AMANITE TUE-MOUCHES
(Fausse Oronge)
du délire, rappelant la période d'excitation de l'ivresse alcoolique, des accès de manie furieuse, suivis assez rapidement d’un sommeil comateux.
Dans un cas comme dans l’autre. l'incubation est courte.
La forme gastro-intestinale de l’empoisonnement est rarement tout à fait pure. En même temps que les coliques, les vomissements et la diarrhée, il y a du vertige, des éblouissements, un peu de délire, quelques convulsions, ou bien de la prostration avec tendance au sommeil, parfois les deux à la fois. Souvent l’amnésie consécutive est signalée, ce qui indique toujours un trouble des fonctions intellectuelles.
Dans d’autres cas la distinction est bien plus évidente; on a alors la forme nerveuse typique.
Nous prenons dans ROCH l'observation suivante rapportée par MAGNIN (1).
Un officier d'Epinal ayant mangé sans aucun malaise quatre fausses oronges voulut faire bénéficier des camarades de son expérience. Il donna à ceux-ci les Amanites d’une nouvelle récolte. Lui-même reste indemne. Comme de tous les convives il était celui qui en avait le plus mangé il faut croire qu'il était réfractaire au poison. En revanche, le cuisinier qui avait goûté au plat éprouva des vertiges et de l'ivresse rapidement guéris avec un vomitif, tandis qu'un capitaine fut pris d'un délire gai suivi de stupeur, entrecoupée de convulsions; il eut de la contraction de la pubpille. La guérison survint au bout de trois jours.
Le malade de COURTET (2) dans un accès de délire, se jeta par la fenêtre à travers le vitrage.
Le docteur E. ROBERT-TISSOT (3) fut appelé dans le canton de Neu-
châtel pour quatre ouvriers italiens qu’il trouva dans une grange, endormis d'un sommeil dont rien ne pouvait les tirer. Il apprend qu'ils avaient mangé à midi une soupe aux champignons. Les paysans chez qui logeaient ces quatre italiens les avaient entendus vers 2 heures de l'après-midi sauter dans la grange, se livrer à des exercices bruyants et hurler comme des sauvages. A trois heures, tous dormaient profondément et leurs hôtes avaient cru à une ivresse alcoolique simple. Ce n’est qu’en exa- minant les restes du dîner qu'ils se rendirent compte de la réalité. Le repas était composé uniquement d’'Amanita muscaria. Le médecin ne voyait les malades qu'à cinq heures.
»I1 leur administra de la strychnine et de l’éther camphré, ce qui les sort de leur léthargie suffisamment pour qu'on puisse leur faire un lavage d'estomac qui ramène des quantités prodigieuses d'amanites fausses oronges. Après quoi le médecin prescrivit de l'huile de ricin, et, le lendemain matin déjà, les quatre malades reprenaient leur travail“.
Il semble si l’on examine certaines observations d’empoisonnement par Amanita muscaria que les cardiaques possèdent une sensibilité toute spéciale à l’action des principes actifs de l'A muscaria. On sait d’ailleurs, et ceci vient à l'appui de ces observations, que la muscarine a une action élective sur les extrémités cardiaques des nerfs vagues.
(14) Observ. rapportées par MAGNIN, loc. cit.
(2) COURTET. Notes sur divers cas d’empoisonnement par les champignons à Pontarlier. Bull. Soc. Myc. de France, 1908, XXIV, p. 132.
(3) Voir M. ROCH, Loc. cit., p. 66.
— 138 mr
Quel est le poison ou les noisons de l'A, muscaria?
Nous avons repris les recherches de HARMSEN et depuis deux ans nous poursuivons un travail sur l'évaluation de la muscarine contenue dans des échantillons d'A, muscaria de diverses régions de la France Voici nos résultats pour le moment:
Dose de Muscarine
pour gr.
