ÉVOLUTION. DURÉE
Les chancres à forme de panaris sont spécialement remarquables par leur évolution lente, torpide, prolongée. Le plus souvent d'ailleurs ils sont compliqués par des accidents provenant de l'ongle, lequel, déchaussé par l'ulcération et ne recevant plus que d'incomplets éléments de nutrition d'une matrice malade ou même partiellement détruite, s'altère, change de couleur, noircit, se décolle, se détache et tombe. Un tel processus, tout naturellement, ne s'accomplit qu'avec lenteur et au prix de beaucoup de temps. Il n'est même pas rare qu'on soit forcé d'intervenir et d'enlever ce véritable séquestre unguéal qui, en sa qualité de corps étranger, irrite les tissus, les enflamme, détermine et entretient des douleurs plus ou moins vives, etc. Son extraction est toujours suivie d'une détente immédiate.
Mentionnons enfin qu'en certains cas (ceux-ci, à la vérité, exceptionnels) l'évolution morbide est encore retardée et longuement retardée par des nécroses partielles de la troisième phalange, lesquelles, à moins d'intervention de l'art, exigent des laps de temps considérables pour leur élimination.
Durée. — De tout ce qui précède résulte, comme corollaire forcé, une durée extrêmement variable de la lésion suivant les formes morbides.
Dans les formes bénignes, cette durée est celle de tout chancre non compliqué, à savoir quelques semaines.
Mais elle s'accroît et de beaucoup, si peu que l'affection se complique. Ainsi, il n'est pas rare qu'un chancre sub-unguéal, même sans accidents bien notables, persiste de trois à quatre mois, et cela par ce qu'il est entretenu par des difficultés locales de cicatrisation (présence de
47° CHANCH ES DE I.A MAIN
l'ongle décollé, phénomènes inflammatoires, infiltration périphérique, etc.).
El c'est bien autre chose dans les formes véritablement sérieuses. Le chancre-panaris et le chancre fongueux sont des accidents de longue durée. On les a vus persister quatre, cinq, si\ mois et plus. On cite môme un cas où l'affection a atteint le terme extraordinaire d'une année.
Cicatrice. — Non moins variable est l'état de la cicatrice terminale, et cela toujours suivant les formes morbides.
Dans les formes bénignes, la cicatrice est presque nulle ou faiblement apparente, sous forme d'une macule blanchâtre, légèrement déprimée.
Mais il en est tout autrement dans les formes ulcéreuses et surtout dans celles qui se sont compliquées de chute de l'ongle. D'abord, l'ongle ne repousse pas intégralement et avec sa forme régulière. Il peut être arqué, incurvé, déformé; il peut être moins ample qu'auparavant, voire rapetissé dans tous ses diamètres, rabougri et comme atrophié. Parfois même, alors que sa matrice a été sévèrement intéressée, il ne repousse que sous forme d'îlots cornés, informes, et la plus grande partie de sa surface reste à l'état d'une sorte de cicatrice fibreuse, rosée, rose blanchâtre.
D'autre part, en pareil cas, la cicatrice cutanée est toujours importante, étendue, irrégulière, déprimée.
Il se peut même qu'à la suite de destruction partielle des parties molles et de la phalange, le bout du doigt soit réduit à l'état d'un moignon informe. J'ai vu, sur quatre malades, l'extrémité du doigt rester atrophiée, effilée, grêle, conique, au total tout à fait déformée.