LES FILLES DE LA MER
D E la lande où le pâtre a tracé son chemin Tortueux, où l'ajonc se hérisse au passage, L'ajonc qui met son chrome à Tâpre paysage, Et dont l'étoile d'or brille près du carmin Qu'éparpille alentour Télégante bruyère Jetée au gré du vent, cet aveugle semeur Qui des flots dans les pins imite la rumeur ; De la lande, parfois, comme un bruit de volière, On entend s'élever les voix de ces lavoirs Creusés dans le granit des roches de Bretagne
Et remplissant le val, la plaine et la montagne Du retentissement redoublé des battoirs.
Attiré par les voix, vous gravissez la lande;
A travers les buissons aux ardentes couleurs
Où le doux chèvrefeuille a suspendu ses fleurs,
L^éblouissante baie apparaît toute grande.
Là sont les chardons bleus, et si vous voulez voir
La grève, hardiment, par le chemin de roche
Dont la ronce rampante à vos jambes s'accroche.
Descendez et bientôt vous serez au lavoir.
La mer vient déferler sur cette plage blonde
Où parmi les écueils couverts de goémon,
De sonores galets, de sable et de limon,
Les filles de la mer se détachant sur l'onde, ^
Opposent, sous l'éclat d'un nuage aveuglant,
Lorsque sur le rocher le flot se brise et fume.
Les blancheurs de leur linge aux blancheurs de Técume.
Leurs tons noirs vont heurter un soleil ruisselant.
Ainsi que fait Tabeille aux abords de sa ruche,
Passent, passent sans cesse, avec leur large cruche,
Parmi ces tourbillons de Fonde et du soleil.
Des femmes qui, le soir, dans le rayon vermeil,
S'agrandissant, ont Tair d'antiques canéphores ;