Dix-neuf enfants infectés directement
A ces exemples il serait facile d'en ajouter un certain nombre d'autres, car presque toutes les épidémies de syphilis vaccinale (toutes celles du moins où la nature du mal n'a été reconnue que tardivement) sont plus ou moins fécondes en cas mortels.
Ainsi :
A Torre de Busi, où des mois s'écoulèrent avant que la lumière fut faite sur la véritable nature du fléau qui sévit sur les vaccinés et sur les
IMtONOSTIC. 44 1
De tels chiflVes ne réclament aucun commentaire, n'est- il pas vrai?
D'autre part, la syphilis vaccinale nous apparaît, pour un certain nombre de cas, singulièrement féconde (et cela même chez l'adulte) en accidents consécutifs d'une haute gravité. Jugez-en par le seul fait suivant.
Dans une petite ville de province, un enfant syphilitique (qui devait mourir bientôt des suites de sa maladie) sert de vaccinifère pour cinq personnes. Toutes contractent la syphilis du vaccin de cet enfant, et voici le résumé très sommaire de leur histoire.
La première est affectée, trois ans après l'infection vaccinale, d'une nécrose de la mâchoire supérieure, puis, quelques années plus tard, d'une affection rénale très vraisemblablement spécifique, qui se termine par la mort.
Une seconde est prise d'accidents cérébraux incontestablement syphilitiques, auxquels elle succombe.
Trois autres, composant une famille (grand'mère, mère et enfant), paient leur tribut à la maladie de la façon suivante : La grand'mère, par une syphilis grave, maligne, qui l'emporte rapidement; — et la mère, par une syphilis cérébrale qui aboutit à la mort. — Seul, l'enfant est sauvé, grâce à un traitement énergique,
C'est-à-dire, au total, quatre morts sur cinq personnes affectées de syphilis vaccinale* \
Ces faits et quelques autres analogues que je pourrais
personnes de leur famille ou de leur entourage, trois enfants, trois nouveau-nés, infectés directement, succombèrent dans les huit ou neuf mois qui suivirent le jour de leur contamination. Un autre enfant (un de ceux qui furent infectés par ricochet) mourut également au bout de peu de temps.
De même, à Lupara, plusieurs des enfants infectés avaient déjà succombé avant que la maladie fût reconnue et le traitement institué, i. Observation personnelle.
442 CIIA.NCMÎ VACCINAL.
produire ne laissent pas que de surprendre et d'effrayer.
De sorte qu'au premier abord, je le répète, on est tenté de se demander si la syphilis issue du chancre vaccinal ne comporte pas une gravité particulière, n'est pas entachée d'une malignité insolite, toute spéciale.
Toutefois un examen plus approfondi des faits en question ne tarde pas à redresser cette impression première. Et, quand on se met à étudier de près les diverses épidémies ou les divers cas sporadiques de svphilis vaccinale, on est bientôt ramené à une idée que je crois plus juste relativement au véritable pronostic de la maladie. On acquiert alors la conviction que la syphilis vaccinale doit sa gravité non pas à sa qualité même de syphilis vaccinale, non pas à son origine particulière, mais aux conditions spéciales dans lesquelles elle est appelée le plus souvent à se produire et à évoluer.
Quelles sont donc ces conditions*? Il en est au moins deux principales qui ressortent aussitôt de l'analyse des faits, à savoir :
i° Jeune âge, tout jeune âge des sujets qu'affecte le plus souvent cet ordre de syphilis.
Chacun sait que la syphilis, même acquise, est particulièrement grave chez les enfants et plus grave encore chez les nouveau-nés. Sans doute elle est bien moins redoutable que la syphilis héréditaire; mais elle ne laisse pas que d'entraîner un pronostic des plus sérieux en maintes occasions. Il n'est pas rare, par exemple, de voir mourir (et cela du seul fait de la syphilis) des nourrissons infectés par leurs nourrices.
Donc, rien d'étonnant à ce que la syphilis vaccinale, qui, de nature, est essentiellement destinée à atteindre les nouveau-nés ou les très jeunes enfants (puisque c'est
dans les premières semaines ou dans les premiers mois de la vie que se pratique d'habitude la vaccination\ emprunte à ce fait même une gravité tout exceptionnelle et aboutisse à la mort dans un certain nombre de cas.
20 Un second facteur de gravité consiste en ce que la syphilis issue d'une telle origine est presque fatalement exposée à rester méconnue, c'est-à-dire non traitée, au moins pour un certain temps.