Année de champignons frais
Atnanita muscaria Remiremont (Vosges) 1913 0 gr. 023 — Gard, près Nîmes 1912 0 gr. 010 —- Genolhac (Gard) 1912 0 gr. 008 —— Bois de F. repose (S.-et-Oise) 1912 0 gr. 027 — Forêt de Hay, près Nancy (M.-et-Moselle) 1913 0 gr. 023 — Forêt de Marly (S.-et-Oise) 1913 0 gr. 023 — Forêt des Gonards (Seine-et-Oise) 1913 0 gr. 025 — Remiremont (Vosges) 1913 0 gr. 024 — St-Gilles (Gard) 1913 0 gr. 013 — Angoulême (Charente) 1913 0 gr. 012 — Suisse, près Meiringen 1913 0 gr. 027 - Suisse (Interlaken) 1913 0 gr. 028 — Jura, près St-Claude 1913 0 gr. 024 — Val Suzon (Côte-d'Or) 1913 0 gr. 016 — Environs de Toulon 1913 0 gr. 009
Nous pouvons constater en premier lieu l’'inégale teneur en muscarine de ces divers échantillons.
De plus nous avons eu l’occasion de soigner des malades empoisonnés par À. muscarila, nous avons reproduit expérimentalement sur des animaux des empoisonnements, d’une part par la fausse oronge, d'autre part par la mycetomuscarine et nous nous voyons dans l'obligation de dire. : comme POUCHET, HARMSEN, ROCH, etc, que les symptômes par | À. muscaria ne sont pas ceux que donne la muscarine. |
I faut donc admettre qu'à côté de la muscarine il existe d'autres : substances toxiques agissant différemment (1).
Maïs quels sont alors les toxiques en cause?
Expliquant très bien les phénomènes cérébraux, nous avons la Pilzatropin ou myceto-atropine: les effets de l’atropine sur le système nerveux central sont identiques à ceux qui se produisent après l’ingestion de la fausse oronge (ivresse).
Cependant, on a fort souvent ordonné l’atropine comme contre-poisbn . de l'A. muscaria, alors que en réalité, dit ROCH c’est un synergique dont - {1 y a lieu de proscrire absolument l'emploi‘,
»Pour les troubles intestinaux, poursuit ROCH —- nous pourrons jus-* qu'à plus ample informé — en accuser la choline (amanitine de Letellier, ; bilineurine de Liebreich), contenue en assez grande abondance dans le“
champignon tue-mouche, la choline et probablement plusieurs autres subs-
(1) SARTORY. Essais chimiques et physiologiques sur l’Amanita muscaria. Société F de pathologie comparée, séance du 9 décembre 1918. À Voir aussi C. R. Soc. Biologie de Nancv, Décembre 1913. Localisation de la musearine dans A. muscCaria. Expériences chimiques et physiologiques.
A te ee res
“tances chimiquement et toxicologiquement voisines et très labiles ainsi
que des corps résinoïdes (1)*.
1 Tous les corps toxiques contenus dans l'A. muscaria s’éliminent rapide-
ment dans le rein (2), (la muscarine aussi, d'ailleurs) ,ce qui explique
d’une part la nécessité pour les Samoledes et les Kamtchadales qui recherchent une ivresse durable de boire leur urine, et d'autre part la rapidité avec laquelle se rétablissent les empoisonnés (3).
L'’Amanite panthère ou fausse golmotte qui pourrait se confondre avec
l'Amanita rubescens ou même avec l’Amanitopsis vaginata (cette dernière
. ne possède pas d’anneau) est également un champignon qui peut provoquer des désordres graves. On signale des accidents mortels. GILLOT en a recueilli 30 cas avec 3 décès. GIACOSA (4) signale 3 cas sans décès.
. DUFOUR (5), 1 cas sans décès, FAVRE (6), 4 cas sans décès, POULET (7), 7 cas sans décès, 6 cas de V. et X. GILLOT (8) avec 5 décès, 5 cas de LOU- VIOT (9) avec 3 décès, 3 cas de SOUCHE (10) avec 1 décès, 2 cas de POTRON et LEMAIRE (11) sans décès.
