‹ Les champs et la merChapitre 6 sur 49 · LA SOURCE SOUS BOIS · texte numérisé non relu

LA SOURCE SOUS BOIS

Dans le fond d'une tiède et paisible clairière

Ouvrant dans la forêt obscure un soupirail,

Où riierbe est de velours, où près de la bruyère,

De son écrin l'iris égraine le corail ;

Où les rayons discrets , mêlés aux vapeurs chaudes ,

Effleurant le gazon touffu, le traversant.

Font de cette verdure intense du versant

Un ruisselant tapis de sombres émeraudes

Où le gai papillon s'égare quelquefois;

Tandis que doucement frissonne la ramure,

Que l'oiseau se recueille et fait taire sa voix,

Adorable babil, une source murmure.

Un sentier, dont la ronce a vu mûrir sa mûre, Arrive en serpentant, se perdant par endroits : Des rubans de fumée au fond montent tout droits Dans les vibrations d'un ciel clair qui s'azure. Aux côtés, le sol va se perdre dans le noir. Et zébré par le jour qui du dehors émigré. Sous les fauves lueurs semble une peau de tigre. Un bassin, au milieu, comme un sombre miroir, Entouré de granit, de mousses et de lierre. Reflète un bloc troué qui laisse couler l'eau Et se tache de noir comme un tronc de bouleau. Une fillette est là, son genou sur la pierre. Se détachant en brun puissant sur le fond vert; Et le jour affluant dans l'espace entr 'ouvert. Autour de l'enfant glisse un doux trait de lumière D'où paraît émaner comme un nimbe changeant. Laissant flotter son âme en une molle trêve Où l'idée apparaît et jamais ne s'achève. Elle incline un front beau d'abandon négligent Et son regard perdu tout au fond de son rêve Suit le fil d'eau qui tombe en torsade d'argent.

Douarnenez^ 1873.

A Français.

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