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SYMPTOMES DES EMPOISONNEMENTS CAUSES PAR LES CHAMPIGNONS

Symptômes de l'empoisonnement par l’Amanite bulbeuse

Cette espèce comprend plusieurs variétés ou espèces distinctes. Les principales sont: l’Am. verna (oronge ciguë blanche de PAULET); l'Arm. citrina (oronge ciguë jaunâtre de PAULET); l'Am. phalloïides BULI. (oronge ciguë verte de PAULET). Elles sont très vénéneuses. Les deux premières à cause de leur ressemblance avec l’agarie de couche, sont à redouter. (Voir Partie botanique au genre Amanita).

On connaissait déjà leur effet il y à deux siècles et plus. J. BAUHIN (1) écrivait: ,,Mex enim nauseabundo stomacho vomitus infestabat, hinc vertiginem sentiens, prostatis tandem viribus, membrisque refrigeratis, sporosus jacuit, non sine mortis periculo‘, etc.

Toutes les observations faites depuis cette époque et 5e rapportant avec certitude à ette espèce ont une grande ressemblance. Chaque année, les revues et journaux de médecine en présentent de nouvelles. Voici une de ces observations tirées du Journal de chimie médicale et reproduite par ORFILA (2) comme une des observations qui nous donnera les renseignements les plus typiques sur les symptômes de l’empoisonnement par A. phalloïdes,

Mme la baronne Boyer et sa fille, âgées l'une de quarante ans, l’autre de vingt ans, qui habitaient depuis plusieurs jours le village de Saintry, près Corbeil, cueillirent imprudemment une espèce de champignon qui ressemble beaucoup au champignon de couche, excepté qu'il est plus grêle,

que Son chapeau est recouvert d'une pellicule jaune verdâtre, et que sa . tige, très renflée à la racine, est garnie d'un volva qui l'enveloppe entièrement avant quil soit épanoui: c'était l'agaric bulbeux, espèce très « dangereuse, redoutée même des insectes, et qui ne croît que sous l'om- . brage des forêts. Elles en firent presque exclusivement leur dîner. Quelques heures après ce pernicieux repas. Mlle Boyer éprouva des vertiges et dit à sa mère qu'elle était comme si elle avait pris de l'opium; on lui - donna du café, et la nuit fut très calme jusqu'à trois heures du matin, - heure à laquelle elle fut éveillée par des coliques et des vomissements; on …se contenta de lui faire du thé pour attendre le jour; Je fus prévenu à sept heures du matin; à huit heures, la mère faisait prendre un baïn à sa fille. Elle commençait aussi à éprouver les mêmes accidents; leurs évacuations ne contenaient déjà plus de traces de champignons. Néanmoins, je prescrivis immédiatement une potion stibiée, dans le but d'expulser ce qui pourrait encore rester dans le tube digestif, en recomman-

(1) Historia plantarum universalis, 1651, t. III, p. 826. (2) Toxicologie générale, 59 édition, Paris, 1862, t. II, p. 671.

dant d'en prendre quelques cuillerées seulement, puis d'étendre le reste dans une certaine quantité de liquide pour agir comme lavage. Revenu auprès de ces dames quelques heures après, elles étaient couchées et continuaient de vomir, mais les évacuations alvines étaient beaucoup plus rares. dire Jusque là les symptômes ne présentaient rien de bien alarmant; la langue n'était ni sèche ni froide; la soif n'était pas très intense; le ventre n’était ni tendu ni douloureux; les extrémités et la peau avaient conservé la température ordinaire, ia physionomie était à peine altérée; la circulation paraissait à peu près normale; la mère avait uriné plusieurs fois, mais chez la demoiselle, cette sécrétion était complétement nulle depuis l'accident; l'intelligence était parfaitement intacte; ces dames conservaient même une certaine gaieté; elle me parlaient de leurs plaisirs aux bains de mer, de leurs projets, des avantages et des désagréments de leur nouvelle habitation, etc.; mais ces conversations, toutes spontanées de leur part, étaient momentanément interrompues par des vomissements. Néanmoins, si je n'avais pas été averti de la gravité de la circonstance par des observations de cas analogues que je trouvais dans les auteurs, j'aurais été naturellement porté à me rassurer, et j avoue que je ne m'inquiétai sérieusement que vers les six heures du soir.

