‹ Les Champignons Vénéneux d'AlgérieChapitre 26 sur 29 · ALT · texte numérisé non relu

ALT

âcreté par la cuisson ou le broyage, mais garderait des propriétés émétocathartiques. [1 n’existe pas d'observations récentes et dignes de foi d'empoisonnement par cette espèce en dehors de celle de V. et X. Gizcor (*). Cet empoisonnement s’est traduit par des phénomènes gastro-entériques violents, mais qui ont disparu assez rapidement ; la détermination du champignon est très probable. Kosenr (**) a trouvé dans le R. emetica de la choline, de la muscarine et une myco-atropine.

La saveur très âcre de ce champignon à l’état cru suffit d’ordinaire à en écarter les mycophages. Le R. emetica est d’ailleurs assez rare en Algérie-Tunisie, où il n’existe guère que dans les grandes forêts de Quercus sur les grès de Numidie,

R. maculata Quél. — Cette espècz âcre, réputée suspecte a été mangée sans inconvénients par Baraizze (*) après cuisson. Elle se rencontre parfois en Algérie, dans les forêts de Quercus Ilex en terrain calcaire.

R. nigricans Fr., R. adusta Fr. — Ces deux espèces, âcres à l’état cru, ont toujours été considérées, sans raisons suffisantes, comme vénéneuses. Nous avons montré (**), en les consommant et en les faisant consommer en grandes quantités, qu’elles sont partaitement inoftensives après cuisson, même sans macération et ébouillantage préalables, et qu’elles sont de bonne qualité.

Les autres Russules âcres que nous avons rencontrées en Algérie sont R. delica Fr. (comestible), R. fragilis Fr.!R. luteotacta Rea, R. veternosa Quél. (an Fr.?), R. depallens (Fr. ?) Cooke ; R. foetens Fr. ; R. sororia Fr. ; R. insignis Quél. Ces Russules sont mal connues au point de vue de leurs propriétés alimentaires, sauf la première, qui est consommée couramment en France. Nous avons mangé la dernière sans inconvénients, mais elle a une saveur désagréable. En général l’âcreté de ces espèces à l'état cru suffit pour éloigner d’elles les consommateurs.

Agaricus æanthodermus Genv. — Ce champignon est fréquent dans le Tell algérien, dans les jardins, les champs et les forêts. Il est comestible, quoique de qualité inférieure, à cause de sa mauvaise odeur d'urine de souris, insuffisammt corrigée par la cuisson. Cependant, chez certains individus idiosyncrasiques, il donne lieu à des accidents gastroentériques assez violents, rapidement guéris d’ailleurs. Le fait s’est pro ” duit dans notre propre famille, où un plat composé exclusivement d’ 4.

() V. et X. Gizuor, Bull. Soc. Mycol. France, 18, p. 33. (“’) Kobert, Lehrb. d, Intoxic., ed. 2, 2, p. 1224

(*) BARBIER, l. C.

(”) Mare, L. c.

RS

æanthodermus a causé une gastro-entérite violente chez une femme de 35 ans, alors que 8 autres personnes, qui avaient mangé du même plat en plus grande quantité que la malade, n’ont pas eu le moindre malaise. Des faits du même genre ont été signalés par X. Grrcor et LasaussE (*) ; ces derniers ont eu pour conséquence de faire proscrire ce champignon du marché d'Angers, où il était autrefois admis.

Stropharia coronilla (Fr.) Quél. — Ce champignon est fréquent dans les champs et les pâturages de tout le Tell algérien ; il est considéré comme dangereux par la plupart des auteurs, et Giccor rapporte dans sa thèse des observations d’empoisonnement survenu à la suite de l’ingestion d’un gros plat de cette espèce. Il s’agit probablement de phénomènes d’idiosyncrasie, car de nombreux mycologues ont, ces dernières années, consommé le S. coronilla sans inconvénients.

Nematoloma fasciculare (Fr.) Pat. (— Hypholoma fasciculare Quél.) Ce Champignon abonde sur les vieilles souches des chênes, cèdres, etc., dans tout le Tell Nord-Africain.. Il est considéré comme vénéneux, et Gizror a montré dans sa thèse que l’eau d’un puits dans lequel macéraient des spores et des fragments de tissus pourris du champignon, a produit des phénomènes de gastro-entérite. En pratique l’odeur désagréable et la saveur abominable de ce Champignon sufisent à en écarter les corsommateurs.