Cela va de soi. La syphilis vaccinale, en effet, est toujours une surprise. On n'y songe pas de prime abord. Son accident originel naît de la façon la plus insidieuse et peut être facilement méconnu. L'éveil n'est presque jamais donné que par les manifestations secondaires; encore, à ce moment, la maladie passe-t-elle souvent inaperçue, et cela pour un temps plus ou moins long. A preuve tant et tant de cas que j'aurais à citer.
Dans l'épidémie de Rivalta, par exemple, la syphilis ne fut soupçonnée qu'au bout de quatre mois, et cela sur les plaintes des mères qui voyaient bien, malgré leur ignorance des choses de l'art, qu'on avait inoculé à leurs enfants « une mauvaise vaccine, une vaccine maligne, une vaccine qui n'en finissait pas ». Or, à cette époque, il y avait déjà six enfants morts et trois presque moribonds !
Méconnue de la sorte, Ja syphilis, tout naturellement, reste non traitée. Or, vous savez ce que devient ou ce que peut devenir une syphilis non traitée, alors surtout que, sévissant sur de jeunes organismes, elle a tendance à revêtir des formes graves.
Donc, sans aucun doute, la syphilis vaccinale doit en partie sa gravité à cette seconde raison que, méconnue comme nature, elle n'est pas soumise (au moins dans
CHANCRE VACCINAI..
ses premiers temps) au seul traitement qui pourrait en atténuer les dangers.
Et ce n'est pas tout. Car à ces deux principaux facteurs de gravite (jeune âge des sujets et absence de traitement) il convient souvent d'en ajouLer d'autres, et beaucoup d'autres, et des plus nocifs. Il convient par exemple, d'y ajouter ceux qu'on a vus figurer en nombre de cas, notamment dans les grandes épidémies d'Italie ou du Morbihan, à savoir : la misère : — la mauvaise hygiène, voire l'absence absolue d'hygiène; — l'alimentation insuffisante; — l'habitat malsain ; — puis encore l'ignorance, l'indifférence, l'incurie des malades ou des parents des petits malades, avec tout ce qui s'ensuit, etc.
Or, réunissez toutes ces conditions essentiellement défavorables, et vovez si de la sorte vous n'aboutissez pas à constituer tout un ensemble d'influences merveilleusement faites pour imprimer à toute maladie, à la syphilis notamment, une intensité et une malignité particulières.
Eh bien, c'est précisément un tel ensemble de conditions qui a présidé à ces épidémies si meurtrières de syphilis vaccinale dont il a été précédemment question, épidémies où tout a concouru à décupler la force du virus, jusqu'à réaliser ces formes malignes et cette mortalité terrifiante dont je vous ai parlé.
De sorte que, sans insister davantage, je me crois autorise- à dire ceci :
Oui, il est absolument vrai qu'en nombre de cas la syphilis vaccinale s'est montrée particulièrement grave.
Mais il semble bien résulter de l'examen analytique
des faits en question que c'est là pour elle une gravité d'emprunt, si je puis ainsi parler, c'est-à-dire une gravité qui ne lui est en rien propre, qu'elle ne tire pas d'elle-même, qui lui est simplement conférée par les conditions défavorables où elle se produit usuellement.
De cela, d'ailleurs, nous avons la contre-épreuve. dans un ensemble de faits précisément contraires.
Ainsi, transportez la sypliilis vaccinale dans un autre milieu. Voyez-la, par exemple, affectant un adulte ou même un enfant placé dans de bonnes conditions hygiéniques; voyez-la soumise à un traitement convenable dès le début des accidents. Tout aussitôt (réserves faites pour certains cas exceptionnels, comme on en observe d'ailleurs avec les syphilis de toute provenance), tout aussitôt, dis-je, elle perd sa prétendue gravité; elle redevient une syphilis ordinaire, elle rentre dans l'ordre des cas que nous observons chaque jour.
Considérez, enfin, comme dernier témoignage, ce qui s'est passé clans ces grandes épidémies d'Italie ou du Morbihan auxquelles il me faut incessamment revenir. Avant l'arrivée des médecins, tant que la maladie reste méconnue et abandonnée à elle-même, elle sévit sous une forme particulièrement grave et meurtrière. Puis, voici que les médecins et les autorités interviennent; les uns instituent des traitements, les autres dispensent des secours, tous éclairent les esprits. Presque instantanément le mal s'apaise; la mortalité se fait rare, exceptionnelle; les enfants se rétablissent peu à peu; les contagions « par ricochet » diminuent, etc., etc. Bref, tout rentre dans l'ordre, et la syphilis redescend à son laux normal, j'entends au niveau pronostique infiniment plus bénin qui lui est habituel.
