‹ Les champignons vénéneuxChapitre 65 sur 105 · EN RESUME · texte numérisé non relu

EN RESUME

Quels sont les premiers accidents provoqués par un empoisonnement phallinien ?

Après quelques vagues malaises, le patient est atteint de diarrhée avec douleurs intestinales violentes, coliques épouvantables, vomissements incoercibles, qui mettent le malade dans un état de faiblesse extrême. Les orbites s’excavent, les traits s’étirent; les douleurs abdominales s’exagèrent. Le malade a toujours soif, il demande à boire presque sans discontinuer mais ne peut garder le liquide qu’il cherche à absorber. Cet état cadre assez bien avec les débuts d’un accès cholériforme.

Quelquefois l’état demeure stationnaire (pour ceux qua n’ont pas ab-

(1) Journal de chimie médic., année 1846.

sorbé une trop grande quantité de champignons). Mais on ne voit jamais dans l’'empoisonnement par Amanita phalloïdes de ces rétablissements immédiats et complets comme ceux qui suivent les accidents dus aux Amanites panthère et tue-mouches.

En général les évacuations continuent très violentes. La perte de poids est énorme. Il y a des périodes de calme. La circulation est mauvaise; il y a de la cyanose, du refroidissement des extrémités; les reins cessent de sécréter faute d'aliment liquide; il se produit, surtout dans les mollets, des crampes musculaires qui sont très douloureuses. Parfois il v a un peu de délire mais en général le malade garde toute son intelligence. Au bout de 36 ou 48 heures on trouve généralement une amélioration, les vomissements cessent, les coliques disparaissent et on se figure que le malade est sauvé. Cette amélioration ne dure pas. Les phénomènes gastro-intestinaux reprennent, la diarrhée devient sanglante ou bien le système nerveux se paralyse et amène le collapsus et le coma algide dont on ne 8e réveille pas.

Du troisième au cinquième jour survient souvent de l'ictère.

Parmi les signes d'insuffisance hépatique, il faut, dit ROCH, faire mention de la glycémie constatée chez le chien par ORE (1) et de la glycosurie spontanée qui en résulte (2).

Chez une des malades de ROCH il a pu constater la glycosurie alimentaire, ainsi que de l'hyperperméabilité au bleu de méthylène. Dans le même ordre de faits, REMPICCI a trouvé une augmentation de l’'ammoniaque dans l'urine, augmentation parallèle à une diminution de l'urée.

Dans certains cas, il se produit des éruptions cutanées (3) et le purpura (4).

L'albuminurie est fréquente au moment où se rétablit la sécrétion urinaire, , mais rarement elle manifeste une lésion sérieuse de néphrite. On a signalé aussi de la rétention vésicale.

La convalescence est très longue. Il faut que le foie se régénère et que toutes les cellules lesées se rétablissent et récupèrent leur état anatomique normal.

GILLOT a fait une étude fort documentée et des plus intéressantes sur les formes cliniques diverses: forme comateuse, forme convulsive, forme adynamique, forme algide cholériforme.

Parfois les phénomènes d'empoisonnement ne se manifestent que fort

tardivement. Parfois selon TAPPEINER, GUEGUEN (5), MAGNIN (6), l'incubation peut être activée quand les corps toxiques sont extraits de la pulpe par un jus ou une sauce.

Le plus souvent l'incubation est de 8, 10 et 12 heures, quelquefois 20 et même ?29 heures (GOUDOT), 30 heures (GALLOIS), 40 heures ROUME- GUERE (7). Le temps moyen est de 12 heures. |

(1) ORE. De l'influence de l’empoisonnement par l’Agaric bulbeux, sur la Glycémue. C. R. Ac. Sc., 1876, LXXXIII, p. 837.

(2) THIEMISCH. Loc cit.

(3) PARONA. Loc. cit PLOWRIGHT, loc. cit. MANGIN, cité par SARTORY.

Les empoisonnements par les champignons, Paris 1912.

(4) FRIOT. Loc. cit. etc.

