IMMUNISATION DES ANIMAUX CONTRE LES POISONS DES CHAMPIGNONS
LE DANTEC (1), dans ses recherches expérimentales sur l’empoisonnement par la fausse oronge arrive à ce résultat contradictoire que, le sérum des animaux prétendus réfractaires à l’empoisonnement par les champignons vénéneux comme le mouton. le porc, etc., ne possède aucune qualité antitoxique vis-à-vis de l’intoxication par ces champignons. | Il arrive en outre, à cette conclusion, au point de vue expérimental que si l’on a cru à la présente de plusieurs poisons dans A. muscaria, c'est que les symptômes d’empoisonnement ne sont pas les mêmes pour toutes les espèces animales.
PHISALIX (2) après avoir reconnu à certains ferments solubles (oxydases de BERTRAND, tyrosine, etc.), des propriétés vaccinantes contre le venin des serpents, suppose logiquement que le suc des champignons, qui est très riche en ferments et en substances dérivées des albuminoïdes pourrait aussi conférer l'immunité contre ce venin. Il est arrivé à déclarer que le suc des champignons vaccine contre le venin de vipère. Ses expériences ont porté sur plusieurs espèces vénéneuses ou comestibles et toujours avec le même résultat.
. Divers auteurs ont essayé d’immuniser des animaux contre les champignons à phalline (3).
| CALMETTE a fait cet essai avec une certaine quantité d'A. phalloïdes recueillies par R. FERRY, de Saint-Dié.
| Durant l’automne de 1897, j'avais expédié dans la glace une grande quantité d'Amanita phalloïdes au Docteur CALMETTE de Lille, qui a bien voulu me faire part des principaux résultats de ses recherches. Il a effectué la plupart de ses expériences avec du suc de champignons macérés dans l’eau chloroformée. Le suc était évaporé, le résidu sec pesé et redissous au fur et à fesure des besoins”. ,J’ai vacciné, m'écrivait le Docteur CALMETTE, des lapins et ces animaux étaient parvenus, par accoutumance à supporter des doses plusieurs fois mortelles pour des lapins neufs, par inoculation sous-cutanée“.
Le sérum des lapins vaccinés préserve très bien les lapins neufs contre l'intoxication par Amanita phalloïdes, mais ne les guérissent pas après intoxication ou, en d'autres termes, ce sérum est un sérum préventif et non un sérum curatif de l’intoxication déjà déclarée.
EXPERIENCES DE M. RADAIS ET A. SARTORY
Une abondante récolte d'A. mappa pendant l'automne 1903, a permis … (1) LE DANTEC. Recherches expérimentales sur l’empoisonnement par la fausse ronge. Arch. méd. neurol., 1898, t. 69, p. 241-250.
CG PHISALIX. C. R. Ac. sc, 12 déc. 1898, p. 1036. . (3) CLAISSE. Soc. biologie, 18 juin 1898. PELLEGRINI, 1899. Voir Rivista d'Igiene anita publica, 1899.
