CHAPITRE VII EMPOISONNEMENTS PAR LES CHAMPIGNONS EXOTIQUES
Nous comprenons sous cette dénomination les champignons qui poussent hors d'Europe.
Dans l'Amérique du Nord, il semble, d’après les renseignements qu’on a pu nous fournir, que la grande majorité des empoisonnements sont dus à l'Amanite phalloïde var. Verna.
Mac ILVAINE (1) signale un accident portant sur 5 cas graves; il y eut 2 morts, les autres malades se rétablirent.
Le même auteur (2) relate un autre cas qui s’est terminé favorablement.
PALMER (3) incrimine aussi la phalloïde. Il a vu 5 personnes alitées pour avoir mangé un seul exemplaire mélangé à un plat de iycoperdons. Il y eut un mort.
TRASK (4) donne 15 cas dont 6 morts. FORSTER (5) 16 cas, 7 décès, PFROMM (6) 4 cas, 4 morts.
PRENTISS (7) publie trois observations, 2? morts (empoisonnement mixte par A. phalloïde et A. muscaria).
G. GAGLIERI (8) signale un empoisonnement par les champignons, mais ici on ne sait pas trop quels cryptogames incriminer. Il y eut 6 malades: 2? adultes guérirent et 4 enfants dont 3 succombèrent en 50 à 80 heures. D'après l'observation on ne peut guère incriminer que l'A. phalloïde.
STRUBLE (9) relate 3 décès au bout de 48 à 54 heures pour une famille américaine.
W. W. FORD (10) parle d'Amanita cothurnata et d'Amanita relatipes qui auraient la même toxicité que la phalloïde.
A. muscaria est très répandue en Amérique. On dit même qu'elle est d’une teinte plutôt jaunâtre alors que Amanita caesarea a une teinte plus rougeâtre, ce qui est le contraire chez nous. D'où confusion possible pour des Européens immigrés.
FORSTER et PRENTISS ont relaté des cas nombreux d’empoisonnement par ce champignon. Un cas de PRENTISS (11) est particulièrement
(1) Mac ILVAINE. Edible and non edible mushrooms and fungi. Amer. Journ. of Pharmacy, dec. 1896, p. 648.
(2) Mac ILVAINE. Amanitine and its antidote. Boston méd. Journ., dec. 1885; Medical and surgical Reporter Philadelphia, 1885, LIIT, p. 684.
(3) JULIUS et A. PALMER. Toadstool poisoning. Boston medicàäl and surg. Journal, août 1879.
(4) J.-D. TRASK. Cases of mushrooms poisoning. American Journal of med. Sciences, avril 1883. LXXXV, p. 358.
(5)FORSTER. Boston medical and surgical. Journal 1890, CXXII. p. 267.
(6) PFROM. Medical Bulletin Philadelphia, nov. 1905, p. 401. Cité par W. W. FORN.
(7) PRENTISS. Philad. med. Journal, 1898, II, p. 607, cité par W. W. FORD.
(8) E. GUIDO GAGLIERI Mushrooms poisoning. New-York medical Record, 28 août 1897, LII, p. 298.
(9) W. STRUBLE. Eight cases of toadstool poisoning. American med. News, 27 mai 1899, LXXXV, p. 655.
(10) W. W. FORD. A clinical study of mushrooms intoxication. Bull. of the John Hopkins Hospital, avril 1907, XVIII, p. 123.
(11) D’après W. W. FORD. Loc. cit. Voir aussi M. ROCH auquel nous avons emprunté ce document.
intéressant. ,Le comte de VECCHI, attaché à la légation d'Italie, con-
sidéré comme un expert en mycologie, achète pour l'A. caesarea, des champignos provenant de Virginie. Le lendemain avec son médecin, ils mangent les champignons et tous deux s’en régalent. Une demi-heure plus tard, le comte est trouvé par sa famille prostré et angoissé par une sensation de mort imminente. Il survient du trismus, de la difficulté d'avaler, avec perte de la connaissance, puis des convulsions terribles à briser le lit Le malade ne se relève pas de l’état comateux et meurt au second jour. De son côté, le médecin commence à avoir de la diplopie et des vertiges; puis il devient rapidement inconscient et il reste pendan 5 heures avec de courts intervalles de lucidité, Un vomitif (et l'atropine) amène une prompte guérison le jour même‘.
L' A. pantherina est représentée en Amérique par l'A. frostiana PECK (rare). |
On trouve aussi une Lépiote (Lepiota Morgani) qui n'a pas de correspondant européen. Elle provoque de la gastro-entérite d'après les observations de E.-A. BLOUNT (1).
