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CHAPITRE XV PROPHYLAXIE

Le nombre des empoisonnements constitue un véritable fléau pour l'humanité. Comme le dit si justement ROCH, de Genève. S'il n’est pas possible de le comparer à l'alcoolisme ou à la tuberculose, on peut du moins se faire une idée de son importance par les données suivantes:

PAULET estime à une centaine les décès causés par les champignons dans les environs immédiats de Paris entre 1749 et 1788.

En un an BIGEARD relève presque exclusivement en France, 60 cas atteignant 180 personnes et faisant 53 cadavres (1).

GUILLAUD (2) estime à 10 par an le nombre de décès dus aux champignons dans la Gironde et à 100 pour le Sud-Ouest de la France.

Un pharmacien de Saint-Dié, BARDY, dans les Vosges, a relevè en 16 ans 60 empoisonnements graves dont 25 suivis de mort. Les Vosges paraissent du reste un des départements les plus éprouvés (3).

En 1902 pour la France, les journaux relatent 33 cas d'empoisonnement avec un bilan de 55 décès. V. et X. GILLOT faisant une enquête à ce sujet n’ont reçu que 18 réponses.

En 1903, SOUCHE trouve 36 malades avec 15 décès.

En 1911, l’Amanite phalloïde fit 33 victimes avec 12 morts, sans compter les cas non connus.

En 1912, nous avons fait une enquête aussi documentée que possible. Rien qu’en France et en Alsace-Lorraine nous avons pu relater 60 cas d'empoisonnement avec un total de 253 victimes et 90 décès.

En 1913, notre enquête nous done 23 morts et 104 victimes (1).

A l'étranger, en Allemagne par exemple, les chiffres sont de même ordre d'importance. En Silésie, Von SCHRÔTER, de 1878 à 1880 signale 25 cas dont 14 mortels.

En Autriche, en Italie, en Russie, les accidents par les champignons sont également très fréquents.

__ En Amérique, PALMER, de Boston, a vu 33 cas avec 21 morts. FORSTER, de Charlestown 44 cas avec 14 morts.

I1 résulte de ces constatations, qu’il est indispensable de prévenir les populations contre les dangers qu'il y a à consommer impunément certaines sortes de champignons.

A côté de l'éducation du public il devient nécessaire de faire réglementer les marchés et de réprimer absolument le colportage à domicile.

Et maintenant à l'exemple de Paris, de Strasbourg, de Lyon, de Grenoble, d’Albertville, de Fontainebleau, d'Epinal, il est à souhaiter qu'on multiplie les expositions de champignons.

(1) Cité par E. C. Bull. de la soc. des naturalistes de l'Ain, 1904, p. 75. (2) Loc. cit., page 219.

(3) M. ROCH. Loc. cit.

(1) A SARTORY. Les empoisonnements par les champignons en 1913. Bull. Soc. Mycol. Fr., t. XXX, 1er fasc., p. 97.

A Paris, à Strasbourg, des excursions, des expositions, des conférences et des cours publics sont organisés pour vulgariser l'étude des champignons, cela par le soin des Facultés de Pharmacie et des deux grandes sociétés de Mycologie, la Société Mycologique de France et la Société mycologique de l'Est (Strasbourg). Dans bien des régions encore, il existe de ces groupements. Nous estimons qu'il faut encourager les efforts de ces associations qui cherchent à atténuer le plus possible et voudraient voir disparaître les accidents toximycologiques. |

De plus une réglementation de la vente s'impose pour écarter les risques d'empoisonnement (2) et pour donner au public toutes les garanties de sécurité désirables.

BURLET, l’'éminent mycologue a proposé à la municipalité d’Albert- Ville de créer cette réglementation. Peu de villes possèdent cette réglementation sévère et prudente. On peut citer deux types de marchés aux champignons: À

1° Celui de Lausanne: marché soumis au contrôle, mais sans limitation d'espèces:

2° Celui de Milan: marché soumis au contrôle avec limitation d'espèces.

C’est ce dernier type que BURLET a proposé pour Albertville.

Sur les prétendus moyens canables d'enlever le principe vénéneux » des champignons

Les essais tentés pour enlever ou neutraliser la propriété vénéneuse des champignons sont. nous l'avons dit, presque aussi anciens que Îles premiers empoisonnements par ces cryptogames.

PLINE déjà indique le vinaigre, DIOSCORIDE recommande de les faire cuire avec des poires sauvages ou aussi peu mûres que possible. à défaut avec des feuilles ou des branches de poirier, mais il marque sa préférence pour les aromates, tels que l'origan, la sariette, etc. Comme cela se pratique toujours, tous les auteurs qui l'ont suivi, l'ont copié et on s'est toujours trouvé dans l'embarras pour détruire le principe toxique: c'est ce qui fait que la plupart des anciens conseillent l’abstinence pour les espèces douteuses.

Il est reconnu cependant que certains peuples qui font une grande consommation de champignons, comme les Russes, les Polonais, les Hongrois, et qui passent pour manger toutes les espèces avec de rares excenptions toutefois les font macérer dans l'eau vinaigrée ou salée. et blanchir avant de les faire cuire ou sécher.