CIIAN'CIIES DB LA MAIN.
CHANCRES DE LA MAI Y
Les chancres syphilitiques de la main peuvent être qualifiés d'accidents rares. Dans ma statistique personnelle, en effet, qui comprend un total de 10.000 chancres de tout siège, ils ne figurent que pour la proportion assez minime de 49- C'est dire, approximativement, que, sur 200 contaminations syphilitiques, une seule s'exerce sur la main.
Notons à la vérité que, les chancres de ce siège restant assez souvent méconnus comme nature (ainsi que nous le verrons par ce qui va suivre), leur fréquence réelle est certainement supérieure, mais pour une proportion qu'il n'est pas encore possible de déterminer, à celle qui ressort des statistiques.
En tout cas, ce sont des chancres éminemment curieux. A divers titres ils méritent toute l'attention du médecin, et cela, par exemple, en raison de leur physionomie quelquefois très spéciale, presque extraordinaire; — en raison des méprises faciles et fréquentes auxquelles ils donnent lieu en pratique (que de prétendus panaris, que de prétendues tournioles ou même de soi-disant engelures n'ont été en réalité que des chancres syphilitiques méconnus!); — en raison aussi (ce motif nous est personnel, à nous médecins) de leur fréquence relativement considérable dans la profession ou, disons mieux, dans les diverses branches de la profession médicale. lies chancres de la main et des doigts, en effet, sont par excellence ce qu'on peut appeler des
ÉTIOLOGirç.
chancres médicaux. Que de médecins, de chirurgiens, d'élèves en médecine, de sages-femmes, de dentistes, d'infirmiers, etc., ont reçu la syphilis par la main! Et que de contaminations de cet ordre ont abouti aux plus lamentables catastrophes, voire à la mort!
Étiologie. — Deux points à signaler tout d'abord : i° Ce sont des chancres infiniment plus communs chez r homme que chez la femme, ce qui s'explique par leur étiologie habituelle, comme nous le verrons dans un instant. Ainsi, les 49 cas de ma statistique se répartissent ainsi :
Chancres de la main observés chez l'homme. . 42 cas- — — — la femme. . 7 —
i° Ce sont des chancres de Y âge adulte, exclusivement, ce dont la même étiologie explique également la raison. — Je ne connais qu'un seul cas de chancre de ce siège observé sur l'enfant.
Quelle étiologie préside à ce mode de contamination?
Tl va sans dire que les chancres de cette région peuvent dériver de tout contact, quel qu'il soit, qui a pour résultat de mettre en rapport la main avec le contage syphilitique. Mais, lorsqu'on analyse les faits d'observation clinique, on arrive tout aussitôt à reconnaître que, réserves faites pour quelques éventualités d'exception, le contage est invariablement porté sur la main de trois façons, à savoir :
Par le fait d'une contamination professionnelle;
Par un contact vénérien;
Par une morsure.
De ces trois modes de contagion, les deux premiers sont de beaucoup les plus fréquents.
CHANCRES DE I.A M AIN
De plus, ces deux premiers se balancent à peu près, comme fréquence générale, mais avec une très grande inégalité relative de l'un à l'autre suivant ie milieu où l'on observe. Je m'explique. Dans les statistiques d'hôpital, les contagions de provenance vénérienne prédominent de beaucoup, comme fréquence, sur les contagions professionnelles (:: 10 : j). En ville, inversement, ces dernières reprennent la lête(:: 3o : iq). Et rien que de très naturel à cela; car, alors qu'un médecin vient à être contaminé à la main, ce n'est pas à l'hôpital, c'est en ville, chez un confrère, chez un ami, qu'il va consulter.
I. — En tout cas, l'intérêt n'est pas dans cette question de fréquence relative. Il est tout entier dans un fait que je dois maintenant mettre en lumière, à savoir : le contingent considérable, énorme, que fournit aux chancres de ce siège la profession médicale. Des chiffres sont ici nécessaires et seront plus éloquents que tout commentaire. Voici donc, sur la question, mon bilan personnel.
