I. Pas d'adénopathie
II. Lésion surtout constituée par des mamelonnements, des lobulations, que séparent de nombreux et profonds sillons (langue dite lobule'e, mamelonnée ou ficelée*).
III. Lésion étendue, intéressant tout un département de l'organe, parfois la moitié ou les deux tiers de la langue.
IV. Lésion consécutive, tertiaire, ne faisant que succéder à tout un passé de syphilis.
4° Enfin, reste une dernière lésion qui, elle aussi, doit être mise en parallèle avec le chancre lingual.
2. V., pour un exposé détaillé de cette importante lésion, mes Leçons sur les Glossites tertiaires, Paris, 1877.
DIAGNOSTIC. GLOSSITIi DENTAIRE.
Celle-ci, très curieuse et trop peu connue, est ce qu'on appelle la glossite dentaire ou bien encore l'ulcère dentaire de la langue.
On sait que le contact d'une dent fortement incrustée de tartre et surtout d'une dent ébréchée, à pointe aiguë, à arête coupante, suffit à déterminer sur le bord correspondant de la langue un noyau de phlegmasie qui ne tarde pas à s'éroder, puis à s'ulcérer, parfois même à s'ulcérer profondément. Or, cette ulcération, pour peu qu'elle date d'un certain temps, peut aboutir à simuler parfaitement un chancre marginal de la langue1.
Et, en effet, comme le chancre, elle consiste en une lésion nettement circonscrite et de petite étendue; — comme le chancre, elle est doublée d'une induration nodulaire, très résistante sous le doigt et donnant exactement au palper la sensation que fournit le néoplasme sous-chancreux; — comme le chancre, elle offre une surface ou rouge ou grisâtre; — comme le chancre, enfin, elle peut retentir sur les ganglions, en raison de la phlegmasie chronique dont elle dérive, etc. — Si bien qu'elle est devenue maintes fois prétexte à erreur. Je ne compte pas moins de six cas dans mes notes où des ulcérations de ce genre ont été taxées de chancres syphilitiques. Trois fois même à leur propos le traitement mercuriel avait été déjà prescrit lorsque la méprise fut reconnue.
Comment se tenir en garde contre une erreur ou, disons mieux, contre une surprise de ce genre? En s'imposant comme règle de ne jamais risquer un diagnostic sur un ulcère marginal de la langue sans avoir procédé à un examen du système dentaire. Car, en
i. V. pièce n° 27 de ma Collect. particut, Musée de l'hôpital St-Louis.
12Ô CHANCRE I)E LA LANGUE
obéissant à ce principe, on ne manquera pas de constater le signe par excellence de l'ulcère dentaire, à savoir un rapport exact de vis-à-vis entre l'ulcère et la dent « coupable ». Et, ce rapport constaté, le diagnostic en ressortira ipso facto. Sans compter que de ce diagnostic dérivera, comme indication naturelle, le limage ou l'avulsion de la dent, et qu'une amélioration immédiate, suivie d'une guérison rapide, achèvera de démontrer la qualité traumatique, c'est-à-dire l'origine dentaire de la lésion.
Une réserve cependant s'impose ici. Elle a trait à une simple éventualité, à savoir la coïncidence, la superposition possible, si je puis ainsi parler, d'un chancre et d'un ulcère dentaire.
En principe, rien ne s'oppose à ce qu'un chancre ou n'importe quelle autre lésion (nous avons déjà vu pareille chose à propos de l'ulcère tuberculeux) vienne se greffer sur une ulcération linguale d'origine dentaire. Bien au contraire, une ulcération linguale est une condition propice à une contamination secondaire quelconque en constituant, comme on le dit, une « porte ouverte » à la contagion. De fait, cette contamination secondaire s'est produite. Ainsi, je conserve dans mes notes le cas curieux d'un chancre lingual qui s'est inoculé sur un ulcère dentaire que le malade portait de vieille date, en raison d'un chicot qui lui labourait la langue et qui entretenait en, ce point un noyau d'induration chronique gros comme une noisette. Quand le malade est venu me consulter pour la première fois, je me suis demandé si je n'avais pas affaire tout simplement à un ulcère dentaire. Mais bien m'a pris de rester sur la réserve, car l'évolution n'a que trop bien démontré la nature mixte de la lésion. Donc, sur un
DIAGNOSTIC. GLOSSIïE DENTAIRE. I 2 J
ulcère ancien était venu se greffer un chancre, lequel fut suivi d'une syphilis assez grave.
Le diagnostic, vous le voyez, n'est donc pas toujours aussi facile en semblahle occurrence qu'on serait tenté de le supposer a priori.
En réalité, il n'est souvent qu'un seul signe qui permette, lors d'un premier examen, de différencier l'ulcère dentaire du chancre marginal de la langue. C'est Yabsence d'adénopat/iie. Mais, que cet ulcère, par aventure (et le fait n'est pas très rare), soit flanqué d une adénopathie, le diagnostic immédiat peut devenir impossible, et la solution du problème n'est plus alors fournie que par l'évolution morbide, c'est-à-dire par l'explosion ou la non-explosion secondaire.
On dira peut-être : « Mais, en pareil cas, l'avulsion de la dent fera tout aussitôt le diagnostic de par l'amélioration immédiate et la guérison rapide qui suivra » . Non, répondrai-je; car pourquoi voudriez-vous qu'un chancre n'eût pas à bénéficier, comme un ulcère dentaire, de la suppression d'une cause qui l'irrite, qui l'enflamme? A preuve le dernier cas dont je vous parlais à l'instant. Dès que la dent fut enlevée, la lésion, presque séance tenante, changea de physionomie et prit une allure telle que le malade se crut sauvé et chanta victoire. Moi-même, je fus frappé de la modification obtenue, au point que j'eus quelque espoir. El c'était bien cependant un chancre qui se trouvait en cause, comme l'événement le démontra.
CIIANCIIKS EX.TR A-GKNITAUX .