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terminés. Cette leçon ne porte pas ses fruits, car trois jours après, dans son zèle de végétarien, notre homme consomme un nouveau plat de champignons, déterminés cette fois-ci comme Boletus pachypus. Bientôt après le repas surviennent (es vomissements et de la diarrhée qui persistent très intenses durant 4 jours. Le malade a une soif ardente mais il ne peut garder l’eau qu'il boit, à cause des vomissements. Il devient somnolent; ses pupilles, petites, ne réagissent plus; la langue est sèche; les forces l’abandonnent; les muscles sont très douloureux à la moindre pression et les réflexes tendineux sont presque abolis. Tous ces phénomènes sont bien expliqués par la déshydratation de l'organisme.
La mort survient sept jicurs après le repas et, comme l'a démontré l'autopsie, elle est due à l'excès des phénomènes d'irritation du tube digestif: il y une phagite nécrosante, un catarrhe intense de l'estomac et de l’entérite hémorrhagique. il est évident que si les accidents ont pris dans le cas particulier une allure assez sévère, cela tient à la prédisposition créée par le premier empoisonnement. Deux camarades ayant pris le même repas furent seulement indisposés“.
X. GILLOT (1) rapporte le fait suivant constaté en octobre 1898 à Marcigny (Saône-et-Loire) par les médecins de la localité.
»Dans une maison du faubourg traversé par la route de Roanne, se montrèrent successivement chez tous les habitants les symptômes d’une maladie singulière, consistant surtout en troubles dyspeptiques: vomissements, coliques, diarrhée vertiges, faiblesse générale, etci, mais sans fièvre résistant à tous les traitements et tenant en échec la science de tous les praticiens de la ville“.
Ce n’est qu'après un temps assez long que l’on suspecta les eaux d’un puits (la maladie ressemblant un peu à la fièvre typhoïde). Une poussière noire se montrait à la surface de l’eau. On consulta M. ORMEZZANO, de Marcigny, très versé en mycologie. Il reconnut sans hésitation dans les touffes de champignons qui garnissaient l'intérieur du puits l'Hypholoma fasciculare et pensa que, par ses spores, ce champignon pouvait être toxique. Le puits fut vidé, refait complètement et en peu de jours tous les malades étaient complètement remis. Il est possible que les spores d'une part mais sutout la macération de tissus fongiques vieillis et décomposés aient pu causer cette série d'empoisonnements à symptômes de gastroentérite.
Maurice THURIN (2) relate un cas d'intoxication très curieux qui semble être dû à l'ingestion de Pezizes couronnées (Peziza coronaria) non cuites.
Le 12 mai 1910 M. THURIN avait récolté dans un bois d'Epiceas une assez grande quantité de Peziza (Sarcosphaera coronaria JACQ.). Il avait apprécié ce champignon cuit, il voulut le consommer préparé en salade comme il le faisait toujours pour le Guepinia rufa. ,Dans ce but les Pezizes furent pelées, puis mises une heure avant le repas en contact avec l'huile et le vinaigre: elles avaient alors, en devenant plus tendres, perdu la. plus grande partie de leur eau“. ,,Nous les mangeâmes à midi, dit M. THURIN. Deux heures après Madame Thurin qui en avait absorbé à
(1) X. GILLOT. Empoisonnement par les champignons, p. 230, loc. cit. (2) M. THURIN. Troubles digestifs avant succédé à l’ingestion de Peziza coronaria consommée en salade. Bull. soc. Mycol. Tome XXVIII, 2 fascicule, p. 159.
peine deux cuillerées, fut prise de vomissements et de diarrhée; à quatre heures, tout malaise avait cessé. Quant à moi qui en avais consommé une assiette, je ne me sentis fatigué qu'à quatre heures, au sortir de ia classe, Mon malaise se traduisit par des vomissements qui reprirent vers sept heures, jusqu’à ce que l'estomac fut complètement vidé“. M. THURIN pensa à une indigestion. Cependant la sensation d'angoisse qui précéda les vomissements lui parut bien plus pénible que celle qui accomwagne l’indigestion banale. Aussi M. THURIN suppose-t-il que la Pezize incriminée pourrait contenir un principe nocif détruit ou volatilisé par la cuisson et peut-être analogue à celui de l'acide helvellique.