J'ai observé en ville, jusqu'à ce jour, 49 chancres de la main ou des doigts. Or, sur ce nombre, j'en compte 3o dans la profession médicale, et 3o contractés par des médecins dans l'exercice de leur art (et non autrement). A savoir, au détail :
20 sur des médecins ou des chirurgiens ; 4 sur des accoucheurs ou des médecins pratiquant d'une
façon fréquente des accouchements; 1 sur des élèves en médecine (attachés l'un et l'autre à
des services spéciaux, d'affections vénériennes); 1 sur un étudiant en médecine (attaché à un hôpital
général) ; 3 sur des sages-femmes.
Total. 3o
ÉTIOLOGIE. CONTAMINATIONS PROFESSIONNELLES.
J'ajouterai que, dans la grande majorité de ces cas et d'autres semblables, un rapport de causalité précis, formel, irrécusable, a pu être établi entre la cause contaminante et l'accident de contagion. — Quelques exemples :
Dans l'un de ces cas, c'est un médecin qui réduit un paraphimosis compliquant un chancre induré, et qui, quatre semaines plus tard, se trouve contaminé au doigt annulaire.
Dans un autre, c'est un chirurgien qui pratique une opération sur un sujet affecté de syphilis secondaire, se blesse à un doigt, et, quatre à cinq semaines après, présente à ce doigt, au niveau même de la blessure, une « lésion croûtelleuse » qui devient un chancre syphilitique.
Dans un troisième, c'est une sage-femme qui prend un chancre du médius pour avoir fait un accouchement et une délivrance difficile sur une femme affectée de nombreuses plaques muqueuses vulvaires au moment même de l'accouchement.
Dans un quatrième, c'est mi accoucheur qui, pour avoir pratiqué une version sur une femme syphilitique, contracte un chancre syphilitique situé au niveau même du point dit « tabatière anatomique ».
Dans un cinquième, c'est un dentiste qui, ayant une écorchure au doigt médius, fait une série d'opérations délicates et de longue durée dans la bouche d'un malade affecté de plaques muqueuses labiales et linguales, et contracte un chancre syphilitique au niveau même de celte écorchure.
Dans un cas du Dr Jullien (cas sur lequel nous aurons à revenir), c'est un médecin qui contracte un chancre sur une écorchure digitale en explorant un
Fouhnieh. — Chancres extra-gcnit. 39
45o CHANCRES DE LA MAIN.
malade affecté de chancres syphilitiques à la verge et au scrotum.
Dans un cas de C. Pellizzari, c'est un infirmier qui, assistant un chirurgien dans une opération pratiquée sur la vulve d'une femme syphilitique, a les mains couvertes de sang, ne se lave que tardivement, et prend ainsi un chancre de la main.
Et ainsi de suite. Je n'en finirais pas si je voulais citer tous les cas de ce genre, qui vraiment surabondent soit dans les archives de la science, soit, pour un plus grand nombre, dans les souvenirs de médecins.
Tout naturellement, encore, la fréquence des contaminations de cet ordre est proportionnelle aux risques encourus. Aussi ces contaminations ont-elles été plus souvent observées (d'une façon relative, bien entendu) chez les médecins qui s'y trouvent spécialement exposés par leur pratique spéciale, c'est-à-dire chez les médecins ou chirurgiens attachés aux hôpitaux de vénériens ou de vénériennes, aux Dispensaires de salubrité, au service de surveillance des prostituées, chez les accoucheurs, les sages-femmes et les élèves sages-femmes des Maternités, où abondent de jeunes malades en état de syphilis secondaire, etc., etc. Mais toujours est-il qu'on en rencontre aussi bon nombre en dehors de ces conditions essentiellement prédisposantes, à savoir chez des médecins ne s'occupant que de médecine générale. Esl-ce parce que ces derniers sont moins défiants que nous, se tiennent moins bien que nous sur la défensive, ne s'entourent pas des précautions sans lesquelles la contagion serait à l'ordre du jour dans nos services spéciaux? J'incline fort à le croire.
ii. — De tout autre origine sont les contaminations
ÉTIOLOGIE. MORSURE. /pi
de notre second groupe. Celles-ci dérivent d'altouchements erotiques, vénériens.
Suivant un mot bien connu de Ricord, « en fait de contagion syphilitique on est toujours puni par oit. l'on a péché ». Rien d'étonnant donc à ce que la main soit quelquefois punie de ses propres péchés.
Naturellement encore, c'est le médius qui, de tous les doigts, est le plus sujet à ces sortes d'expiation. Il a ses raisons pour cela.
