DOUARNENEZ
Soeurs de ces marbres purs que le grand art modèle, Tant que, dans leur lenteur, les Bretonnes iront Vers la source au rocher, droites, l'amphore au front. Sur leur nuque encr'ouvrant des ailes d'hirondelle;
Au pied de la falaise où sèchent les filets. Tant qu'on pourra s'étendre, au soleil, sur la grève, Et suivre indolemment la lame qui, sans trêve, S'avance, se retire et roule les galets;
Voir le goéland blanc croiser la voile blanche ; Sur le roc, la fileuse enrouler son fuseau, Quand sa coiffe palpite ainsi qu'un vol d'oiseau, Qu'elle tourne son fil, la quenouille à la hanche :
Tant que sur tes coteaux fleurira Fajonc d'or; Douarnenez, tu verras accourir les poètes ; Tu calmeras leur cœur plein d'ardeurs inquiètes. Ils t'aimeront d'amour et reviendront encor.
S'ouvrant sous le ciel bleu comme une immense coupe, Ils reverront ta baie avec ses matelots, Lorsque, miroir paisible, elle endort dans ses flots Un grand nuage blanc que le navire coupe ;
Ou lorsque le flot lourd sur la falaise fond. D'un seul bond l'escalade, et la lèche et la lave, Puis retombe brisé, bouillant comme la lave, Se tordre et tournoyer dans le gouff're sans fond.
Ah! puissent-ils longtemps, sous tes épais ombrages D'arbres graves et noirs, voir dans leur profondeur, Par les trous d'indigo, sur l'abîme grondeur, Les barques s'incliner, étincelants mirages;