Tout recemnient, notre ami Ed. BUTIGNOT (1) publie une observation sur des ,Méfaits causés par le Sarcosphaera coronaria Jacq. BOUDIER que nous reproduisons in extenso:
Dans la matinée du ler mai 1920, le nommé Arthur B.., mécanicien 4 Courtételle
(Jura Bernois), rapportait d’une tournée de Champignons une certaine quantité de Baïrcosphaera coronaria, à l’état jeune soit en boules et de ce fait connus dans la région sous le nom de ,pommes de terre“; en outre quelques Yrichoioma Georgii. Ces champignons, il les connaissait bien et les appréciait pour les avoir consommés à diverses reprises sans le moindre inconvénient. Lui-même les apprêta pour le repas de midi de la manière suivante: Fréalablement nettoyés à l’eau chaude à l'aide d’une brosse de racines, ils furent bouillis dans une marmite émaillée sans aucune adjonction, apprêtés en salade et servis dans un petit saladier en faïence qu'ils remplissaient incomplètement. Le repas se composait en outre d'une soupe aux pommes de terre, d'un lapin rôti (tué le inêine jour) garni des mousserons récoltés, d'une purée de pommes de terre et de café au lait. Chaque membre de la famille mangea des pézizes à peu près par portions égales, sauf un jeune garçon de 7 ans qui préféra s’en abstenir; on lui octrova les mousserons et il ne fut d’ailleurs nullement incommodé.
Monsieur ARTHUR B.., 37 ans, n’a pas ressenti de douleurs abdominales, mais voyant ses enfants vomir, ingurgita un petit verre de gentiane, se coucha à 3 heures un peu étourdi, vomit par trois frois entre2 heures */, et 4 heures, dormit un moment puis ge irouva bien. Pas de diarrhée.
Madame JUDITH B.…., 37 ans 1}, s’abandonna après le repas à son sommeil habituel de courte durée, mais ne tarda pas à ressentir des envies de rendre; elle avala également un petit verre de gentiane et ne parvint pas à vomir, malgré tous les remèdes domestiques qui lui furent administrés. Üne diarrhée fréquente et impérieuse survint sans douleurs abdominales particulières. Les extrémités étaient glacées et cyanosées. Mort dans le collapsus vers les 7 heures du soir sans autres souffrances, peu avant l'arrivée du médecin que l'entourage n'avait pas jugé bon de prévenir plus tôt. Ce dernier constata une légège rigidité des membres supérieurs, de ia cyanose des lèvres et de la dilatation pupillaire.
Renseignements pris, cette dame jouissait d’une bonne santé habituelle; sa période menstruelle venait de prendre fin. Aucune prédisposition n’expliquerait cette fin tragique; il est profondément regrettable qu'elle n'ait pas pu vomir.
ALICE B.…., 15 ans, se plaignait d'avoir mal à l'estomac entre midi et demi et 1 heure. et tôt après, vomit par deux fois à quelques minutes d'intervalle; puis elle se sentit bien. Diarrhée nulle.
JEANNE B.., 12 ans 1}. Dès midi #/,, ressentit une pesanteur d'estomac, se rendit à 1 heure à l’école où elle vomit peu après son arrivée.
Aux deux enfants également, il fut administré un peu de gentiane.
Il convient de remarquer que cette famille B.. ne présentait pas une idiosyncrasiem vis-à-vis de ces champignons, attendu qu'elle en avait consommé les années précédentes, È que Je mari les mangeait même crus sans inconvénients, mais c'était le première fois ÿ qu'ils étaient apprêtés en salade! |
(1) Bull. Soc. Myc. France, 1921 (19 fasc.), p. 71.
‘Chose curieuse, ce même ler mai, le nommé Ernest B.., à Courtételle, consommait à la même heure les mêmes champignons qu’on avait simplement ébouillantés et assaisonnés d'oignon et d'ail, huile et vinaigre. Il fut rapidement pris de vomissements qui se répétèrent plusieurs fois, puis il retourna à son travail. C’est Madame H. M.., qui les lui avait donnés.
Cette dame H. M... à mangé a la même époque le Sarcosphaera coronaria qu'elle connaît parfaitement: Une première fois en salade, préalablement bouilli avec oignon et ail, une seconde fois en sauce et une troisième fois en salade, cette fois-ci avec cinq personnes de sa famille dont deux enfants. Personne n’a été indisposé. Elle l’a mangé également cru.
Le jour de l’empoisonnement, Madame L. H., absorbait quelques pézizes récoltées par Madame H. M... et jetées simplement avec cuisson préalable dans une sauce de rognon. Elle en avait aussi mangé une crue sans inconvénient.
La famille Emile B.., composée de quatre personnes dont un enfant a mangé cette année, pendant une semaine et cela deux fois par jour et en bonne quantité, ces pézizes blanchies, puis apprêtées en sauce et le plus souvent en salade avec oignon, ail et ciboulette, sans avoir été incommodée le moins du monde.