Dans le Nord de l’Asie nous avons déjà raconté quel rôle joue l'Amauita muscaria comme poison rituel.
Au Japon, l'Amanita pantherina est abondante.
INOKO (2) qui a fait des recherches très intéressantes sur ce sujet, dit que ses compatriotes se servent de ce champignon pour tuer les mouches, ils le nomment Hayetoritake, c'est-à-dire tue-mouches.
L'Amanita muscaria est rare, elle porte le nom de Benitake (champignon rouge).
INOKO a constaté dans A. pantherina la présence de choline et de mugcarine. Il a relaté 32 empoisonnements avec un seul décès.
Il y aurait deux formes cliniques principales: 1° une forme essentiellement cérébrale, avec délire, hallucination, visions de reptiles et de serpents magnifiquement colorés, sensations de bien-être, puis narcose consécutive; ?° une autre forme avec de la gastro-entérite, des troubles vasomoteurs, de l'asphyxie des extrémités”. à
D'après INOKO, les exemplaires d'automne donnent surtout des phénomènes cérébraux, ceux d'été provoquent un état cholériforme avec dilatation de la pupille et mort par arrêt de la respiration.
Il y aurait également au Japon un Pleurotus toxique et un Collybia produisant des phénomènes narcotiques.
Le Pleurotus serait le Pleurotus noctilucius INOKO. |
Ce champignon qui croît au Japon et se nomme Kumachirataka, quel que soit le mode d'emploi ne provoque qu'après un temps assez prolongé, vomissements et diarrhée, symptômes cérébraux dépressifs et paralysie cardiaque, ainsi que l'arrêt de la respiration. A l’autopsie on trouve une gastrite catarrhale. L'ingestion de la chair des animaux empoisonnés par
Ter | (1) E.-A. BLOUNT. A personal experience with a mushroom poisoning. New-York med. Record, 23 nov. 1901, p. 815.
STEPHENS. Poisoning by Lepiota Morgani P. K. J. Myc. Columbus 1908, IX, p. 220. (2) Y. INOKO. Toxicologisches über einen japanischen Giftschwamm. Mit einem An-| hang über die Statistik der Schwammvergiftungen in Japan. Mitt. der med. Fakult. der k. japan. Univers., 1889, p. 277. Ueber die giftigen Bestandteile und Wirkungen des japanischen Pantherschwammes. Ibid. 1891, IL. p. 313. Ueber die Giftwirkung des japanischen Pantherschwammes. Archiv. für exp. Pathologie unä Pharmak, 1890, XXVII, p. 297. Zur Kenntnis der Pilzvergiftung, Fortschritte der Med. 1893, II.
AMANITE PANTHERE
le pleurotus est aussi nuisible à l’homme.
. DEMANGE (1) relate une intéressante observation concernant une espèce d'hygrophore très voisine de notre Hygrophorus conicus. Il y eut 6 personnes (des indigènes) atteintes, dont trois mortes rapidement et une quatrième décédée à l'hôpital avec des symptômes cholériformes.
Au Nord de l'Afrique nous avons rapporté (2) le cas de 8 indigènes de: Collo (province de Constantine) dont 6 moururent empoisonnés par l'A. phaïloïdes et 2 seulement résistèrent.
Enfin nous savons aussi d'Afrique que des nègres fabriquent pour leurs fièches un poison au moyen d'un champignon probablement du genre Dictyophallus (Phalloïdées (3).
Certes, si une étude intéressante reste à faire, c'est bien celle de la mycotoxicologie des tropiques.
Citons enfin un dernier champignon très curieux le Schizophyllum 1obatum BAND. qui se rencontre à Java sur des tiges mortes de bambou et qui produit sur le mycélium de courtes ramifications latérales à l’extrémité desquelles se forment des gouttelettes de sulfure de carbone (4).
(1) DEMANGE. Empoisonnement mortel par des Hygrophores. Bull. trimestr. de la Soc. Mycol. de France, 1906, XXII, p. 229.
(2) A. SARTORY. Loc. cit. page 44.
(3) LABESSE. A propos d’un champignon servant à la fabrication de poisons violents chez les peuplades de l'Afrique centrale. Mémoires de la Société Nationale d'Agriculture, Sciences et Arts d'Angers, 1907.
(4) WENT. Ber. d. deutsch. bot. Ges., 1896, Bd. XIV, p. 156.