) MARTIN-THIEMISCH. Zur Pathologie der Pilzvergiftung. Deutsche med. Wochenschrift, 1898, XXIV, p. 760.
(2) HUGO GOLDMANN. Ueber Vergiftungen mit dem Giftpilze Agaricus torminosus Wiener Klinische Wochenschrift, 1901, XII, p. 279. (3) E, CHAUVIN, gastro-entérite, par Clitocybe nebularis (Bull. S. M. F. 1921, p, 90). (4) COURTET. Note sur nos divers cas d’empoisonnement par les champignons à Pontarlhier. Bull. Soc. Mycol. France, XXIV, 1908, p. 132. (5) Nous considérons le Tricholoma tigrinum comme une espèce toxique. Voir syndrome tricholomien.
(6) FR. HETIER. Empoisonnement par l’Entoloma lividum. Bull. Soc. Mycol. France, 1902, XVIII, p. 33.
(7) X. GILLOT. Notes toximycologiques. Bull. Soc. Mycol. France, 1906, XXII, p. 166. (8) BARBIER. Empoisonnement par l’Entoloma lividum. Ibid. p. 170. (9) ED. BUTIGNOT. Empoisonnement d’une famille par l’Entomola lividum. Bull. Soc. Mycol. Ibid. p. 179.
En 1909 (1), le même auteur observe cinq nouveaux cas.
En 1912, GRANDJEAN (2) signale de terribles accidents provoqués par l'Entoloma lividum.
En 1912, nous (3) signalons, pour la seule année 1912, 66 accidents dont un mortel chez un enfant de quatre ans.
En 1918, nous avons pu enregistrer 14 intoxications graves par E. lividum.
En 1920 il y eut 9 cas d'empoisonnements par le même cryptogame.
MICHELI (4) publia le premier une observation que rapporte PAULET (loc. cit., 1, p. 352): ,Je fis remettre un jour à un peintre chargé de les dessiner des Olivi (Pleurotus olearius). Séduit par leur belle apparence, il s'empresse de les faire cuire dans une poêle à frire et de les manger avec sa mère qui était plus que sexagénaire. Or, deux heures après ce repas, ils étaient pris de violentes coliques. Ce ne fut pas sans peine qu'ils parvinrent à s'en débarasser, l’un buvant de l'huile, l’autre de la thériaque“.
Le Pleurotus olearius en effet, est connu pour provoquer des coliques.
Une publication de PLANCHON (5) rapporte six faits, une de RE- GUIS (6) avec une observation et une de V. HARLAY (7) qui en apporte deux. Dans chacune de ces publications, on constante que les phénomènes d'intoxication se sont bornés à une gastro-entérite guérie rapidement.
Bien des cas d'indisposition par les Chanterelles orangées (Cantharellus aurantiacus) ont été signalés, notamment par Mlle BELEZE (8), par GLEDITSCH (9), POUCHET (10).
Nuos avons bien souvent consommé Cantharellus aurantiacus, Cantharellus tubæïformis (11) sans éprouver le moindre malaise. Nous estimons que ces champignons sont comestibles.
Stropharia coronilla FR, mangé sans inconvénients par plusieurs auteurs (12), a causé une gastro-entérite sérieuse à un malade du docteur LEGENDRE (13). I1 faut ajouter que c'était un vieillard de 72 ans.
Pratella xanthoderma (Genévrier) a été proscrit du marché d'Angers (4) pour avoir provoqué des accidents de gastro-entérite.
(1) ED. BUTIGNOT. Nouveau cas d’empoisonnement par l'Entoloma lividum. Bull. Soc. Mvycol., 1912, XXVII p. 250.
(2) GRANDIJEAN. Causeries mycologiques. Bull. Soc. Mycol. France 1912, p. 154:
(3) À. SARTORY. Empoisonnements par les champignons (été 1912), Paris 1912. Klincksieck, édit. |
(4) MICHELI. Nova plantarum genera juxtâ Tournefortii methodum disposita. Florence 1729.