Nous avons eu ici un spécimen du genre sur un sergent de ville qui après avoir arrêté et conduit au « violon » une danseuse de bal public, commit l'imprudence d'aller lui porter dans sa prison quelques consolations particulières. Comme à cette époque (ainsi que cela fut établi plus tard) la jeune captive était en pleine évolution secondaire avec force plaques muqueuses à la vulve, il contracta sur le doigt coupable un chancre induré dont il vint se faire traiter dans nos salles.
III. — Enfin, beaucoup plus communes qu'on ne le supposerait a priori sont les contaminations par morsure. J'en ai relevé une dizaine de cas dans mes noies et un bien plus grand nombre dans les publications périodiques. Il va sans dire, et pour cause, que les contaminations de cet ordre ne s'observent guère qu'à l'hôpital, car elles sont la suite d'un ordre de rixes qui ne se produisent guère dans un public bourgeois. Je n'en ;ii pas rencontré un seul cas dans la clientèle de ville.
L'histoire de ces chancres par morsure est toujours la même. Dans une querelle on en vient aux mains, et l'un des adversaires (généralement celui qui a le dessous) saisit la main de l'autre et la mord. La pelile blessure suit sa marche ordinaire, s'encroûte et se ciea-
CHANCRES DE LA MAIN
Irise à brève échéance; puis, sur la cicatrice ou sur la croûte encore persistante, éclôt et se confirme, trois à quatre semaines plus tard, une lésion nouvelle, laquelle n'est autre qu'un chancre syphilitique.
Nous avons traité ici, ces dernières années, un agent de la sûreté qui, en arrêtant un voleur, fut mordu par celui-ci à la main. Un chancre typique se produisit au siège même de la morsure, et des renseignements positifs nous apprirent que le voleur était en état de syphilis.
IV. — Contamination médicale, contamination vénérienne et contamination par morsure, voiià les trois origines usuelles des chancres de la main.
Mais il est évident que tout contact susceptible d'importer sur la main le contage spécifique peut suffire à y importer la contagion. Or, les circonstances capables de réaliser ce contact varient naturellement à l'infini. Citons-en quelques-unes à titre de spécimens.
Le Dr Barthélémy a vu une nourrice prendre un chancre du doigt médius en soignant un nourrisson affecté de plaques muqueuses périanales.
Un de mes clients de ville a contracté de la façon suivante un chancre du dos de la main. Dans un accès de colère furieuse, sa maîtresse l'avait griffé en ce point; puis succéda une réconciliation presque immédiate, et alors, pour exprimer son repentir, cette femme' couvrit de longs baisers la petite éraflure qu'avait produite un de ses ongles. Mais, comme elle portait à la bouche en ce moment plusieurs plaques muqueuses, un chancre induré fut la conséquence de ses tendresses.
Un policeman, dont Hutchinson a relaté L'histoire, contracta un chancre induré du médius, près de l'arti-
ÉTIOLOGIE. ^53
culation métacarpo-phalangienne, en assénant un grand coup de poing sur la bouche d'un voleur avec lequel il se colletait. Son doigt s'écorcha sur les dents de cet homme, et ce fut exactement au niveau de cette petite blessure que se manifesta, clans les délais de l'incubation réglementaire, un chancre syphilitique. — Un fait exactement identique a été observé plus récemment par le Dr Lejars \
Autre cas, dû à W. Taylor. Une jeune femme pansait chaque jour son amant, qui était affecté d'un chancre induré de la verge. Un jour, en procédant à ce pansement, elle se piqua le doigt avec une épingle et ne prit aucune précaution pour protéger la piqûre. En ce point même se développa un chancre induré.
Vient enfin le chapitre des contagions médiates. Ainsi, dans un cas cité par mon distingué collègue le Dr Polaillon, une surveillante d'hôpital contracta un chancre induré d'un doigt en manipulant le linge sale de ses malades.
De même un de mes malades, chiffonnier, paraît bien avoir été infecté de la sorte à la main, en triant de vieux chiffons et des linges absolument sordides.
Dans la plupart de ces observations, comme dans une foule d'autres semblables qu'il serait superflu de citer, le mode de pénétration du contage a été souvent expliqué par une lésion tégumentaire quelconque servant de « porte d'entrée » au germe infectieux. Cette lésion a consisté tantôt dans un traumatisme léger (piqûre faite par un bistouri au cours d'une opération, piqûre d'épingle, éraflure, érosion de provenance quel-