‹ Les Champignons Vénéneux d'AlgérieChapitre 10 sur 29 · LIBRE · texte numérisé non relu

LIBRE

de NH 3 dans l’urine, avec diminution de l’urée. On a aussi noté quelquetois des éruptions cutanées (*), du purpura (**). |

L'albuminurie est presque constante lors du rétablissement de la sécrétion urinaire.

La longueur de la convalescence s'explique facilement par la nécessité de la régénération du foie, des muqueuses digestives, du rein.

En résumé les principaux caractères du syndrome phalloïdien sont les suivants :

Incubation longue (moyenne 10-12 heures).

Troubles gastro-intestinaux tardifs, violents, avec alternatives de crises et d’accalmies.

Urines rares.

Foie tuméfié et douloureux ; ictère assez fréquent.

Intelligence ct mémaire intactes ; dépression nerveuse, ataxo-adynamie, stupeur.

Durée 3-4 jours au plus.

Mort ordinairement tardive, du 3° au 10° jour.

Anatomie pathologiqu?. —A l’autopsie ("”*) on peut constater la dilatation des pupilles, l’absence de rigidité cadavérique, la rapidité extrême de la putréfaction, l'absence du coagulation du sang, qui est tantôt rouge-cerise, tantôt visqueux et noir ; le cœur est mou, ea diastole. La vessie est vide en cas de mort précoce, ordinairement pleine en cas de mort tardive, par suite de la rétention asthénique fréquente dans les dernières périodes. Les lésions du tube digestif sont ordinairement peu apparentes, se réduisant à de la congestion, ou souvent moins encore, de petites ecchymoses, une tuméfaction légère des plaques de Payer. Le rein présente rarement des altérations macroscopiques importantes. Les méninges sont légèrement congestionnés. [Il y a souvent des ecchymoses et des hémorchagies dans les membranes séreuses et les organes parenchymateux. Le foie est énorme et présente de la dégénérescence graisseuse.

L'étude histologique des lésions a rarement été faite chez l’homme, surtout avec la technique moderne, aussi sommes-nous particulièrement heureux de pouvoir donner dans ce travail les résultats de l'étude du foie,

(") Parowa, Giorn. d. Soc. d’Igiene, 1894, p. 25. — PLowriGxr, Brit. Med. Journ., 1905, 2, p. 141 ; etc.

(‘”) Frior, L. c.

(”) D’après MascHka, Prag Vierteljahrschr., 1855, 2; Sruper, SAHLI et SCHAERER, Mitt. d. naturf. Ges. Bern, 1884-85, p. 77 > Roc, L. C,

du rein et de l'intestin d’un intoxiqué, qu'a bien voulu faire nôtre excellent collègue le professeur Arçaup, d’après nos préparations.

Mons (*) a constaté par l’étude histologique la dégénérescence graisseuse et des nécroses étendues dans le foie, le cœur, les reins, les muscles striés. Scaürer (**) a trouvé une dégénérescence accusée, sans réaction inflammatoire, des cellules nerveuses cérébrales.

Chez les animaux Ménier et Monnier (***), sur des chiens empoison nés par l’Amanite phalloïde cuite ingérée par la bouche, ont étudié au point de vue histologique les lésions des reins et du foie. Ils décrivent une glomérulo-néphrite diffuse aiguë, et une hépatite diffuse à prédominance : périportale. For (****) décrit chez le cobaye intoxiqué expérimentalement par l’amanita-toxine une dégénérescence hyaline considérable et des éxtravasations d'hématies dans les muscles striés ; une congestion des ganglions lymphatiques avec nécrose des lymphocytes; une abondante extravasation sanguine et la nécrose des cellules de la pulpe dans la rate, une dégénérescence graisseuse accentuée du foie et des reins, dégénéres-: cence graisseuse s'étendant jusqu’à l’endothélium des capillaires.

Pathogénie, — Le mécanisme de l’action de l’Amanite phalloïde est encore assez obscur. Toutefois un fait important est à souligner : {n'y a pas d'hémolyse, contrairement à ce que disent et répètent de nombreux auteurs, même récents. L'absence de l’hémolyse résulte de la destruction de l’hémolysine par la cuisson du Champignon et l’action des sucs digestifs.

Elle a été constatée directement: HeGr a trouvé 4.700.000 hématies par mm 3 chez un malade, Rocu 5.115.000 chez un autre (*).

L'empoisonrement paraît donc dû surtout à l’amanita-toxine, qui agirait sur le système nerveux en se fixant sur lui à la manière de la sirychnine. Les coliques et autres troubles gastro-intestinaux seraient causés par l’action du poison sur les centres nerveux dont dépend le fonctionnement du tube digestif ; les lésions viscérales seraient aussi dues surtout.à des troubles neurotrophiques. (Oné (**), Rocx, Fra). Cette conception pathogénique expliquerait assez bien la longueur de l’incubation.; elle

(‘) Mogrs. Zeitschr. f. med. Bearnt., 1903, p. 412.

() Scnürer, Deutsch. med. Wochenschr., 38, p. 548 (1912). (’) Ménier et Monnier, Bull. Soc, Mycol, France, 18. p. 111. (**) Forn, Journ. infect. diseases, 2 march 1908, p. 116-132. ) Roca, l. ec.