(5) F. GUEGUEN. Quelques particularités cliniques et médico-légales de l'intoxication phallinienne. C. KR. Soc. Biologie, 1912, LXXII.

(6) MANGIN. Bull. Soc. Mycol. Fr. 1912, XXVIII, p. 410.

(7) LEIBERT. A vu chez des souris la période d'incubation durer 3 à 6 jours. Beiträge zur Toxicologie der A. phalloides. Thèse Wurzburg, 1898.

SAHLI à prétendu que la longueur de l'incubation est due à l’adhérence du poison à la pulpe du champignon par la transformation d’une substance inerte en substance nocive.

G. POUCHET (1) croit que le sommeil prolonge la durée de l’incubation.

D'une façon générale on peut dire que plus l'incubation est longue, plus l'accident est grave, sans toutefois déclarer que c’est 1z une règle générale.

Disons en terminant avec ROCH que les Amanites cuites ne produisent pas d'hémolyse (c'est une erreur qui circule constamment.)

Symptômes de l'empoisonnement par Amanita pantherina

Les symptômes ici sont très variables: il peut n’y avoir que de simples phénomènes digestifs, mais il peut également se produire des symptômes lus alarmants, sueurs froides, vomissements et diarrhée.

Presque toujours il y à des phénomènes nerveux, vertiges, douleurs de tête; excitation cérébrale, hallucinations, délire; parfois convulsions, contractions; puis somnolence, diminution de la sensibilité, siupeur; coma. C'est dans le coma quelquefois tartif que survient la mort; exceptionnellement chez un des malades de LOUVIOT, l'issue fatale paraît due à une syncope cardiaque.

Quelquefois l'excitation cérébrale et le délire prennent une intensité formidable. PLANCHON (?) dans sa thèse nous cite le cas d’une mère et sa fille mangeant à 6 h. ‘ du soir un plat de champignons dans lequel se trouvait une Amanite panthère. Prises de somnolence, les deux femmes se couchent de bonne heure et s'endorment. Vers 10 heures du soir elles se réveillent éprouvant des malaises. Elles se lèvent en tâtonnant, jambes vacillantes et tête lourde, allument un feu au milieu de la chambre et se mettent à danser, gesticuler et sauter autour du feu. La mère cherche à éteindre le feu avec un seau d’eau, tombe et perd connaissance. La fille un peu mieux à l'aise va chercher du secours; elle sort en chemise sous la pluie et à 11 heures du soir elle échoue épuisée chez des voisins.

Quelques heures après le docteur REFREGI trouve les malades guéries, ayant vomi. La mère ne se rappelait rien, la fille ne retrouva le souvenir que le lendemain.

»Une symptomatologie analogue a été observée à Genève par le docteur P. LADAME (3). Une famille de quatre personnes absorbèrent à midi des champignons qui furent reconnus plus tard comme étant certainement A. pantherina prise pour Amanitopsis vaginata. Les premiers symptômes se sont déclarés une heure après le reas. La mère, fort pâle éprouvait des malaises, de la somnolence; elle eut une diarrhée cholériforme fréquente. Un des fils, âgé de 22 ans, eut rapidement du vertige, de fortes angoisses, des transpirations froides, des vomissements. L'autre fils de 20 ans, s’en tira avec une soif ardente. Quant au père ce fut lui qui présenta les accidents les plus caractéristiques: il se mit à danser, à sauter, à courir, à faire des bonds extraordinaires, à chanter à gorge déployée: on

(1) G. POUCHET. Leçons de Pharmacodynamie, V, Paris 1904, p. 570.

(2) L. PLANCHON. Les champignons comestibles et vénéneux de la région de Montpellier et des Cévennes au point de vue économique et médical. Thèse Montpellier, 1883.

(3) L. FAVRE. Note sur les champignons. Bull. de la Soc. des Sc. naturelles de Neutchâtel, 1884-1886, XV, p. 53.

eut beaucoup de peine à le maintenir. Il affirmait être dans le ciel et que de sa vie il ne s'était senti aussi heureux. Bientôt survinrent des hallucinations de la vue: il voyait voler des oiseaux en grande troupe et quand il croyait que ces oiseaux s'étaient posés, il s’élançait pour les saisir... Il était d'une gaîté folle, disait maintes plaisanteries et ne savait comment exprimer son bonheur; il n'eut ni hallucination ni fièvre, mais une soif intense:; il ne perdit jamais complètement connaissance. Des évacuants amenèrent un prompt rétablissement des quatre malades (1).

