‹ Les chancres extra-génitaux [electronic resource]Chapitre 111 sur 132 · CHANCRES DE L'ANUS ET DU RECTUM · texte numérisé non relu

CHANCRES DE L'ANUS ET DU RECTUM

individu transmit un chancre syphilitique vulvaire à une enfant de six ans et demi, et un chancre anal à une petite fille de huit ans.

J'ai dans mes notes l'histoire d'un chancre anal observé sur un enfant de deux ans. Ce chancre lui avait été transmis par un jeune apprenti qui travaillait dans la famille de l'enfant.

Ajoutons enfin que l'âge adulte n'est pas toujours exempt de tels sévices. Exemple : Un jeune peintre, qui voyageait en Algérie, voulut un soir, à Biskra, aller jouir « des splendeurs d'une nuit dans le désert ». Il tomba dans les mains d'une bande d'Arabes qui le dévalisa, le roua de coups et lui laissa comme souvenir un chancre syphilitique de l'anus, compliqué d'une violente inflammation rectale, d'ailleurs plus que motivée.

D'autres fois la contamination est portée sur les mêmes points par la bouche.

Je n'insisterai sur ce point que pour attester, au nom de l'expérience, qu'une contamination de cet ordre est bien autrement fréquente qu'on ne serait tenté de le croire, et que, d'autre part, elle ne laisse pas de se rencontrer parfois sur des sujets que leur âge, leur situation sociale, leur respectabilité môme, dirai-je, sembleraient devoir tenir le plus à l'abri d'un semblable mode de contagion. L'histoire de tels cas est toujours la même, et la voici, telle qu'elle m'a été racontée maintes fois dans mon cabinet. C'est un homme du monde, bien posé, mûr et plus que mûr quelquefois, marié le plus souvent, qui, à la suite d'un grand repas, d'un dîner joyeux, se laisse entraîner clic/ une fille. Il n'est pas plus lôt là qu'il se trouve pris de

ÉTIOLOGIE. CONTAGIONS INDIRECTES. 489

frayeur et de regret. La honte, puis la peur le dégrisent et le paralysent à la fois. Et c'est alors que des excitations d'ordre extraordinaire viennent à bout et de ses hésitations et de sa défaillance. — J'ai dans mes dossiers plus d'une douzaine de cas de cet ordre observés, je le répète et j'ai besoin de le répéter, sur des sujets de la classe élevée, sur des sujets qu'à priori tout le monde eût jugés le moins susceptibles de contaminations d'un tel genre.

II. — Dans un second ordre de cas, la contagion est portée sur les mêmes points d'une façon indirecte.

Deux procédés président alors le plus souvent à la transmission du contage.

i° Le transport par les doigts. Exemple : Un sujet porte à l'anus ou sur les régions périnéales ses doigts imprégnés de pus virulent; tout naturellement, il peut de la sorte s'inoculer le contage sur ces points.

C'est ainsi qu'un de mes clients, en la sincérité duquel j'ai toute confiance, contracta simultanément, dans une même nuit, un chancre de la verge et un chancre de l'anus, qui firent éclosion l'un et l'autre quatre semaines après un rapport avec une fille affectée de plaques muqueuses vulvaires. Or, il se souvenait parfaitement qu'à l'époque de ce rapport il souffrait depuis quelques jours d'un eczéma périnéal très prurigineux, qui le forçait à se gratter. Très certainement, donc, ce fut en se grattant la région malade avec ses doigts souillés de sécrétions vulvaires qu'il s'inocula l'anus; car, affirmait-il, la contagion « ne pouvait dériver d'aucun autre attouchement ».

20 Second procédé, celui-ci exclusif à la femme : contamination de l'anus par la vulve) — c'est-à-dire

49° chancres df. lanus et du rectum.

transport du eontnge à l'anus par l'écoulement des sécrétions issues du vagin.

Quantité de femmes s'étonnent de bonne foi d'avoir été contaminées à l'anus, alors, jurent-elles « leurs grands dieux », qu'elles « n'ont rien fait pour cela ».

Eh bien, l'explication de ce fait me paraît très simple, et les choses sans aucun doute doivent se passer de la façon suivante. Une femme, après un rapport avec un homme contaminé à la verge, se lave la vulve et pratique même une injection. Voilà, de ce chef, la vulve et la cavité vagino-utérine ayant grandes chances d'être préservées. Mais, je suppose (et comment pourrait-il en être autrement?) que, pendant ou après le coït, des liquides contagieux se soient répandus sur le périnée et l'anus. Est-ce qu'un simple lavage va pénétrer dans les plicatures de l'anus, de façon à en expulser les liquides qui s'y sont introduits et qui y stagnent par capillarité? Pour qu'un tel lavage fût efficacement détersif, il faudrait qu'il fût pratiqué sur l anus ouvert et déplissé, ce qui constituerait presque une opération chirurgicale. Aussi bien le contage non expulsé subsistet-il nécessairement in situ et peut-il inoculer l'anus.

Ainsi s'expliquent très sûrement nombre de contaminations anales imméritées.

D'ailleurs, nous avons parfois la démonstration de ee processus, de ce mode de contagion, en le surprenant pour ainsi dire sur le fait. C'est ainsi que certaines femmes, admises à l'hôpital pour des chancres simples vulvairès et exclusivement vulvaires, viennent parfois à présenter quinze jours, trois semaines, un mois plus tard, des chancres simples du périnée ou de l'anus. Comment la contagion a-t-elle pu se propager ainsi de la vulve à l'anus? En l'espèce, une seule explication

ÉTIOLOGtE. CONTAGIONS MEDIATES. 4g I

possible, à savoir : transmission du contage par l'écoulement des liquides vaginaux se déversant sur le périnée et venant souiller l'anus.

Eh bien, si ce mode de contamination est authentique pour le chancre simple, la logique le rend irrécusable pour le chancre syphilitique.

III. — Enfin, des contagions médiates peuvent s'exercer sur les régions anale, péri-anale, voire rectale, tout aussi bien qu'ailleurs. Nombre d'observations éparses dans les recueils périodiques témoignent de contaminations de cet ordre s'étant produites par les intermédiaires les plus divers, tels que: éponges, linges, serviettes, papiers, canules d'irrigateurs, bidets, latrines, bassins, instruments de chirurgie, etc. Deux exemples suffiront :

Le Dr Feulard a relaté l'observation d'une petite fille de vingt et un mois qui fut contagionnée par une éponge sur la marge de l'anus et présenta là un chancre syphilitique, bientôt suivi d'accidents graves de syphilis. Or, la tante de l'enfant, jeune fille de quinze ans, se servait en cachette, pour sa toilette intime, des éponges réservées au bébé; et ladite tante était à ce moment en pleine syphilis secondaire, avec syphilides vulvaires et anales1.

J'ai dans mes notes un cas de même genre, relatif à une vieille dame de ma clientèle, qui fut infectée à l'anus par une canule d'irrigateur dont se servait, à son insu, sa femme de chambre, affectée de syphilides vulvaires.

A cela il faut ajouter encore une contagion dont j'ai

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