CHAPITRE XI | DIAGNOSTIC MEDICAL ET MEDICO-LEGAL
Etant donnés les symptômes gastriques, le médecin devra surtout porter ses doutes sur les aliments que le malade a pu ingérer, et dans ce cas il ne pourra confondre l’empoisonnement par les champignons avec une indigestion ordinaire, voire même avec certaines affections microbiennes (choléra, fièvre typhoïde, etc.)
Mais la difficulté sera de connaître l'espèce de champignon qui aura produit l’intoxication (1).
Aussi devra-t-on, dans ce but, recueillir avec soin les restes du plat, les épluchures, les selles, car on pourra, par ce moyen, déceler des fragments de champignons non attaqués par les sucs digestifs, constater la présence de spores, en un mot reconnaître certains caractères qui appartiennent au champignon toxique.
Nous ne reviendrons pas sur les caractères distinctifs des champignons dangereux. Le lecteur trouvera ces renseignements dans la première partie de cet ouvrage.
Il sera utile également de demander au malade ou à son entourage l'endroit où se seront récoltés les champignons, et de rechercher soi-même aux endroits indiqués des espèces qui y croissent, afin de les soumettre à l'examen des personnes ayant fait ou vu la récolte.
RENE FERRY indique aussi comme caractère très important pour reconnaître l'A. ghalloïdes, l'odeur particulière que répand ce champignon quand il commence à se dessécher, avant même qu'il ait subi aucune altération. C’est une odeur fade qu'il compare à l'odeur de la colle forte, chauffée au bain-marie. Cete odeur lui a permis de reconnaître des débris décolorés.
S'il est établi un jour que les cristaux que l’on peut obtenir au moyen de suc de champignons et du réactif deFLORENCE (spermine), sont spécifiques pour quelques espèces às champignons déterminés, leur constatation pourrait être utile pour la reconnaissance de ces champignons en cas d'intoxication Les spores seront en toute circonstance, les derniers et souvent les seuls vestiges possibles de la présence d'un champignon. Elles résistent fort bien à la chaleur et au froid, à la dessiccation, à l'humidité et même à l'ébuilition.
Comme le dit si justement BOUDIER: malgré l'absence de caractères chimiques que peuvent présenter les déjections de toutes sortes, il est un
moyen qui peut être utile pour déterminer, sinon avec certitude, du moins avec les plus grandes probabilités, la section à laquelle l'espèce délétère appartient, et quelquefois cette espece eile-même. Ce moyen c’est l'emploi du microscope. Les spores surtout résistent parfaitement bien sous tous les rapports à la coction dans l'eau pure ou mêlés à des corps gras, et
(1) TARDIEU ne cite que deux cas d'empoisonnements criminels par les champignons, suivis de poursuites et de condamnations, l’un à Nantes, l’autre à Valence, où, à la suite d’un rapport du Dr. Riorv, de Chabeuil, un imprudent marchand fut condamné à 15 jours de prison.
même à la digestion. Je n'ai pu, dit-il, trouver de différence entre celles qui étaient fraîches et celles qui avaient subi la cuisson. Quant au tissu même du champignon, il n’est en rien modifié par la forme et la grosseur des cellules, seulement celles-ci n’ont plus cette turgescence qu'on leur reconnaît à l’état normal. Toutes sont plus ou moins fanées, plissées de diverses manières, et présentent à l’intérieur un grand nombre de granulations très ténues, jaunâtres, dues probablement à des parcelles d’albumine coagulée par la chaleur. De plus, les champignons offrent des différences remarquables dans l’anatomie de leurs tissus. Leur étude microscopaque est donc du plus haut intérêt au point de vue toxicologique. Pour les champignons inférieurs, l'emploi du microscope est indispensable. L'examen direct offre souvent des renseignements intéressants, mais il est de toute nécessité d'isoler le germe pathogène à l’état de pureté (ce germe souvent se trouve dans le pus, le sang, les crachats, etc.), d'en faire des cultures en cellules à partir d’une spore, qui permettent de déterminer le genre, l'espèce, etc., et enfin l’étude du pouvoir pathogène s'impose également pour nous renseigner sur la nocivité du microorganisme.