Nous constatons ici une analogie complète dans les symptômes avec ceux éprouvés par l’ingestion d'Amanita muscaria. Les principes toxiques contenus dans ces espèces seraient selon BÜHM (2) très variables en quantité suivant l’année et suivant le pays d'origine. Une Amanite ayant cru aux environs de Marburg contient moins de muscarine qu’un exemplaire de Russie. Ce n’est pas, dit ROCH ,,la muscarine qui est le corps toxique important, mais les variations de cette substance sont vraisemblablement en rapport direct ou inverse avec celles des autres poisons‘.

INOKO (3) constate pour des Amanites de provenance japonaise que les exemplaires de juillet et d'août donnent au chien de la gastro-entérite, tandis qu’en octobre, ce sont les phénomènes narcotiques qui sont au premier plan.

Symptômes de lempoisonnement par Entoloma lividum (4)

Nous donnons ici le résultat d’une enquête que nous avons faite l'an dernier, concernant un empoisonnement très sérieux causé par Entoloma lividum (5).

Nous donnons la parole à Madame D.., victime de cette intoxication en même temps que 14 personnes.

J'avais acheté des champignons sur le marché de Grenoble (je ne les connaissais pas du tout, mais il y avait dessus l'étiquette bon“) de très bel aspect, gris marron, à lamelles tirant sur le rose, intérieurement très blanc; du reste après un exament attentif des débris, on a pu reconnaître ces champignons comme étant des Entolomes.

La quantité achetée fut d'une demi-livre, et nous avions eu soin de les préparer avec un morceau de veau et une petite sauce. J'avais remarqué la blancheur du veau après cuisson. La durée de la cuisson fut de trois quarts d'heure.

Nous étions sept à manger cette fameuse demi-livre. Trois personnes mangèrent à 11 h. 30, mais nous quatre à midi. Une heure après l’ingestion de ces cryptogames, nous avons été pris de vertiges, de maux de coeur épouvantables et de coliques atroces. Nous voyant tous les sept dans cet état, nous avons de suite fait venir le pharmacien qui se trouve dans notre rue; à tous il a donné de l'ipéca puis a fait appeler en toute hâte le médecin. Le Docteur ordonna des lavements purgatifs et nous fit à tous une piqûre de contrepoison(?). |

(1) Voir M. ROCH. Loc. cit, p. 70.

(2) R. BÜHM. Beiträge zur Kenntnis der Hutpilze in chemischen und toxicol. Arch. f. exp. Path. und Pharmak. 1885, XIX, p. 60.

(3) INOKO. Ueber die giftigen Bestandteile und Wirkungen des japanischen Panther-… achwammes. Mitt. der med. Fakultät zu Tokio, 1891, no 4, p. 313.

(4) Pour les symptômes par l'Amanita muscaria. Voir page 210. 4

Voir également observations de Paul BOUTAUD et P. SOUCHET, de Niort. Thèse, Gillot, 1900, p. 228. |

(5) A. SARTORY. Les empoisonnements par les champignons. Eté 1912, page 1.

Chacun de nous a été éprouvé selon son tempérament, mon oncle eut beaucoup de vomissements et de la diarrhée pendant trois jours. Ma tante qui est paralysée (d’une attaque il y a environ dix-huit mois) a de même beaucoup souffert de vomissements alimentaires. La diarrhée a persisté pendant huit jours. La garde-malade qui est une personne très forte a éprouvé les mêmes symptômes quatre ou cinq heures après l'ingestion des champignons. On eut beaucoup de difficultés à la faire vomir et à un moment donné ses ongles devinrent violets et sa tête très congestionnée“. Mêmes symptômes pour Madame D... pour la fillette et pour la bonne.

