‹ Les chancres extra-génitaux [electronic resource]Chapitre 117 sur 132 · DIAGNOSTIC. CHANCRE SIMPLE. OO · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC. CHANCRE SIMPLE. OO

. Je m'explique sur ces deux points.

i° Inutile de rappeler tout d'abord que le propre du chancre syphilitique est d'être soit unique, soit discret, tandis qu'inversement le chancre simple est presque toujours multiple, souvent même multiple à un singulier degré. Or, nulle part ailleurs plus qu'au niveau des régions anale et péri-anale ne s'accuse le contraste entre ces deux espèces morbides au point de vue du nombre de leurs lésions, et cela pour des raisons toutes locales, dérivant de la disposition de parties à surfaces tégumentaires adossées. Ainsi, il est absolument rare, voire exceptionnel (sauf le cas où un traitement approprié est intervenu dès le début des accidents), qu'un chancre simple de ces régions reste isolé, unique. Si peu qu'il soit laissé sans pansement pour quelques jours, il se multiplie sur place par une série d'inoculations de voisinage, en contaminant les surfaces adjacentes par le pus qui s'écoule de son ulcération. Il engendre donc de la sorte toute une série de chancres simples de seconde génération, lesquels sont non moins susceptibles, et toujours par le même mécanisme, de donner naissance à une troisième génération de chancres, et ainsi de suite. De là résulte presque toujours une certaine confluence de lésions, laquelle est caractéristique en certains cas, laquelle même parfois, rien que par son exagération extraordinaire, peut devenir presque pathognomonique.

20 D'autre part — et ce second signe n'a pas moins de valeur au point de vue diagnostique — , ces chancres multiples se. présentent naturellement avec des caractères de développement et de taille (passez-moi l'expression) proportionnels à leur âge. A côté des chancres primitifs qui, adultes, ont déjà acquis, je suppose, les

5lO CHANCRES DES REGIONS ANALE ET PERI-ANALE.

dimensions d'une amande, on en trouve de plus jeunes qui ne dépassent pas encore celles d'une lentille, puis de plus petits encore, puis un certain nombre à L'état d'embryons, ne faisant que de naître et tout au plus comparables comme diamètre à une fine tête d'épingle. Or, cette contemporanéité de lésions disparates comme âge et comme développement est tout à fait significative en l'espèce, parce que le chancre simple est la seule espèce morbide susceptible de s'ensemencer de la sorte in situ et de donner naissance à une véritable dynastie d'ulcérations de même nature et de même physionomie pathologique.

Ajoutez d'ailleurs que, très usuellement, ces chancres simples multiples ne laissent pas de s'accuser par des caractères objectifs tout à fait spéciaux, à savoir ceux de lésions creuses, excavées; — à bords nets, découpés, entaillés à l'emporte-pièce; — à fond jaune et parfois d'un beau jaune presque caractéristique ; — à base souple, dépourvue d'induration, etc. — Il n'est pas jusqu'aux plus jeunes et aux plus petites de ces lésions qui n'offrent quelquefois une physionomie presque pathognomonique , constituées qu'elles sont par de minimes ulcères jaunâtres, déjà presque aussi creux que larges, voire presque térébrants eu égard à leur exiguïté de taille.

Ajoutez enfin qu'au cas où l'ensemble des signes précédents viendrait par exception à faire défaut, le chancre simple pourrait toujours être reconnu et différencié soit par les données de l'examen bactériologique qui révéleraient le bacille de Ducrey, soit, plus sûrement encore, par les données positives d'une autoinoculation.

DIAGNOSTIC. HERPÈS. 5ll

III. — Certes Ykerpès, dans ses formes usuelles, ne court pas risque d'être confondu avec le chancre syphilitique anal ou péri-anal. Car il s'en distinguera toujours aisément par divers signes bien connus, à savoir : multiplicité habituelle de lésions ; — importance moindre de ces lésions, souvent réduites à l'état d'érosions minuscules et miliaires; — contour sinueux et microcyclique1; — absence d'induration de base; — absence usuelle d'adénopathie, etc.

Mais ce qui peut donner le change, c'est l'herpès à larges érosions, l'herpès creux et légèrement engorgé de base, bref l'herpès auquel l'ensemble de ses caractères a valu la dénomination de chancriforme . Instituer ici un diagnostic différentiel entre cet herpès et le chancre syphilitique serait répéter ce que déjà je vous en ai dit dans plusieurs des chapitres qui précèdent. Je me bornerai donc à vous rappeler très sommairement que les trois éléments principaux de ce diagnostic consistent en ceci : i° l'état de base des lésions; — 2° l'état des ganglions; — 3" et surtout, par-dessus tout, le graphique de contour des lésions. Si ce graphique est sinueux et, tout particulièrement, s'il présente d'une façon bien nette le caractère micro cyclique, il constitue en faveur de l'herpès un signe absolument démonstratif.

Que si, par exception rare, les trois signes en question ne fournissent rien de décisif, le diagnostic ne pourra être définitivement fixé que par l'évolution morbide, critérium de dernier ressort, mais critérium absolu et sans appel.

Enfin, je dois encore mention à une cause d'erreur

Page 1