L' BD
tres essais ont été faits par Cuarsse, Percecrini, Rage (*) sans de meilleurs résultats.
Dans l'état actuel de nos connaissances il ne faut donc pas compter sur une sérothérapie antiphalloïdienne. è
Statistique générale des empoisonnements phalloïdiens. — La statistique la plus complète, à notre connaissance, est celle établie par Rocn. (**) Cet auteur recense de nombreux cas observés en France, en Allemagne, en Italie, en Angleterre, en Suisse, en Roumanie, en Amérique; il en cite un observé en Algérie.
Empoisonnements par l'Amanite phalloïde en Algérie. — Er Algérie leS empoisonnements par J’A. phalloïde -sont heureusement relativement rares, par suite de l'éloignement ordinaire des villes et des forêts dé Chènes, et par suite de la prudence des indigènes, qui consomment très rarement les champignons (quoiqu’ils en récoltent beaucoup aux alentours des villes pour la vente aux Européens).
Cependant d'assez nombreux empoisonnements mortels se sont produits depuis la conquête. Malheureusement très peu d’entre eux ont été constatés scientifiquement.
SartTory ("”) cite un empoisonnement aux environs de Constantine en août 1913, avec 5 victimes, dont 4 morts ; un empoisonnement aux environs de Bougie en août 1913, avec 4 victimes, dont 2 morts, ur empoisonnement à Collo en 1912, avec 8 victimes et 6 morts. M. TraRuT nous a communiqué quelques documents au sujet d’un empoisonnement phalloïdien sarvenu à Constantine en décembre 1907. Enfin nous avons étudié avec MM. Focev, ArniN-DeLTeiz et ARGAuD un empoisonnement survenu à Alger en novembre 1915, et dù selon toutes probabilités à l’A. phalloides mélangé à l'A. pantherina. Nous donnons ci-après ces deux observations inédites, en remerciant MM. Trasur, Focey, ArpiN-DELTEIL et ArGaun, qui ont bien voulu nous les communiquer.
(*) Craisse, C. R. Soc. Biologie, 18/6 1898 — PeLreGrint, Riv. d'Igiene, 1899 — RaBe, L. c.
(#) Rocn, L c.
(***) Sartory, Bull. Soc. Mycol. France, 30, p. 120 ; Les empoisonnements par les champignons, été de 1912 p. 44.
OBSERVATION 1 Rédigée par M. le Dr Morsiv, communiquée par M. Trapur.
J'ai eu dans mon «service la famille Espitalier composée du pére et de 3 enfants, qui ont séjourné 48 heures, et dont 3 sont décedés, malgré tous nos efforts, hélas ! Les symptômes observés sont : vomissements, diarrhées sanguinolentes, petitesse du pouls, rétrécissement de la pupille, douleurs atroces dans tout le ventre, excitation cérébro-spinale et algidité avec süeurs profuses. Au bout de quelques heures de traitement tous ces symptômes se sont amendés et il y eut une * rémission qui nous fit bien augurer du sort de ces malbeureux ; mais le calme n’était qu’apparent et la tempête ne tarda pas à éclater. En effet, brusquement, tous ces symptômes s’exacerbaient, et dans-la soirée du samedi trois de nos mala-
des moururent successivement, et c’est à grand peine que nous pümes sauver le quatrième ».
Le traitement a été le suivant :
« Vomitifs, teinture de belladone, purgatifs (huile de ricin). Les symptômes s’aggravaut nous avons injecté du sulfate neutre d’atropine ; les malades étant dans le coma, dans l’ataxo-adynamie, nous avons eu recours aux divers révulsifs et stimulants, le tout sans succès ».
Empoisonnement d’Alger (novembre 1915)
Le 20 novembre 1915, deux enfants de la famille Dimech se rendaient dans la montagne et faisaient une ample récolte de champignons, qui furent consommés au repas du soir. Dans la nuit toute la famille ressentit de violentes douleurs abdominales, accompagnées de vomissements. Très insouciants, les 7 membres de la famille ne cherchèrent pas les causes de leur malaise ; mais, leur état empirant, l’un deux se plaignit à des voisins, qui conseillèrent des remèdes plus ou moins inefficaces. Aucun médecin ne fut consulté ; mais le père, zouave territorial en permission à Alger, fut transporté le 21 au soir à l'Hôpital Maillot, où il mourut le 24. Le 23 mourait également la petite Louise Dimech. Les autres membres de la famille revinrent peu à peu à la santé. Un chat auquel on avait donné quelques restes de champignons fut trouvé mort le lendemain.
Le soidat Michel Dimech fut soigné dans le service de M. Arpin-DeL- TEIL, nous donnons ci-dessous son observation et les résultats de l’autopsie.
M. Focey, médecin-chef de l'Hôpital du Dey, a pu se procurer un fragment d’un des champignons mangés par les victimes et a bien voulu nous l'envoyer pour détermination. Ce fragment était un fragment de. chapeau, déjà un peu pourri, mais que nous avons cependant pu rap-
porter avec certitude à l'A. pantherina. Cette espèce a donc fait partie du plat mortel, mais probablement en petite quantité ; le syndrome clinique et les lésions anatomiques se rapportent en effet à un empoisonnement par l’A. phalloides, qui est sans doute le champignon qualifié de jaune par le soldat Dimech. L’A. phalloides est d’ailleurs. en Algérie, comme l'A. pantherina, un satellite des chênes, et il n’y a rien d'étonnant à ce qu'il ait pu être récolté en même temps que ce dernier.
Ces Amanites sont d’ailleurs heureusement rares aux environs immédiats d'Alger, et ne s'y développent guère que dans les automnes à pluies précoces. Elles ont dû être récoltées, soit sous des Q. Suber dans la forêt de Baïnem, soit sous des Quercus Ilex et coccifera dans la montagne de Bouzaréa.