CHAPITRE VI
CHAMPIGNONS AMENANY APRES UN TEMPS D'INCUBATION PROLONGE DES MANIFESTATIONS DE LA DEGENERESCENCE DES CELLULES
Nous rentrons ici dans la classe des espèces très dangereuses, ou plutôt dans la catégorie des espèces mortelles.
En premier lieu, citons l'Amanite phalloïde, l’oronge ciguë verte des Français, Knolienblätiterschwamm pour les Allemands, Schierlingspilz pour les Autrichiens, toadstool pour les Anglais, au chapeau vert olive. Autour d'elle se groupent À. verna, Amañite printanière ou oronge ciguë blanche (très fréquente en Amérique) et pouvant être confondue avec les Psalliotes et certaines Lépiotes. A. citrina SCH., À. citrina, var. mappa FR. de couleur jaune, la variété avec des débris brunâtres de volve sur le chapeau.
Nous pouvons également ranger à côté de ces espèces l’A. porphyrlia (A. et Schw. BOUDIER), puis A. recutita FRIES.
Combien sont fréquents les empoisonnements par les premières espèces, mais aussi comme il est difficile de savoir à quelle espèce toxique on doit attribuer l'intoxication. ‘Très souvent, on se contente d’une description mycologique un peu vague et la valeur des statistiques s’amoindrit considérablement.
Les premières observations sérieusement transcrites, relatives à l'empoisonnement par l'A. phalloïdes, sont celles de PAULET. Nous en citerons quelques-unes pour mémoire.
îire Observation. — Le 14 septembre 1774, M. Guibert ayant cueilli au bois de Vincennes une certaine quantité d’oronges ciguëés jaunâtres les laissa la nuit sur la fenêtre. Le 15, six personnes en mangèrent à dîner et aucune ne se sentit incommodée jusqu à trois heures du matin, Mme Gui- bert fut la première incommodée et prise de vomissements. Elle revint de cet état, mais fut souffrante pendant trois semaines. La fille, les garcons et la domestique furent à peu près dans le même état. Un des garcons et la fille, n'ayant pas pris d'émétique, moururent. M. Guibert éprouva un véritable choléra; aucun d'eux n'eut de fièvre.
2e Observation. — La même année 1774, vers la mi-octobre, le sieur Boucherot et sa fille ayant mangé les mêmes champignons et n'ayant pas été secourus, moururent trois jours après.
3e Observation. — En septembre 1774, à Melun, un manoeuvre-macon et sa femme ayant cueilli et mangé le soir, à huit heures, des champignons de la même espèce, présentèrent des symptômes d'’empoisonnement; le lendemain, la femme ne fut point secourue et mourut le troisième jour, le mari en réchappa.
4e Observation. — En 1777, la Gazette de France du 18 juillet, n° 57, mentionne un accident causé par l’oronge ciguë sur cinq personnes, dont trois avaient péri quatre jours après l'ingestion.
5e Observation. — En 1788, au mois de mai, le sieur Benoit, sa femme et leur enfant ramassent des champignons au Bois de Boulogne. Les