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J06 CHANCRES DES RÉGIONS ANALE ET PERI-ANALE

de l'envisager, le chancre des régions anale et péfianale est de nature à donner lieu à de très nombreuses méprises : méprises de deux ordres, consistant les unes à prendre pour un chancre ce qui n'est pas un chancre, et les autres à méconnaître le chancre en l'assimilant à telle ou telle affection d'un autre ordre.

Voulez-vous un spécimen des erreurs possibles à commettre en l'espèce? Au hasard je citerai le suivant, qui nous a tous trompés ici-même.

' Il y a quelques mois, mon collègue et ami le Dr Ducastel présentait à la Société de dermatologie, sous le nom de « chancre géant péri-anal » une lésion qui semblait vraiment, de par ses caractères objectifs, un type parachevé de chancre syphilitique péri-anal. C'était une lésion érosive de très grande étendue, rappelant absolument le chancre syphilitique de par sa surface lisse et unie, de par sa belle couleur rouge, de par l'induration de sa base, voire de par son adénopathie. Tout en restant sur la réserve, en raison de certaines anomalies relatives à l'étendue de la lésion et surtout à son induration vraiment trop exubérante, les membres de notre Société ont été unanimes (remarquez bien ceci) à la considérer comme un chancre. Et c'est seulement l'évolution morbide, sans parler d'un examen biopsique, qui a révélé la nature véritable de la lésion, laquelle n'était autre qu'un Ivmphosarcome1.

Des méprises de ce dernier genre sont de celles auxquelles on ne peut s'attendre en raison du caractère exceptionnel de l'affection. Mais il en est d'autres, et assez nombreuses, qui sont à prévoir, parce qu'elles sont usuelles, courantes. Je vous parlerai seulemenl de

i. V. Annales de dermat. cl de syph., 1894, p. 1 36g.

DIAGNOSTIC. PLAQUE MUQUEUSE. yo^

ces dernières. Six d'entre elles — pas moins — méritent de nous arrêter.

I. — Disons tout d'abord qu'il y a souvent une difficulté réelle à différencier le chancre de la plaque muqueuse dans ses divers types et tout particulièrement dans son type papuleux.

Et, en effet, il arrive souvent qu'en raison de conditions toutes locales le chancre des régions péri-anales végète, s'exhausse, bombe, devienne papuleux et prenne décidément, absolument, l'aspect d'une papule muqueuse. Impossible alors, de visu, de le distinguer d'une plaque muqueuse. On ne parvient à l'en différencier que par des considérations d'un autre ordre, à savoir : par une rénitence de base plus accentuée; — et surtout (signe bien meilleur, signe supérieur à tout autre) par la chronologie des accidents.

D'autre part, il n'est pas moins fréquent que les plaques muqueuses anales et péri-anales, alors qu'elles sont anciennes, qu'elles ont été négligées, irritées par l'incurie et la malpropreté, se doublent à leur base d'un infiltrât inflammatoire plus ou moins épais, plus ou moins rénitent, lequel aboutit à simuler le néoplasme chancreux, l'induration chancreuse. Comment alors les différencier du chancre? Quelquefois on y parviendra de par leur multiplicité; — leur dureté plus pâteuse et plus diffuse que ne l'est l'induration du chancre; — leur coloration rosée ou grisâtre; — leur caractère de lésions moins arrêtées, moins circonscrites, moins définies que ne l'est le chancre, etc. Mais, d'autres fois, de tels signes resteront mal accusés, équivoques, au total insuffisants, et l'on sera forcé de rester dans le doute. — A fortiori, bien entendu, le diagnostic devrat-il rester en suspens pour les cas complexes où ces

CHANCRES DES REGIONS ANALE ET l'KIU-AN ALE.

deux ordres d'accidents (chancre et plaques muqueuses pourraient se trouver réunis au môme siège, côte à côte. De tels cas, en effet, sont possibles, et même la clinique nous apprend qu'ils ne sont pas rares.

Fort heureusement, les erreurs de cet ordre ne portent pas à conséquence. Qu'un chancre soit pris pour une plaque muqueuse ou réciproquement, il n'importe guère, pour la pratique tout au moins. Car le traitement local des deux accidents est à peu près le même, et le traitement général qui dérive de l'un et de l'autre est identique. Donc, inutile d'insister sur ce point.

Tout au contraire, une méprise devient sérieuse et singulièrement regrettable alors qu'elle conduit soit à méconnaître la syphilis, soit à l'admettre indûment, comme dans les cas dont il me reste à vous entretenir.

II. — Le chancre simple des régions anale et périanale a plus d'une fois donné le change pour un chancre syphilitique. A l'anus notamment il le simule parfois d'une étrange façon, et cela à deux titres : i° en affectant la configuration dite « en feuillets de livre », que l'on a fréquemment le tort de considérer comme spéciale au chancre syphilitique; — i°, plus particulièrement encore, en se doublant à sa base, sous l'influence d'irritations accidentelles, d'une infiltration phlegmasique tout à fait dure et exactement identique à l'induration de la syphilis.

En général, cependant, il pourra être différencié — voire assez facilement — du chancre syphilitique par deux signes qui font rarement défaut, à savoir :

i° Multiplicité de lésions ;

2° Coexistence de lésions inégales d'âge et de développement.

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