‹ Les champignons vénéneuxChapitre 68 sur 105 · OP CURE TT · texte numérisé non relu

OP CURE TT

Il a été des champignons vénéneux comme de tous les corps nuisibles “

dont on peut faire usage. On a essayé tout d’abord de tout pour remédier à leurs effets, ou pour les corriger, et comme les champignons, d'après la doctrine des anciens, taient compris au rang des poisons froids, on a eu recours à des substances chaudes tels que l'ail, les sels alcalins! la fiente de poule, la racine de pyrêtre, le suc de raifort, la thériaque, l'orviétan etc.

Par l'effet des tâtonnements empiriques ou du hasard, on a employé le vitrol blanc (1), les pommes: d'amour, les baies de myrthe, les queues de |

poires, etc. Tels sont les secours que l'on voit prescrits surtout par NICANDRE et GALIEN. Ils leur donnaient pour véhicule l'oxymel. Par une suite de raisonnement et par respect pour l'antiquité ou par

empirisme, on Sest borné jusqu au dix-huitième siècle à préconiser deux

ou trois de ces moyens, le vitriol blanc, surtout, le vitriol de zinc qui a éte ensuite remplacé par l'émétique ordinaire à haute dose, le suc de raifort et le vinaigre.

Quelques personnes qui faisaient ce que l’on nommait ,la petite médecine” ajoutaient à cette liste le lait.

Aujourd'hui on a l'habitude de suivre le processus suivant.

1° Expualsion du poison. — On a conseillé dans les empoisonnements de toute nature, d'abord l'emploi des vomitifs. Nous estimons avec GUE- GUEN (2) que dans l'empoisonnement par les champignons les vomitifs

sont inutiles et peuvent être nuisibles. ,En effet, le malade ayant géné-,

ralement vomi à plusieurs reprises, on peut être certain que son estomac

est débarrassé: inutile par conséquent d'augmenter l'irritation gastrique.

De plus, s’il s'agit d'un empoisonnement phaïllinien, dont les premiers symptômes se manifestent dix ou douze heures après le repas, il est évident qu'il n’y a plus rien dans l'estomac du patient”.

On ne doit donc ici recourir aux vomitifs que si les vomissements sont trop tardifs, ou si l'on s'était apercu à temps, par exemple à la fin d’un repas, que l’on a consommé des champignons vénéneux (ipéca en poudre, 1 gramme: tartre stibié, 5 centigrammes, à prendre en deux fois dans un demi-verre d’eau).

A défaut de vomitif, prendre de l’eau tiède ou les doigts. Le lavage |

(1) Le vitrol blanc ou de zinc a élé proné au dix-huitième siècle comme le plus puis-

gant secours dans le cas d’empoisonnement. On voit dans les observations commu-" niquées au Collège royal des médecins de Londres, que HENDERSEN l'a employé avec

succès, à la dose d’un scrupule (24 grains) dans un cas semblable. En 1787, un chirurgien de Bordeaux proposa comme spécifique assuré contre les

champignons, le vitroi bleu ou de Chypre, gros comme un noyau de cerise dissous dans,

un verre de vin blanc, auquel il ajoutait après son effet l'usage de beaucoup d'eau salée (2) GUEGUEN (F). Champignons mortels et dangereux, page 31. Larousse, édit., 1912.

de l'estomac à l’aide d'un tube de Faucher est aussi très recommandable (1).

GILLOT recommande aussi les injections d'apomorphine. Ce qui n’a pas été vomi est passé dans l'intestin, il sera donc nécessaire d'administrer un purgatif et de préférence un purgatif salin (sulfate de soude ou de magnésie).

Si les douleurs intestinales sont très vives, mieux vaut employer un purgatif doux (huile de ricin, 30 gr.) et administrer en même temps un lavement huileux (huile d'olive, deux cuillerées, batlues avec un jaune d'oeuf et quatre ou cinq cuillerées de lait ou d’eau tiède) additionné de vingt gouttes de laudanum de Sydenham pour calmer les douleurs.