(**) Oré, Arch. Physiol. norm, et pathol., 1877, p. 274; Bull. Acad. Méd 81, p. 350, 32, p. 877. — Fery, |, C., p. 85. |

s'appuie d’autre pat sur les lésions des cellules nerveuses indiquées cidessus. Il y a là toute une série de recherches nouvelles à tenter.

L'élimination de l’amanita-toxine est encore mal connue. On ne sait trop si ce poison est détruit dans l’organisme, ou s’il est éliminé, et par quelle voie, intestin, rein, foie, glandes diverses, C'est encore une question qui mérite des recherches méthodiques.

Pronostie. — Le pronostic dans un empoisonnement phalloïdien est toujours grave, même dans des cas qui paraissent au premier abord relativement bénins. La mortalité paraît être, autant qu’on en puisse juger»

de 45 à 55 0/0.

Traitement. — Le traitement des intoxications phalloïdiennes est malheureusement trop souvent impuissant ; toutefois un traitement énergiquement conduit a quelquefois sauvé des malades qui auraient succombé s’ils avaient été abandonnés à eux-mêmes.

La première indication à remplir serait évidemment d’évacuer de bonne heure les champigrons contenus dans le tube digestif. Malheureusement la longue durée de l’incubation dans l’empoisonnement phalloïdien fait qu’il ne reste plus beaucoup de débris toxiques dans le tube digestif lorsque les premiers symptômes apparaissent. Aussi certains auteurs déconseillent-ils les vomitifs. [| semble pourtant, surtout dans les cas d’incubation relativement courte, qu'il ne puisse y avoir que des avantages à vider l'estomac, soit par des injections d’apomorphine (Giccor), soit par le lavage de l’estomac (Ferry), et à évacuer le contenu du gros intestin par les lavements purgatifs salins. Le charbon, sous forme de noir animal, peut être donné sans inconvénients et très probablement avec quelque avantage. Déjà préconisé par Dauce (in Rooues, Histoire des champignons, Paris, 1841, p. 440) le charbon a été expérimenté par Oné (*) qui lui a reconnu une action absorbante très nette vis-à-vis des poisons fongiques. Il a été récemment remis à la mode par Sécueyron (**). On peut essayer aussi le tanin (Rocu). Contre les coliques et autres phénomènes gastro-intestinaux on peut lutter ei les émollients, les astringents et les opiacés, DE

L’état de déshydratation intense dans el se trouve bientôt le malace, qui ne peut ingérer de liquide sans le vomir le plus souvent, nécessite la réhydratation du sang par les injections sous-cutanées ou intraveineuses

(*) Oné, L. c., p. 274.

(**) Sécaeyron, Journ, de Méd, de Bordeaux, 1908,

as APE

de sérum artificiel. C'est là une des indications fondamentales, les injections de sérum ayant le triple avantage de réhydrater l'organisme, de diluer les corps toxiques du sang et de favoriser leur évacuation en excitant la diurèse. Les bains chauds peuvent être aussi un bon adjuvant. La dépression nerveuse quise produit toujours dans l'empoisonnement par l'A. phalloïde réclame des interventions aussiénerg'ques que possible,au moyen des divers stimulants. L’atropine, qui a trop souvent été préconisée sans discernement dans les empoisonnements par les champignons, n’est guère recommandable ; il convient d'employer plutôt la strychnine, la caféine, la spartéine, l’huile camphrée, l’alcool à petites doses. Selon Fonvieze et CnaruEL (*) on pourrait utiliser avec avantage ; contre l’asthénie, la torpeur : l’adrénaline ; contre la faiblesse du cœur: la digitaline ; contre l’oligurie : la théobromine.

Dans les cas où les altérations nerveuses ne sont pas trop profondes cette utilisation des stimulants peut permettre à l’organisme de passer la période critique et sauver ainsi le malade ; malheureusement il arrive trop souvent que cette médication échoue.

Contre la dégénérescence du foie et l’ictère on ne peut guère que limiter l'alimentation pendant la.convalescence, et prescrire un régime pro duisant le moins possible de toxines.

Enfin Pre et Martin (**) disent avoir obtenu de bons résultats par la méthode des abcès de fixation de Focuier.

Essais d’immunisation. — D'assez nombreux auteurs ont tenté chez les animaux l’immunisation contre les poisons de l’Amanite phalloïde, Cazmerre (*) a vacciné avec un extrait d'A. phalloïde non chauffé, des lapins, et est arrivé à leur faire supporter des doses plusieurs fois mortelles pour le lapin neuf, Le sérum des lapins vaccinés présente chez les lapins neufs des propriétés préventives mais aucune action curative. Forp (**) a essayé séparément l’immunisation des animaux avec l'extrait complet d'A. phalloïde, l’hémolysine et famanita-toxine. [l est arrivé assez facilement à hyperimmuniser les animaux contre l’hémolysine. Par contre les recherches faites avec l’extrait complet ou l’amanita-toxine n'ont donné que des résultats très insuffisants : les animaux inoculés ne résistent qu’à de faibles multiples de la dose mortelle pour l'animal neuf. D’au-

(*) Fonvieue et CHartUeL, Journ. Praticiens, 26, p. 615 (28 sept. 1912).

(*) D'après Pro, Formul. Thérapeutique, ed. 2. p. 350,

(*) CALMETTE. in FERRY, l. C., p, 78. :

(**) Fonp, Journ, infect. diseases, 2/4 1906, p. 191-224; Aget et Forb, [, €.

Page 1