LES FILLES DE LA MER
De celles qu'on voyait aux temps de la beauté,
A l'ombre de FHymetce, avec sérénité,
De la source sacrée emporter leurs amphores.
Les laveuses, plus bas, fourmillent au lavoir. Comme un drapeau joyeux s'agite le mouchoir Et voltigent gaîment les barbes des cornettes. Telles qu'un fol essaim d'amoureuses mouettes. Qui, sur ces cous charmants se serait laissé choir, Et pour s'y maintenir, palpiterait des ailes. Le corsage ondulé s'incline sur les eaux Des bassins attiédis laissés par les ruisseaux Qui courent dans la mer perdre leurs étincelles. Les bras ne cessent point d'aller et de venir, Plongeant et replongeant le drap qui se ballonne. L'un frappe du batcoir, l'aucre tord ou savonne Les hardes et le linge ; et l'on voit se ternir Le cristal qui blanchit et se couvre de bulles. D'un geste magnifique on charge les paquets; Dans le bruit sourd des flots éclatent les caquets ; Et funèbres, tenant leurs conciliabules.
Des vieilles qu'on croirait de funestes oiseaux. Assises sur les rocs des âpres promontoires, Le front bistré, les yeux éteints, raides et noires,
Comme Tancique Parque agitent leurs fuseaux ; Tandis qu'un peu plus loin, reposant sur sa hanche Que presse un jupon bleu, la jeune fille penche Sa forme au long profil sur l'outremer des eaux.
Douarnenez, 1873,
A Ernest Hébert.