Il est nécessaire également, de favoriser l'élimination de l'urine, pour cela on ajoute à une tisane 100 gr. de lactose par litre, ou encore 2 à 3 gr de bicarbonate de soude.

Lorsqu'il s’agit d'un empoisonnement phallinien, le lavage du sang, cest-à-dire l'injection intraveineuse d’un ou deux litres de sérum artificiel favorisera la dilution et l'élimination du poison (2). Mais ce traitement ne pourra être fait que par un médecin.

2° Traitement des symptômes. — Si le malade a du délire, on emploiera les calmants (KBr. 10 gr.; eau 150 gr.) Par cuillerée toutes les heures

(adultes) jusqu'à effet calmant.

Si il y a dépression, syncope, on fera appel aux stimulants (frictions sèches, flagellation, thé ou café fort, éther).

Les douleurs abdominales seront calmées par des lavements huileux

laudanisés, des cataplasmes apergés de laudanum.

Les vomissements trop prolongés seront combattus par l’eau de Seltz, la potion de Rivière ou encore de petits morceaux de glace donnés à sucer.

Pour relever le pouls, on emploiera les injections hypodermiques de caféine ou de spartéine.

En résumé, comme le dit GUEGUEN, il faut:

1° Vider l'estomac; 2° Favoriser l'élimination du poison; 3° Traiter

les symptômes douloureux; 4° Surveiller le fonctionnement du coeur.

“ FONVIELLE et CHARUEL (3) ont institué le traitement suivant contre un empoisonnement phalloïdien: contre la fatigue, l’asthénie, la torpeur, adrénaline; contre la faiblesse du coeur, la tendance au refroidissement, | digitaline; contre l’anurie, théobromine.

| Si il y a des phénomènes d’excitation nerveuse, on évitera surtout d’ad-

-ministrer l'atropine, car cet alcaloïide aggrave l'empoisonnement (4).

3° Traitement de l’empoisonnement aigu par l’ergot. — Evacuation du poison à l’aide de vomitifs et des purgatifs, inhalations de nitrite d’amyle (3 gouttes dans 4 gr. d'’éther). En cas d'ergotisme chronique, on pourra

(1) L’évuaction est de beaucoup préférable à la neutralisation ou à l'absorption des poisons. On peut néanmois toujours ordonner le charbon. LECHEYRON et ORE recommandent ce produit et prétendent qu'il a une propriété absorbante sur les poisons fongiques.

CHANSARETS conseille le tanin à cause de ses propriétés coagulantes et précipitantes qu'il exerce sur les poisons des champignons.

(2) PELLEGRINI Rivista d'Igiene sanita publica, 1899 Voir aussi HYPOCRATES: £pidemicor, lib VIII, paragr. 116, et PAULET, Traité des champignons, t. I, p. 5.

(3) FONVIELLE (de Guérigny) et CHARUEL. Empoisonnement par les champignons (Amanite phalloïde). Quelques considérations cliniques et thérapeutiques, Journal des praticiens, 28 sept. 1912, XXVI, p. 615.

(4) F. GUEGUEN. Toxicologie des champignons. Revue scientifique, 1908, II, p. 365, s'élève également contre l'emploi irrationnel de l’atropine.

prescrire en outre: belladone, morphine: le cas échéant aussi inhalations de chloroforme et bains chauds contre les convulsions. Il est nécessaire de changer les malades de place et de leur fournir une nourriture tonique. Si la gangrène a déjà éclaté, on tâchera de prévenir la pyémie. Quant à l'élimination des parties gangrénées, elle se fait spontanément sans intervention chirurgicale. Au point de vue prophylactique, on fera attention que l’ergot de seigle soit enlevé déjà pendant le battage du blé. Les meu niers devraient refuser de moudre le blé non débarassé de l’ergot (EN

(1) Consulter également à ce sujet: G. POUCHET. L'action abortive de l’ergot de seigle

et son action sur les centres nerveux. Revue internat. de thérap. et pharmacologie, t. VI, 1898, p. 121.

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