Quant à moi, je n'ai cependant pas mangé davantage de ces champignons néfastes, mais j'ai été de beaucoup la plus éprouvée. J'ai eu très peu de vomissements, mais j'ai dû garder le lit assez longtemps. Chaque fois que je voulais me lever j'avais des syncopes et il a été jugé nécessaire de me faire une deuxième injection et de me placer en permanence de la glace sur l'estomac. J’oubliais de signaler ces quelques particularités intéressantes: 1° soif atroce et persistante: 2° gorge sèche à ne pouvoir parler“.

Cette observation affirme une fois de plus la toxicité d’Fntoloma lvlidum. |

M. FOUQUET, inspecteur des viandes et denrées alimentaires, chargé du contrôle des champignons de la Ville de Grenoble à qui nous avions demandé quelques renseignements concernant les empoisonnements de Grenoble s’est obligeamment mis à notre disposition et nous a confirmé le récit de Madame D...

,Nous avons prélevé chez Madame D. les épluchures (40 grammes) et les débris de feuillets. Nous sommes à même d'affirmer que nous nous trouvions en présence de l’Entolome livide qui avait, deux jours auparavan,t occasionné deux décès aux environs de Mâcon; quantité achetée 250 grammes moins les épluchures, restent 210 grammes absorbés, ou environ 30 grammes par personne qui ont occasionné sept cas graves d’intoxication‘.

Les malades ont été en danger pendant plus de 24 heures. Il faut donc bien admettre, dit M. FOUQUET, que ce champignon est très vénéneux, presque au même titre que les terribles Amanites, quoique n'ayant pas de volve; et qu'il est indispensable de le faire connaître“.

Rappelons qu'en 1912 (Eté) 66 accidents dont 2 mortels sont imputables à Entoloma lividum.

A l'heure actuelle nous étudions au laboratoire de Bactériologie et de Cryptogamie de la Faculté de Pharmacie de Strasbourg le poison de l’Entoloma lividum (1921).

Symptôme de l'empoisonnement tricholomien | T, tigrinum | Ce champignon fait de nombreuses victimes pour deux raisons. D'abord, il est des plus appétissants, charnu, présentant une belle chair blanche et délicate, n’exhalant aucune mauvaise odeur et ayant bon goût, tant à l’état crû que préparé pour la table. Le syndrome ou tableau clinique de l’empoisonnement peut être brièvement résumé comme suit (1):

(1) P. KONRAD: Notes et observations concernant le Tricholoma tigrinum SCH.: T. pardinum. Bull. Soc. Mycol. 1919.

A. SARTORY et L. MAIRE. Tricholoma tigrinum. Congrès av. des Sc. 1920.

A SARTORY: Toxicité du T. tigrinum. Bull. Ac. Méd. 1920.

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Début rapide: Incubation 1 à 2 heures.

Après l’ingestion douleurs stomacales, nausées, frissons, vomissements abondants et répétés, diarrhée fétide accompagnée de douleurs abdominales, de céphalalgie, de crampes dans les mollets et d’une grande faiblesse.

Impossiblilité pour le malade d’absorber ni aucun médicament, ni la moindre nourriture, lesquels sont immédiatement rejetés. Durée: 2 à 6 jours. Terminaison: rétablissemen! complet ne laissant aucune trace.

Tricholoma tigrinum rentre donc dans la catégorie des champignons à principes irritants, provoquant une violente gastro-entérite.

M. Dumée (1920) nous a confirmé le fait, car il a lui-même ressenti les mauvais effets du T. tigrinum pour en avoir absorbé volontairement une petite quantité.

Syndrome muscarinien Syndrome nhalloïdien Am. muscaria, Am. pantherina Am, nhalloïdes, Am. verna et Am, virosa

d'après V. GILLOT

Incubation 2 heures. 11 heures.

Début Rapide, bruyant. Tardif, silencieux.

Symptômes Troubles gastro-intestinaux précoces. Troubles intestinaux tardifs. Pas de rémissions. Rémissions fréquentes.

puis douleurs épigastriques.

Foie gros, ictère possible.