Ce qui fait un total de 60 cas et 12 décès et donne uné mortalité de 20°) (M. ROCH). Cette statistique de M. ROSCH (12) est sensiblement plus mauvaise que celle que l’on ferait en n’envisageant que les faits colligés en 1900, par GILLOT qui ne donnent que 10° de mortalité.
Localisation du poison dans l'A. musearia Nous avons fait un certain nombre d'expériences chimiques et physiologiques démontrant la variabilité de la quantité du poison dans À. muscaria.
Poursuivant nos études, nous avons cherché à déterminer la quantité de muscarine contenue dans les différentes parties du champignon. Voici nos résultats:
Echantillons 19 dans la cuticule — Ogr 034 p. 100 gr. des Vosges et de | 20 dans le chapeau == 0 026 p. 100 gr. Meurthe-et-Moselle | 32 dans le pied re
1913 | 49 dans le bulbe ras
(1) Voir HAFFRINGUE. Recherches expérimentales sur les principes toxiqués contenus dans les champignons. Thèse de Pharmacodynamie, V. Paris, 1904.
(2) FÜHNER. Ueber das Schicksal des syntetischen Muscarius im Tierkôrper. Arch. für exp. Pathologie und Pharmakologie. SCHMNEDEBERG Festschrift, 1908, p. 208. L'auteur a retrouvé 70 2}, de la muscarine injectée.
(8) H. FÜHNER. H. Fühner a constaté pour la muscarine synthétique, dérivé oxygèné de la choline que la dose toxique est chez le lapin dix fois moindre si le poison est adiministré par la bouche.
(4) GIACOSA. Tre casi di avvelenamento per funghi avvenuti in Colleretto Parella. Rivista di chim. m. e. farm., 29 sept 1883, p. 136.
(5) DUFOUR. Une nouvelle localité d'Am. caesarea. Un nouvel empoisonnement par l'Amanita pantherina. Bull. trimestriel de la Soc. Mvcol. de France, 1921, XVII, p. 299.
(6) L. FAVRE. Note sur les champignons. Bull. Soc. Sciences naturelles de Neufchâtel, 1884—1886, XV, p. 53.
(7) V. POULET. Empoisonnement par les champignons. Différence d'action selon la provenance. Traitement de ces empoisonnements. Le Bulletin médical, 1898, VII, p. 1055.
(8) V. et X. GILLOT. Empoisonnement par les champignons. Bull. Soc. Mycol. Fr, 1902, XVIII, p. 33
| (9) LOUVOIT. Empoisonnement par l’Amanita pantherina. Revue méd. de l'Est, 1908, XXXV, p. 727.
(10) B. SOUCHE. Enquête sur les cas d’empoisonnement par les champignons relevés dans les journaux, 1903. Bull. Soc. Mvcol. Fr., 1904, XX, p. 40.
(11) POTRON etLEMAIRE, Intoxication par les champignons. Une station mycologique à Monthermé. Revue med. de l'Est, 1904, XXXVI, p. 157. à (12) Voir aussi M. ROCH, loc. cit., p. 26 où la bibliographie est faite avec beaucoup e soins.
O0 ou traces.
O0 029 p. 100 gr.
——— I 40 Eu
Voici le résumé de notre travail:
L'Amanita muscarla contient de la muscarine en assez forte proportion dans la cuticule, un peu moins dans le chapeau et le bulbe, pas du tout dans le pied.
Nous avons pu inoculer aux cobayes jusqu'à 10 et 12 cc. de suc frais de pied d'A. muscaria sans accidents. Le suc frais provenant du bulbe est très toxique. Nos recherches chimiques donnent des résultats tout à fait comparables aux essais physiologiques (1).
(1) A. SARTORY. Localisation de la muscarine dans A. muscaria. Soc. Biologie de
Nancy, décembre 1913.
La quantité de muscarine contenue dans tous les éléments d'A. muscaria est donnée
dans une communication à la Sce. de Biologie, janvier 1914.