La soif devint plus vive; il fallait des boissons plus copieuses et plus froides pour la modérer quelques instants; les volissement étaient plus fatigants. La quantité des matières vomies paraissait excéder celles des boissons ingérées; chaque effort était suivi de prostation, quelquefois de défaillance, et la tête retombait sur la poitrine. ‘14

La réaction se fit vainement attendre, et c'est à ce moment que je commençai à désespérer de leur salut; en effet, les extrémités se refroidissaient; la sensibilité semblait les abandonner; une sorte d’engourdissement doloureux se faisait sentir dans les membres inférieurs et dans les lombes; le regard était incertain; les lèvres et la langue étaient froides, et l'indifférence complète de ces deux infortunées l’une pour l'autre fit place à ces moments d'excitation presqu'enjouée de la matinée. A onze heures du soir, le docteur Petit, père, voulut bien m'aider des conseils de sa longue expérience; il me proposa d'ajouter à ce que j'avais fait, une application de trente sangsues à l'anus à chacune, et les boissons glacées, puis l'huile d'amandes douces, pour calmer l’éréthisme du canal intestinal]; toutes deux parurent plus calmes pendant l'action des sangsues, mais aucune amélioration n’en fut suivie. Ce calme trompeur était interrompu souvent par des gémissements et le besoin de boire ou de vomir. Cependant, les vomissements cessèrent dans la matinée chez ia mère, c'est-à-dire environ trente-six heures après l'ingestion des champignons, mais elle ne paraissait qu'en souffrir davantage, elle demandait qu'on la fit vomir. La demoiselle était plus calme et continuait de vomir.

Aucun accident nouveau ne 5e présenta dans la journée; mais plusieurs augmentèrent, et le danger paraissait de plus en plus imminent. L'indifférence de ces deux infortunées l’une pour l'autre avait queique chose ; de douloureux pour les assistants. La mère entendait les gémissements de sa fille, la fille ceux de sa mère, sans se préoccuper le moins du monde“ l'une de l’autre; elles ne portaient sur nous leurs regards affablis que pour demander à boire; c’est alors alors seulement que les idées devinrent incohérentes; que le facies commença à devenir hippocratique chez la jeune

fille, qui avait fait preuve d'un courage et d'une résignation, extraordinaires; les yeux turgescents se troublèrent, la circulation se ralentit progressivement sans être irrégulière, et elle rendit le dernier soupir en murmurant les noms qui lui étaient chers.

PIORRY, mandé le matin, ne put arriver que le soir; la demoiselle n'était plus. La mère, qui ne s’occupait aucunement de sa pauvre enfant, avait les yeux caves, les lèvres et la langue froides et violacées; son teint olivâtre rappelait le choléra; on sentait à peine les battements de l'artère radiale, ceux de la brachiale étaient à peine sensibles, et les mouvements du cœur s'affaiblissaient sans devenir irréguliers; l'agonie se prolonge cependant encore jusqu'à six heures du matin, et cette malheureuse mère ne s’occupa pas un instant de sa fille qu'elle avait vue entourée de soins quelques heures auparavant, et dont elle devait apercevoir le chevet abandonné, car une seule porte séparait les deux chambres.

Je n'ai pas cru devoir interrompre ce récit en intercalant les moyens employés, parce qu'aucun n'a été suivi de la moindre amélioration. Je vais simplement les énumérer par ordre.

* D'abord quelques cuillerées d’une potion stibiée en lavage pour expulser les débris que pouvait contenir encore le tube intestinal, puis le sirop d'éther, les infusions aromatiques, le lait, la solution de blanc d'œuf, furent vomis immédiatement; les boissons aromatiques éthérées, les vins de Bordeaux et de Frontignan ne furent pas tolérés davantage; les lavements, les frictions sèches ou humides avec l'alcool camphré, l’insolation même et les sinapismes ne donnèrent lieu à aucune réaction. La potion antivomitive de Rivière, additionnée de dix gouttes de laudanum, parut plus nuisible qu'utile, dès les premières cuillerées, et ne fut pas continuée. Les vomissements persistèrent toujours, excepté chez la mère, comme nous l'avons dit plus laut, et elle nous suppliait de la faire vomir. Les sangsues à l'anus ne produisirent pas un meilleur effet; deux choses seules parurent un peu calmer, la glace à l’intérieur et les fomentations émollientes sur le ventre. Nous ne crümes pas devoir recourir à la saignée, parce que | Une des bonnes, qui avait goûté quelques parcelles crues de ces champignons, vomit huit à dix fois au bout de seize heures seulement, et ne fut pas sérieusement indisposée; l’autre, qui en avait goûté après la cuisson et qui soutint longtemps qu'elle ne croyait pas en avoir avalé, n'éprouva les premiers accidents qu’au bout de quartnte-huit heures et donna de vives inquiétudes (1)“*.

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