Hémorrhagies.

Anurie. Anurie ou urines diminuées colorées.

Excitation cérébro-spinale, incoordination Dépression nerveuse; motrice. ataxo, adynamie.

Délire (folie muscarinienne). Stupeur.

Troubles d'intelligence et de mémoire. Intelligence et mémoire intactes. Terminaison Guérison. Mort.

Durée moyenne 1 à 2 jours. Plus de 3 jours.

syndrome entolomien Entoloma lividum

Incubation 1 à 2 heures après l’ingestion

Début

Rapide, bruyant

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Symptômes

Vomissements incoercibles Diarrhée persistant parfois 4 ou 5 jours Troubles gastro-intestinaux Rémission très atténuée Ürine légèrement colorée Parfois troubles pupillaires et période de syncope Soif atroce, gorge desséchée à ne pouvoir parler L'intelligence n’est pas troublée dans la plupart des cas

Terminaison

Le plus souvent la guérison, mais nous connaissons denx cas de mort, (1) Symptômes de l’'empolsonnement par les Russules âcres et les Lactaires

Les empoisonnements que provoquent quelques lactaires et quelques russules ressemblent beaucoup aux empoisonnements par les drastiques.

Ils s’annoncent peu de temps après le repas par des embarras et lourdeurs épigastriques; par un malaise rapidement croissant; puis bientôt par des vomissements souvent violents, suivis de tranchées, d'évacuations alvines répétées et douloureuses; du ballonnement: de la sensibilité abdominale ou épigastrique souvent vive, extrême; pouls fréquent, petit, abattement et faiblesse extrême; refroidissement des extrémités, yeux enfoncés, face hippocratique, presque cholérique. Quelquefois oppressions, évanouissements puis assoupissement, crises délirantes. La gnérison est toujours assurée.

Il ne faut pas oublier non plus que certaines personnes ne peuvent pas manger tel ou tel champignon (même comestible) sans avoir une véritable

indigestion (idiosyncrasie).

Symptômes de l’'emnoisonnement par les Helvelles

D'après les recherches de BOSTRÔM, analysées par Ch. CORDIER (Essai sur la toxixité de quelques champignons avant et après leur dessiccation. Thèse Lyon, 1899, p. 57) sur 37 cas d'empoisonnement par l’Helvelle comestible, de 1829 à 1882, la mort s’en serait suivie 11 fois.

Les symptômes d'intoxication apparaissent de 4 à 10 heures après le repas, débutent par de l'oppression douloureuse et spasmodique, des nausées et vomissements, quelquefois des coliques et de la diarrhée, puis des vertiges, des convulsions, de l’ictère et de l’'hématurie et enfin un état somnolent ou comateux, très persistant qui peut même se terminer par la mort.

Le poison des KHelvelles est un poison du sang enlevant l’'hémoglobine des globules rouges et produisant l’hémoglobinurie et un ictère de nature hématogène. C’est aussi un poison hyposthénisant. Ce poison (acide helvellique) est très instable et très volatil, il disparaît entièrement par l'ébullition et même par la dessiccation. En 1913, une ample récoite nous a permis de vérifier le fait.

Ceci explique donc la comestibilité des Helvelles cuites ou desséchées.

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(1) Voir syndrome tricholomien. (Tricholoma tigrinum.)

Empoisonnement par un mélange de plusieurs espèces de chammnignons

Dans bien des cas, on rencontre des empoisonnements occasionnés par un mélange de plusieurs espèces de champignons; de là, des symptômes qui tiennent de l’une ou de l’autre des divisions précédentes.

Tantôt ce sont des affections gastro-intestinales avec tout leur cortège de douleurs; tantôt ces mêmes affections sont accompagnées de vertiges, de délire, de prostration, de coma; enfin, ces derniers symptômes existent seuls où accompagnés de légers signes de gastro-entérite.

Si les symptômes nous font voir des différences sensibles, l’autopsie nous révèle également bien des faits. Ils ont été parfaitement résumés par

la Société de médecine de Bordeaux dans un rapport célèbre présenté en 1809.