Nous avons tenu à nous rendre compte des endroits où avaient été récoltés tous ces champignons consommés avec ou sans inconvénients par les personnes de Courtételle et nous nous sommes rendu le 8 mai avec différentes personnes de la localité, sur la colline de Chaux située au nord-ouest du village. Au bas du versant nord de la colline, à proximité du village de Develier, existe un petit bois formé de jeunes épicéas où le Sarcosphaera était extrêmement abondant. C’est à cet endroit là qu'avaient été cueillies les espèces mortelles par M. Authur B.…. Toutes les autres avaient poussé sur le versant sud, dans le pâturage et sous des pins bordant le bois. Les stations indiquées se trouvent toutes dan3 le même terrain géologique, molasse alsacienne et calcaires d’eau douce de l’Oligocène, partie moyenne de la formation tertiaire (Dr. KOBY).
Etendant notre enquête, nous avons appris de M. A. W., de Moutier, qu'il avait, à la fin d'avril dernier, récolté sous les pins du versant sur de la colline de Chaux ces mêmes Champignons, les avaient mangés ensuite en salade tout crus et en sauce. Le 9 mai, il en trouvait sous un épicéa dans un pâturage du Mont et les mangeait à la croque au sel et en salade. Depuis nombre d'années, il les récolte sous des pins ou sapins et Îes consomime indifféremment et impunément crus ou cuits, en sauce ou en malade.
Le docteur KOBY, professeur à Porrentruy, nous écrit en date du 21 mai: ,,On récolte encore tous ces jours des pézizes dans nos contrées. On les trouve indistinctement sous des pins, sapins ou épicéas. On les apprête de toutes manières: beurre et oignons, sauce blanche, garniture de rôtis; ïl y en a qui les mange en salade sans même les cuire!“
M. l'Abbé GRIMAITRE, curé à Tramelan (Jura Bernois), nous écrit que cette pézize pousse plus spécialement dans les ravins, fréquemment sous les sapins dont les branches reposent sur le terrain. Dans sa région, elle est préparée en sauce blanche, jetée dans les rôtis, mélangée avec des œufs ou bien ébouillantée pour être servie en salade. Il est très surpris que l’empoisonnement tragique de Courtételle provienne de Sarcosrhaera coronaria qu'il a consommé des centaines de fois. Il a bien assisté il y a quelques années à deux empoinsonnement par ce champignon survenus à quelques jours d'intervalle, mais dans les deux cas les espèces en cause étaient franchement avariées.
Enfin, M. E. P..., horloger à Délémont, alors âgé de 35 ans, avait consommé au printemps 1919, au repas du soir à 8 heures, de ces pézizes jeunes (en boules) à l’état cru et, simplement en salade avec adjonction d'oignon, ail, échalotte. Il s'était senti l'estomac chargé après souper et se trouvant décidément mal à l’aise à minuit, avait ingurgité une infusion de camomilles, après quoi étaient survenus des vomissements répétés et une diarrhée abondante.
A Genève et à Neufchâtel, les mycologues n’ont pas connaissance d'accidents semblables.
Dans la littérature, nous n'avons trouvé qu’une relation de Troubles digestifs ayant succédé à l’ingestion de Peziga coronaria consommé en salade“, par M. Maurice THURIN
(Bulletin Soc. Myc. Fr, 1912, p. 159). Ici les champignons consommés à l’état cru avaient occasionné des accidents analogues.
Le Champignon qui nous occupe est très répandu et partout il jouit d'une réputation de comestibilité parfaite: il n’en est pas moins vrai qu’en 1910 il a occasionné sur deux personnes les accidents rapportés par M. Thurin à Cluses, en 1919 empoisonné une personne à Delémont, en 1920 une famille de quatre personnes à Courtételle dont une atteinte mortelle et une autre personne de ce dernier village.
Les accidents survenus à Tramelan, s’expliquant par l’état de décomposition des cryptogames, ne sont rappelés ici que pour insister une fois de plus sur la nécessité absolue de restreindre sa gourmandise à la consommation d’espèces en parfait état de fraîcheur
La circonstance qui s'impose à notre attention, c’est la préparation de cette Pézize en « salade, les quatre fois où elle s’est montrée toxique, deux fois à l'était cru, les deux autres préalablement blanchie. ‘4
Ou'elle soit impunément consommée par un grand nombre de personnes et quelle
que soit la préparation à laquelle on l'aura soumise, c’est une chose prouvée; cependant M
en considération des faits rapportés ici, il y a lieu de tirer cette conclusion pratique, qu'il est recommandable ie g'abetenir de consommer PEZIZA CORONARIA en salade. Sûrement que ces accidents sont à rapprocher de ceux qui ont succédé à l’ingestion d’autres Discomvycètes, auxauels il est bon d'appliquer cette recommandation. Nous espérons revenir un jour sur cette question. Pour le moment, notre but est d’éveiller la défiance des mvcophages et de les mettre en garde avant la poussée prin- M tanière.