‹ Les champs et la merChapitre 12 sur 49 · YVONNE · texte numérisé non relu

YVONNE

Je regardais souvent, le coude à la fenêtre, Les filles revenir de la source à midi* Yvonne apparaissait, et son geste hardi. Son haut galbe de loin la faisait reconnaître.

C'était pour le regard une fête, parbleu! Que de la suivre alors, si droite sous sa cruche. Quand, relevant sa coiffe en huppe de perruche, Le vent faisait flotter son souple jupon bleu.

Avec quelle beauté, laissant son humble châle Tomber en nobles plis que la brise incHnaît, Elle étendait le bras, en Fair, et retenait Son amphore de grès rouge sur son front pâle !

Que ses traits étaient purs ! Je ne sais quoi d'amer Et de charmant errait sur sa lèvre sauvage; Et comme elle était bien la fille du rivage, Forte et comme trempée aux souffles de la mer!

Par la rue aux rumeurs banales et narquoises, Où quelques maigres chiens, craintifs, se font la cour, Parmi de vils ramas poussés de mainte cour Aux ruisseaux où le ciel reflète ses turquoises.

De la ville rasant les murs gris ou crayeux. Je crois la voir encor, une main sur la hanche. Sans que de l'urne pleine une goutte s'épanche. Grande et grave passer sans détourner les yeux.

Saint-Pol de Léon^ 1873.

A Emmanuel Lansyer.

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