Symptômes de l'empoisonnoment aïiau par l’ergot

L'empoisonnement peut débuter chez l'homme par des vomissements et une soif ardente, ou par: coliques, dyspnée, dyvsphagie, salivation et perte de connaïissance passagère. Surviennent ensuite: douleurs lancinantes et térébrantes à la langue, à la poitrine, à l’épigastre, aux extrémités; sensation de vertige, fourmillements et picotements dans les membres; engourdissement, ou insensibilité de la peau à l'égard de la douleur, du chaud et du froid; obscurcissement de la vision; aphonie; troubles moteurs; frissonnements et sensation de froid. Les convulsions ênileptoïdes suivies de coritractures des fléchisseurs peuvent s'associer plus tard à ces symptômes. Ont été observés aussi: petitesse du pouls, abaissement de la température, perte de connaissance, ainsi que divagation. Les femmes enceintes sont atteintes souvent de coliques néphrétiques et il survient chez elles des fausses couches et des hémorrhagies. L'’ergot de seigle a-t-il été administré pendant un temps assez long, il peut arriver dans des cas très rares, parfois même un mois et demi seulement après la dernière dose administrée, qu'une gangrène, circonscrite ou se propageant à plusieurs membres, se déclare accompagnée parïfois d'oedème cutané, ou survienne aussi sous forme d’abcès multiples. Les contractions utérines peuvent tuer le foetus. La guérison ne survient que petit à petit dans les cas graves.

L'aresthésie, la dyspnée et l’angoisse précordiale vont en s’atténuant et la guérison peut avoir lieu dans l’espace de trois à quatre jours, mais quelques troubles, par exemple la cataracte, peuvent persister.

Symptômes de l’empoisonnement par les Urédinées (?)

Il n'existe aucun document précis, aucune expérience démonstrative pouvant permettre de conclure d’une manière irréfutable au pouvoir toxique des Urédinées. Il est donc néecssaire de n’admettre que comme probables les cas d'empoisonnement imputés à ces champignons. Comme le disent si justement GAIN et BROCQ-ROUSSEU, il est désirable que des démonstrations précises et définitives soient données expérimentalement, du pouvoir toxique des rouilles.

Les symptômes inflammatoires retentissent sur la muqueuse divéslios et l’on peut observer de la stomatite, de la pharingite, de légères coliques

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et parfois aussi de l’hématurie. En même temps se montrent des symptômes généraux, faiblesse t paralysie du train postérieur. Les symptômes sont quelquefois très violents, et la mort peut survenir en quelques heures: vers la fin, on observe des manifestations identiques.

Le traitement doit consister en purgatifs; on peut emplover comme antidote le tanin et l’iode; les coliques seront combattues avec l’opium, et la faiblesse avec des excitant, éther, ammoniaque, vératrine“ (1).

D'après FRÔHNER (2), l’action toxique serait due à une urédinée du genre Uromyces (Ur. apiculatus). Cette maladie nommée trifoliose, a été observée en France par GENCE et AUBRY (3).

Symptômes toxiques et lésions développés par certains champignons inférieurs

Comme exemple de champignons inférieurs ayant causé, ou auxquels on à attribué. des accidents qui rentrent dans notre cadre, nous citerons: le cas d'un empoisonnement par les spores de l’Asperaillus glaucus (?) présenté par le Docteur MUHLENBECK de Mulhouse, cité par le Docteur MOUGEOT, reproduit par LEVEILLE (4) et aussi par BOUDIER. Il s'agit de deux ouvriers tonneliers qui ayant brossé un tonneau couvert à l'intérieur de moisissures furent pris de céphalalgie, de vomissements et de vertiges qui cédèrent à une saignée et à une limonade légère.

En 1845, le Docteur MICHEL, dans la Revue scientifique, nous montre les ouvriers occupés à la coupe des roseaux, affectés par un champignon parasite, que l’auteur croit être une espèce analogue au Glaviceps purpurea, mais que LEVEILLE, sur le peu de notions données par l’auteur, pense être l’'Ustilago hypodites.

