CHANCRES DES RÉGIONS ANALE, PËRIANALE ET RECTALE
Les chancres de ces diverses régions sont de l'ordre de ceux dont la fréquence peut être le moins sûrement déterminée.
Dans ma statistique de ville, j'en trouve 02 sur un total de 10.000 chancres de toutes régions; ce qui donnerait une proportion de 1 chancre de ces régions sur 192 chancres de tout siège. Mais je suis le premier à reconnaître que ces chiffres n'ont aucune signification. Et, en effet, les chancres de ces régions sont, sans aucun doute, ceux qui échappent le plus souvent au médecin, parce qu'ils sont de la catégorie de ceux que les malades (tout spécialement les hommes) tiennent le plus à tenir cachés, à dissimuler, et pour cause. Sans compter, d'ailleurs, qu'en raison de leur siège souvent larvé, quelquefois aussi de leur indolence et de leur curation spontanée, ils peuvent, de bonne foi, rester méconnus.
D'une façon absolue, ils sont plus communs chez l'homme que chez la femme; — mais, relativement, ils sont beaucoup plus fréquents chez la femme. Ainsi, j'en compte 3y chez l'homme contre 1 5 chez la femme; mais, relativement au nombre total des chancres observés dans l'un et l'autre sexe, la proportion devient celle-ci :
Chez l'homme, un chancre des régions anale, périanale et rectale, sur 192 chancres de tout siège; — et, chez la femme, un de ces chancres sur 20.
De même, M. le Dr Jullien, en additionnant les
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résultats de plusieurs statistiques d'hôpital, est arrivé aux chiffres suivants :
Chez l'homme, i de ces chancres sur i ro,.
Chez la femme, i de ces chancres sur 21.
On rencontre aussi quelquefois des chancres de ce siège chez les enfants de l'un ou l'autre sexe, voire chez les tout jeunes enfants et cela comme conséquence d'attentats criminels.
D'autre part, la fréquence de ces chancres est éminemment variable suivant le milieu où l'on observe. Ainsi il est certain :
i° Qu'ils sont beaucoup plus communs dans les basses classes que dans les classes riches ou bourgeoises. — Sans aucun doute, on en rencontre infiniment plus à l'hôpital que dans la clientèle de ville.
20 Qu'ils sont particulièrement communs dans le public des prostituées, comme aussi dans une catégorie de gens encore plus bas placés que ces dernières dans l'échelle de l'ignominie, à savoir les prostitués maies et les pédérastes.
3° Qu'ils sont particulièrement communs en certains pays où continuent à rester florissantes les mœurs antiques des Alexis et des Corydon, hélas! chantées par Virgile. — A ce propos, voici une statistique des plus curieuses, que j'emprunterai au Dr During, qui exerce à Constantinople.
« Sur un total de (\i chancres extra-génitaux, observés par ce confrère en l'espace de dix-huit mois, 3i siégeaient soit au pourtour de l'anus, soit au niveau de l'orifice anal, soit dans le rectum1. » — 3r sur 42, c'est-à-dire 7/1 pour 100, quelle proportion!
1. V. Monatshefte fur praki. Dennat , T. XIII, n° n. — Analyse /'«Gazette mddic. de Paris, 189a, p. 38 1.
CIIANCnES DE L'ANUS ET DU RECTUM .
Et ce n'est pas tout. Car : i" de ces 3/ chancres, il n'y en avait que 5 qui affectaient des adultes. Donc les 26 autres affectaient des enfants! — Et, in sur les 5 adultes affectés de tels chancres, L\ étaient du sexe masculin ! !
Cela peut se passer de commentaire.
Division. — Les chancres de ces régions se divisent tout naturellement en trois groupes, de la façon suivante :
i° Chancres péri-anaux, situés au voisinage, mais à une certaine distance de l'anus.
2° Chancres anaux, occupant l'anus même.
3° Chancres rectaux, localisés dans la partie la plus inférieure du rectum, au voisinage, mais à une certaine dislance de l'anus même.
Les chancres de ces divers sièges ont une fréquence très inégale.
Les plus communs et de beaucoup sont ceux qui occupent l'anus même.
Ceux de la région péri-anale sont moitié moins fréquents.
Quant à ceux du rectum, ils sont plus que rares, et l'on peut à bon droit les dire exceptionnels. On n'en compte, en effet, qu'une demi-douzaine d'observations bien authentiques, exclusion faite d'un certain nombre d'autres qui restent discutables. Pour ma part, je n'en ai jamais vu qu'un seul cas bien certain, irrécusable, et trois autres dont le diagnostic m'a laissé quelques doutes.
Etiologie. — A cela près d'un fait particulier, l'éliologie de ces chancres est celle de la plupart des
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chancres étudies jusqu'ici; ce qui me permettra d'être bref. — Comme pour ceux-ci, elle dérive de contagions directes, indirectes ou médiates.
I. — Dans le premier ordre de cas, la contagion est portée sur les divers points en question ou par la verge ou par la bouche.
Souvent (mais non toujours, tant s'en faut, j'ai besoin de le préciser dès ce moment) la contagion est portée là par la verge, dans un rapport ou tout au moins dans une approche sodomique.
Sur ce point, les aveux des malades (hommes ou femmes) sont fréquemment formels et décisifs. Fréquemment, d'ailleurs, à défaut d'aveux, les allures et les antécédents des malades suffisent à nous édifier. Chaque année nous avons dans le service quelques-uns de ces êtres ignobles, immondes, professionnels de la pédérastie, qui ou bien avouent cyniquement l'origine de telles contaminations, ou bien la laissent deviner par cet habitus spécial qu'a si bien décrit Tardieu. Inutile de dire que de tels êtres sont pour la plupart des jeunes gens, voire parfois des adolescents.
Mais quelquefois aussi, au lieu d'être consentie, l'approche qui transmet la contagion résulte d'un sévice, d'une violence, d'un viol spécial. Telle est l'origine de ces faits odieusement criminels qui vont se dérouler en cour d'assises, faits relatifs à des contaminations subies par déjeunes sujets, voire quelquefois par des enfants. C'est ainsi que j'ai traité à Lourcine une jeune servante de i5 à 16 ans, qui, s'étant laissé entraîner un soir dans le fossé des fortifications par une bande de jeunes gredins, subit là les assauts de toute la bande et fut contaminée, d'une part, à la vulve et, d'autre part, à l'anus.
Dans un fait relaté par le Dr Coutagne, le même