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à M. le professeur RADAIS et à nous, de tenter des essais d'immunisation contre le poison phallinien. Des expériences préliminaires sur les petits animaux, nous ont conduit à choisir le lapin et à introduire le poison par injection intra-péritonéale. L'’impossibilité d'isoler la phalline, nous a obligés d'autre par à utiliser le suc retiré par expression des champignons et conservé exempt de fermentation par addition d'essence de moutarde. On sait que les diverses parties du carpophore sont inégalement toxiques; les essais de divers auteurs, effectués sur ies animaux par ia voie stomacale, ont montré qu'on pouvait distinguer par ordre de toxicité, la cuticule, le chapeau, le bulbe et le pied. Nos propres expériencs faites par le moyen des injections intra-péritonéales aboutissent aux mêmes conclusions. Afin d'éviter les causes d'erreur résultant de l'inégale toxicité des diverses récoltes, toutes les colatures ont été mélangées, et le même liquide a été employé pour toutes les expériences. |
Une première série d'essais a servi à déterminer la dose toxique du M suc employé. Pour un lapin de poids moyen (2 kg 500 envtron), cette dose à était de 8 cc. et amenaïit la mort en 24 heures, avec quelques troubles | gastro-intestinaux et surtout des phénomènes de paralysie débutant par le train postérieur. Pour des doses inférieures à celle qui amène la mort, les troubles sont de même nature, mais rétrocèdent au bout de quelques jours; dans les deux cas, l'animal subit une notable perte de poids. k
Par des injections répétées de doses variant entre 0,5 cc. et 2 cc., selon À l'état de fléchissement de la courbe qui se relève ensuite progressivement; chaque inoculation est suivie d'une baisse de poids qui tend ensuite à“ augmenter avec l’accoutumance de l'animal au poison. L'aliure un peu tourmentée de la courbe dans sa partie moyenne du ?0e au 100e jour provient de troubles gastro-intestinaux provoqués par un changement fortuit. d'alimentation. a
A partir du 100e jour environ, l'augmentation de poids progresse rapidement, malgré les injections répétées de doses atteignant d'emblée à 2 cc. et 3 cc. à
Au 124e jour, l'immunisation peut être considérée comme attefnte;… l'animal reçoit d'emblée 9 ce. de suc, c’est-à-dire la dose sûrement mortelle sans manifester d'autre symptôme qu'une perte de poids passagère, compensée d'ailleurs en quelques jours. Le
L'animal abandonné à lui-même sans traitement immunisant pendant. une durée d’un mois environ, continue à augmenter de poids, inoculé au bout de cette période avec 8 cc. de suc toxique, il succombe en 24 heures” avec les symptômes habituels de l'empoisonnement phallinien.
Il résulte de ces essais que le lapin peut être immunisé contre le poison F phallinien et résister à la dose sûrement mortelle; cette immunisation. obtenue en 4 mois environ dans les conditions des expériences ci-dessus ne résiste pas à une suspension d'un mois du traitement immunisant. À
A. — Immunisation contre l'extrait complet d'A. phalloïdes
Des animaux traités avec l'extrait complet d'A. phalloïdes dévelore Ÿ des sérums antihémolytiques ayant un pouvoir de 1-1000, 1-2000 ou même
(1) M. RADAIS et A. SARTORY. Sur l'immunisation du lapin contre le poison. des : amanites à phalline. C. R. Ac. sc., 11 juillet 1910. Ë
plus. On obtient de tels sérums sur des lapins au bout de 6 à 8 semaines de traitement; le Docteur KINYOUN a immunisé pour W. FORD un cheval et a ainsi obtenu un antisérum dans lequel 1 cc. neutralisait quatre fois la dose {d'extrait complet) mortelle pour un cobaye (du poids de 500 gr.). Ce sérum était peu antitoxique, mais avait cependant une puissante action hémolvtique. FORD a fait avec lui des expériences pendant quatre années. Après ce laps de temps, ce sérum a manifesté une détérioration considérable. Quand l'on a précipité ce sérum par l'alcool éthylique, le liquide filtré ne montrait plus aucune action hémolytique tandis qu'une solution saline de ce même précipité neutralisait le glucoside dans la même proportion que le sérum originaire.
L'anticorps est précipitable par l'alcool, tout au moins il est si intimement uni à un élément pratique du sérum qu'il est entraîné par celui-ct quand on précipite ce dernier.
B. — Immunisation contre l'hémolysine
Les animaux traités avec de faibles doses de cette hémolysine développent une immunité contre l’action de ce poison. Il survient d’abord un léger oedème au siège de l’inoculation et les animaux perdent de leur poids. Ceci n’est que passager.
De tels animaux développent un antisérum actif et ils sont en outre immunisés, se remettant complètement de ce traitement et n'en éprouvant aucune conséquence fâcheuse. On saigne les animaux ainsi immunisés, d'ordinaire après que leur sérum montre une énergie d'environ 1-1000 et qui est considéré comme suffisant pour l'étude.
FORD a aussi employé pour l'immunisation des animaux un sérum exempt d’hémolysine et aussi de matières protéiques. Il a obtenu les mêmes résultats que dans le cas précédent. Cette immunité semble donc représenter dans ses traits essentiels, l’immunité déterminée avec les vraies toxines d’origine microbienne.