PAULET, puis ORFILA en 1815 (1) ont fait connaître l’action dissolvante du vinaigre. BULLIARD, LETELLIER, POUCHET en 1834 publient certains mémoires qui tendent à prouver que l’eau seule peut, à l’aide de la chaleur et de lavages répétés, enlever le principe délétère et que les A. bulbosa et muscaria peuvent être ainsi mangées impunément par les animaux. Toutefois, ce n’est qu’en 1851 que GERARD démontre par des

(2) Voir: CHEVALLIER. Sur les précautions prises relativement. à la vente des champignons comest. Ann. Hyg. publ, XXVII, 1842, p. 301.

G. BERNARD. Sur la vente des champignons comest. Soc. Mycol., VI, 1890, p. 148.

A. TARDIEU. Etude médico-légale sur les empoisonnements, 1867, p. 151.

Thèse X. GILLOT, p. 318, 319. (Inspection des champignons).

(1) Toxicologie, 1re édition, 1815.

expériences positives, la possibilité d'arriver à ce résultat (1).

Dans un mémoire adressé en 1851 au Conseil d'hygiène et de salubrité, GERARD dit qu'il n'a pas craint d'essayer sur lui-même et sur sa famille son procédé prouvant que l’amanite bulbeuse, la fausse aronge, l’agaric vénéneux, l’'agaric émétique, l'agaric pernicieux, le bolet chrysentère et le lycoperdon géant, perdaient complètement leur propriété vénéneuse lorsqu'on les a fait macérer (après les avoir coupés, les gros en huit, les moyens en quatre morceaux) dans de l’eau à laquelle on a ajouté deux cuillerées de sel gris par litre d’eau.

Certes nous ne suivons pas GERARD dans ses conseils.

RADAIS et nous avons récemment prouvé combien il était dangereux de consommer impunément les espèces les plus diverses après macération et ébullition prolongées dans l’eau salée ou vinaigrée. Il fant bien se per- Suader que cette opération ne suffit pas pour détruire les principes vénéneux des espèces les plus redoutables comme les Amanites phalloïde et citrine (2). |

Il ne faut pas davantage se fier pour rendre inoffensif un champignon vénéneux, à l'opération qui consiste à enlever la pellicule résistante et colorée dont le chapeau de beaucoup d'espèces est recouvert.

Il] serait de même très imprudent de croire aux vertus de la poudre de charbon proposée comme antidote des empoisonnements par les champignons.

Cette opinion fut émise, en 1830, par TOUERY, de Solomiac (Gers), à une époque à laquelle on ne connaissait pas la nature des principes toxiques de ces végétaux. Malheureusement, cette recette a été remise en honneur dans ces dernières années. (1905).

Certes, il est bien vrai que le charbon est susceptible de retenir énergiquement une partie des principes toxiques de certaines plantes comme la belladone, l’'amanite tue-mouches et quelques autres, mais il n'est nullement prouvé qu'il en soit de même pour les Amanites phalloïde, citrine et les Volvaires.

II ne faut pas se fier davantage à la dessiccation qui facilite seulement l'évaporation de l’eau et laisse souvent intacts les principes actifs. De nombreuses expériences entreprises avec la poudre de champignons vénéneux desséchés ont démontré qu'ils conservaient en grande partie leurs propriétés toxiques. Les résultats de la dessiccation sont toutefois très différents suivant les espèces, les unes (Amanites) gardent leur poison à peine atténué par la dessiccation (1), les autres (Russules, Lactaires, Bolets) le perdant presque totalement à quelques exceptions près (Russula emetica), d'autres enfin se débarrassant entièrement de leur principe actif toxique volatil (2).

Une autre sorte d'erreur est dûe à la conviction partagée par trop de

(4) CADET DE GASSICOURT. Rapport au Conseil de salubrité. Journal des Connaiss. médicales pratiques, déc. 1851.

(2) PIETRO PELLEGRINI a vu l'extrait aqueux d’Amanita phalloïdes liquide entier conserver son activité au bout de douze mois. Voir Pietro PELLEGRINI, in Rivista d'igiena sanita publica, 1899.

(1) Expériences de RADAIS et SARTORY sur l'A. phalloïdes et l'A. mappa.

(2) CORDIER. Essai sur la toxicité relative des champignons frais et desséchés

Thèse Lyon, 1897.

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personnes encore qu'il existe des procédés, des recettes permettant de re-

connaître un bon champignon d’un mauvais. | Les uns recommandent la pièce d'argent qui doit noircir si le cham-

pignon est mauvais et rester brillante s’il est bon. | Les autres recommandent l'oignon qui, mêlé à

à une friture, ne brunit.

qu'en présence des champignons vénéneux; d’autres enfin s'’imaginent que les insectes et les limaces ne S ‘attaquent qu'aux champignons comes-, tibles. | Nous ne nous attarderons pas sur ces différents préjugés, nous dirons seulement qu'il n'existe aucune receite, aucun procédé permettant de distinguer un bon d'un mauvais champignon. |

Il est indispensable, si l’on veut consommer sans danger! ces crypto-

games, d'apprendre à connaître les espèces par leurs caractères bota! niques spéciaux (3). |

hi)

| (3) A. SARTORY. Les empoisonnements par les champignons en 1912. 1 vol., 54 pages. 5 planches. Ed. Klincksieck.

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