Leur poussière séminale, dit BOUDIER, se répandant sur toutes les parties du corps, et respirée, cause de la céphalalgie, une tuméfaction de la tête ou de la face accompagnée de formation de vésicules; avalée, elle détermine tous les symptômes d’une gastro-entérite aiguë. Presque constamment, on obtient une irritation des parties génitales avec satyriasis ou nymphomanie. L'irritation de la peau est suivie de desquamation et cède facilement aux bains tièdes, aux boissons délayantes et aux frictions huileuses.

MICHEL (5) a appelé l'attention des savants sur ces accidents, qui surviennent douze à quatorze heures après avoir remué des fagots de cannes (Arundo donax) depuis longtemps exposés aux intempéries de l'air, ce qui tendrait à rapprocher l’espèce de la famille des Mucédinées.

SALISBURY (6) nous raconte qu'il fut consulté pour une personne qui avait manié pendant plusieurs jours de la paille moisie, et était par conséquent, restée assez longtemps exposée à la poussière fine qui s’en dégageait. Quelques heures après, cet homme était poursuivi par le goût et l'odeur de la moisissure; pendant la nuit mal de gorge, beaucoup plus

(1) GAIN-BROCO-ROUSSEU. Traité des foins, page 350, 1 vol. 795 pages. Librairie J. B. Baillière, 1912.

(2) FRÔHNER. Lehrbuch d. Toxik., 1910, p. 345.

(3) GENCE. Rec. med. veter., 1857.

AUBRY. Rec. med. veter., 1858, p. 289.

(4) Dictionnaire d'histoire naturelle de D'ORBIGNY, article Mycologie.

(5) MICHEL. Bulletin thérapeutique, 1865.

(6) SALISBURY. Gazette hebdomadaire médicale et chirurgicale, t. IX, p. 739.

nie

intense le lendemain matin; alors frissons, céphalalgie, douleurs dans le

dos, abattement. Le malade se met au lit. Aux frissons succèdent une |

violente fièvre, une céphalalgie insupportable avec délire léger, sensation

de pesanteur dans Ia poiirine, inflammation catarrhale intense dans l'ar- «

rière-gorge et développement d'une érution analogue à celle de la rougeole »

sur la face et le cou. Le troisième jour, le mieux se fait sentir et continue | jusqu'au neuvième jicur où le malade put se lever.

À l'époque où se fait se passait beaucoup de cas de rougeole étaient signalés dans un corps d'armée près de Newark. Les hommes couchaient sur des paillassons. SALISBURY se demandait à cette époque si les Mucé- | dinées n'auraient pas un rôle actif dans la production de cette maladie. «

En 1863, KENNEDY (1) cite un cas analogue: de la farine de lin moisie, jetée dans les yeux d’un enfant a développé des accidents semblables.

PERROCHET, en 1857 nous dit aussi qu’un jeune enfant après avoir mangé des groseilles à maquersaux couvertes d'érysiphe fut pris de co- | liques violentes, de frissons, de maux de tête, d'anxiété et de mouvements convulsifs suivis de prostration. Ces accidents furent dissipés par une médication antiphlogistique et calmante.

BOUDIER, en 1860, cite un fait qu'il a observé sur une famille de cultivateurs. La mère et les deux enfants furent pris simultanément de douleurs violentes dans l'estomac et les intestins, avec vomissements, crampes. selles blanches et refroidissement des extrémités, en un mot de tous les | symptômes de la cholérine, après avoir mangé des cerises qui au dire de . ces malades, avaient le vert-de-gris. BOUDIER reconnut Cladosporilam | berbarum (ou une des nombreuses variétés). Ces accidents furent peu | graves et cédèrent à une potion opiacée, quelques frictions et des lavements laudanisés. A cette époque déjà lointaine, BOUDIER se demandait comment i'effet nuisible pouvait se produire.

Il accusait avec juste raison d'ailleurs, les spores qui sont susceptibles de germer en peu de temps et occasionner ainsi des malaises fort regrettables.

(1) KENNDEDY. Dublin, Quarterly Journal of med. Sciences, 1863.

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