(5) Cité par GILLOT. Thèse citée, p. 209.
(6) REGUIS. Empoisonnement par un pleurole et une clavaire. Bull. trimest. Soc. Mycol de France, 1903, XIX, p. 388.
(7) V. HARLAY. Note sur un empoisonnement par le Pleurotus olearius. Ibid. 1906, MALE ND 271
(8) BELEZE. Cas d'empoisonnement par les chanterelles. Bull. Soc. Mvycol. France, 1900, XVI, p. 94. 10
(9) Cité par LEWIN. Traité de toxicologie traduit et annoté par G. POUCHET, Paris 1903, p. 504. 2
(10) Note de G. POUCHET, Ibid, p. 204. ,
(11) A. SARTORY. Au sujet de la non toxicité de deux chanterelles Cant. eS et C. tubaeforms. Bull. Soc. Mycol. France, 1909, XXV, p. 253.
(12) PARIS. Champignons comestibles et vénéneux. Bull. Soc. Mycol. France, 1912,
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Annexe p. 49. f TE L (13) LEGENDRE. Anjou médical, 1er janvier 1900, VII, p. 4, cité par Gillot. Thèse p. 233. (14) LABESSE. Les champignons d'Anjou en 1909 Anjou médical, 1910. ‘|
E. LASSAUSSE. intoxication après ingeslion de Psalliota xanthoderma. Anjou médical, 1902, IX, 0. 297. | Voir aussi X. GILLOT. Notes toximycologiques. Bull. Soc. Mycol. France, 1906, XXILM p. 166. }
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Quant à Amanita junquillea QU. les uns l'estiment très toxique (1) d'autres excellente et nous sommes de ces derniers.
Peut-être y a-t-il là toutefois une influence saisonnière ou une influence du climat, du sol et du pays.
Les expériences que nous avons pu pratiquer sur des chiens, chats, lapins (injections sous-cutanées et ingestions) et sur nous, ingestion (5 fois) en prise de 100 grammes, ne nous permettent pas d'envisager l'A. junquilliea comme toxique.
Certains auteurs prétendent que le Secleroderma vulgare est vénéneux (SCHRÔTER). POUCHET dit qu'il conserve sa toxicité même après avoir été soumis à deux reprises à l’'ébullition.
Quant à l'espèce sèche, il dit l'avoir introduite dans l'estomac des lapins sans qu'il survint aucun phénomène d'intoxication. Voir POUCHET, . Traité toxicologie, page 912.
| Citons aussi une observation plutôt curieuse de GILLOT, qui a vu le Clitopilus prunulus, espèce parfaitement comestible, consommé frais, donner une gastro-entéritée sérieuse. Or, les champignons avaient été recueillis dans un endroit où poussaient également Amanita mappa, et GILLOT a suggéré l’idée ,d'un contact des mycélium dans le sol“. André THEURIET signale aussi que des Morilles ayant poussé auprès d'Arum commune étaient devenues vénéneuses ,, par contagion (ROCH).
Dans certains pays on mange des espèces réputées vénéneuses ailleurs. . C'est le cas de certains Bolets (Boletus satanas, luridus, etc.), certaies Russules, Russula Queletii, Russula emetica, Amanita muscaria (nous reviendrons sur ce point) mais il faut bien dire que ces différences tiennent suriout du mode de préparation de ces champignons.
Remarquons également qu'il est juste de faire une large place aux idiosyncrasies.
On signale une observation du docteur GILBERT, de Genève, qui relate qu'un de ses clients ne pouvait manger de chanterelles fraîches et bien cuites, celles-ci étant pour lui un véritable poison éméto- cathartique. G A ces champignons, il est utile d'ajouter un mot sur un cryptogame utilisé en thérapeutique contre les sueurs profuses des phtisiques: ,l’Agaric blanc” des pharmaciens ou encore Boletus laricis, plus exactement Polyporus oïfficinalis FR.
Ce champignon contient comme principe actif de l'acide agaricinique ou agaricine.