Boletus erythropus Pers. — Ce Champignon est fréquent dans les pelouses parmi les cèdres de l'Atlas de Blida. Il a longtemps été considéré comme vénéneux, comme son voisin B. luridus Fr., dans lequel on a trouvé de la choline et de la muscarine (*). Le B. luridus Fr., malgré sa choline et sa muscarine, est couramment consommé sans inconvénients par des centaines de mycophages ; et nous avons montré l’innocuité du B, erythropus en le consommant sans ébouillantage préalable, et en le faisant consommer dans les mêmes conditions à de nombreuses personnes, en particulier à la Société Botanique de France, lors de sa session des Vosges (**) La forme des cèdres d'Algérie, qui constitue une variété assez distincte du Champignon d'Europe, est tout aussi innocente.

Polyporus (Fomes) officinalis Fr. — Ce champignon, bien connu en matière médicale, croît sur le Mélèze (Larix europaea) dans les Alpes. Ila

() X. Gizcor, Ball. Soc. Mycol. France, 22, p. 167 — LAsAUSsE, Anjou méd., 9, p. 297. 1

() BoguM, Arch. f. exp. Pharm. u. Toxikol., 1885.

(”) MAIRE, L. c.

a été retrouvé sur le cèdre par M. Trasur à Teniet-el-Had, et par nousmêmes sur le Haïzer. Ce champignon agit, par l'acide agaricinique qu’il contient, en paralysant les nerfs des glandes sudoripares, d’où son emploi pour combattre les sueurs profuses des tuberculeux. A la dose de 2-3 gr., le P. officinalis produit de la gastro-entérite ; mais il n’y a pas à redouter d’empoisonnements par ce champignon, sa consistance ne permettant pas son emploi en dehors de la thérapeutique.

Gyromitra esculenta Fr. — Ce champignon est très rare en Algérie- Tunisie, où il n’a été signalé qu’une seule fois, par ParouiLcar», dans les forêts de chênes d’El-Feidja. [l a causé en Allemagne d’assez nombreux accidents, dûs surtout à un poison hémolytique, l'acide helvellique, qu’il contient. Le Gyromitra desséché ou bien ébouillanté n’est plus dangereux. En France, il n’a jamais causé d’accidents; nous l’avons consommé en Corse sans ébouillantage préalable et en grande quantité sans inconvénients.

Sarcosphaera coronaria (Pers.) Boud. — Ce champignon abonde dans les forêts de Pinus halepensis à Alger et sur tout le littoral, Il a causé des troubles digestifs peu graves après avoir été ingéré cru, en salade (*). Cuit, il est parfaitement inoffensif.

Claviceps purpurea (Fr.) Tul. — L’ergot croîten Algérie sur quelques graminées sauvages seulement et ne peut donc y produire d’intoxications.

GROUPEMENT DES CHAMPIGNONS VÉNÉNEUX AU POINT DE VUE DE LEUR ACTION SUR L'ORGANISME

Les Champignons vénéneux ou suspects d'Algérie peuvent être divisés, si on les envisage du point de vue de leur action sur l’organisme, en 5 groupes, qui ont été bien définis par Rocn (**).

1° Champignons excitant les fibres musculaires lisses : Claviceps purpurea.

2° Champignons contenant des poisons hémolytiques : Gyromitra esculenta.

() Taurin, Bull. Soc. Myco. France, 28, p. 150. (**) Rocx, 1. c, p. 50.

mes

30 Champignons irritants produisant de la gastro-entérite seule ou avec action accessoire sur le système nerveux: Æntoloma lividum, Russula emelica, Clitocybe olearia, Lepiota helveola, Agaricus xanthoder mus.

4° Champignons agissant sur le système nervoux en produisant le syndrome muscarien : À manila muscaria, À. pantherina.

50 Champignons amenant après une longue incubation la dégénérescence des cellules de l'organisme : À, phalloides, A. phalloides v. verna, A. citrina, :

Page 1