‹ Les chancres extra-génitaux [electronic resource]Chapitre 23 sur 132 · CHANCRE DES GENCIVES · texte numérisé non relu

CHANCRE DES GENCIVES

Le chancre gingival est rare. — Je n'en compte que 9 cas dans ma statistique (8 chez l'homme et i chez la femme), contre 328 chancres des lèvres, 53 chancres de la langue, [\o des amygdales1, etc. — De même, Duncan Bulkley n'a récolté dans les annales de la science que 42 cas de chancre des gencives, contre 18 10 chancres labiaux2. — Ce qui permet de dire, très approximativement, que le chancre gingival est au moins 40 fois plus rare que le chancre des lèvres.

Nombre. — Je n'ai jamais rencontré jusqu'ici le chancre gingival que sous forme de lésion unique.

Sur un de mes malades, un chancre gingival coïncidait avec un chancre palatin.

Siège. — Le chancre gingival a été signalé sur la gencive supérieure et la gencive inférieure, mais toujours à leur face externe (jamais, du moins, ne l'ai-je encore observé sur leur face interne).

Presque invariablement on le trouve situé au niveau du collet des dents, où il semble avoir son origine, son berceau; — très exceptionnellement on l'a rencontré sur l'arcade maxillaire, à certaine distance du collet de

1. De môme, clans ma statistique d'hôpital, le chancre gingival ne figure que pour 2 cas, alors que les chancres labiaux y prennent place pour 7.39, les chancres des amygdales pour 27, les chancres de la langue pour 22, etc.

2. Tout récemment, M. Paul vient de présenter à la Société dermatologique de Berlin un cas de chancre de la gencive intéressant pot cette particularité qu'il affectait un homme âgé de soixante-quinze ans.

CHANCRE DE LA GENCIVE. i o,g

la dent. — Cela paraît conforme à l'induction rationnelle d'après laquelle le sillon de la sertissure dentaire constituerait une sorte de rigole d'arrêt pour les germes contagieux.

Formes cliniques. — Cliniquement, le chancre gingival se présente sous deux formes : l'une où il conserve si bien les attributs objectifs du chancre qu'il en constitue un type presque parfait; — l'autre où, inversement, il perd à ce point sa physionomie de chancre qu'il en devient à peu près méconnaissable.

Tout artificielle qu'elle soit, cette division ressort des faits, et je crois utile de la conserver.

I. — La première forme est des plus simples, et je pourrais à la rigueur me borner à vous en dire ceci : Transportez par la pensée sur la région gingivale un chancre génital typique, de type érosif, et vous aurez la représentation exacte de ce qu'est la lésion qui nous occupe pour l'instant. Cependant analysons les choses de plus près.

Le chancre gingival est toujours d'assez petite ou de moyenne dimension. On peut le comparer comme proportion de surface à une amande, à la moitié d'une pièce de cinquante centimes, à l'ongle du petit doigt, etc.

Sa configuration la plus usuelle et parfois tout à fait remarquable est celle d'une demi-lune ou d'un croissant, qui encadrerait la sertissure de deux ou, plus rarement, de trois dents voisines.

Il est constitué par une lésion érosive ou sub-ulcéreuse; — bien limitée; — se raccordant sans bords (j'entends sans ressaut, sans arête) avec les tissus voisins; — lisse et unie de surface; — et surtout se signalant a l'attention par une belle couleur d'un rouge foncé, carminé, « chair musculaire », parfois presque FounrciuH. -- Chancre* fixlra-génii !)

CHANCnE DU LA GENCIVE.

cramoisi. — Impossible, d'ailleurs, d'en apprécier la rénitence de base, puisque cette base se confond avec des tissus osseux.

Un tel aspect objectif est vraiment caractéristique, et plusieurs fois il m'est arrivé de reconnaître le chancre gingival d'un simple coup d'œil, rien que d'après les apparences que je viens de décrire.

Comme spécimen du genre, je relaterai le fait suivant, intéressant à divers titres. Une toute jeune femme, mariée depuis six à sept semaines, m'est présentée par son médecin à propos d'une lésion gingivale « suspecte », mais que ledit confrère « n'osait qualifier de chancre en raison de la condition toute spéciale de sa cliente ». Or. telle était la physionomie de cette lésion que, de prime abord comme après mûr examen, je la jugeai de nature chancreuse. Ce qu'on voyait était ceci : Au-dessus de la deuxième incisive et de la canine gauches de la mâchoire supérieure, une petite érosion, figurant un croissant à contours régulièrement géométriques;

— érosion tranchant sur la muqueuse par une belle couleur d'un rouge carminé; — lisse et unie de fond;

— sans entamure périphérique, etc. Comme, de plus, cette érosion, qui remontait à quinze jours, était flanquée d'une adénopathie sous-maxillaire très nette, le diagnostic s'imposait. Manifestement, c'était un chancre gingival dont se trouvait affectée cette jeune femme. Et, en effet, ce diagnostic ne tarda pas à être pleinement confirmé.

Mais alors intervint le mari, sur lequel pesait naturel' lement un soupçon grave. Il se disait sain et « entendait bien le démontrer ». Je l'examinai et, en effet, le trouvai indemne. D'où provenait donc la contagion? Après une longue et minutieuse enquête dont je vous

FORMES CLINIQUES

épargnerai les détails, une seule hypothèse resta acceptable et probable, à savoir : une contamination dérivant des instruments ou des doigts d'un dentiste. Et, en effet, la malade, trois à quatre semaines avant l'invasion de l'accident, était allée chez un dentiste se faire panser et obturer une petite carie, laquelle affectait précisément l'une des dents au-dessus desquelles s'était produit le chancre.

Soit dit incidemment ici, plusieurs cas semblables ont été cités relativement à la contamination possible des gencives par des instruments de dentisterie1.

Variétés. — En tant que variétés objectives de cette première forme, j'ajouterai simplement :

i° Que parfois l'érosion, au lieu de la coloration rouge et carminée qui lui est habituelle, se présente avec une teinte grise, grisâtre, opaline, voire presque pseudomembraneuse d'aspect;

2°' Que, d'autres fois, au lieu de rester plate et de niveau avec la muqueuse voisine, elle se surélève quelque peu, en affectant uue forme papuleuse plus ou moins accentuée;

3° Deux fois, enfin, je l'ai vue présentera son centre un petit îlot de sphacèle superficiel, avec teinte ardoisée dans un cas et violacée dans l'autre.

Rien à dire des troubles fonctionnels qui accompagnent ces diverses variétés de chancre gingival, tant ils sont légers. Ils ne consistent en effet qu'en une certaine gène locale, avec sensibilité au contact des aliments et des boissons, surtout des boissons alcooliques. Aussi bien, en raison de celte indolence, le chancre gingival de cette forme est-il fréquemment négligé par les ma-

i. V.les cas précédemmeut cités de Roddick (de Montréal), de Leloir, de Lnncereanxi etc.

CHANCItE DE LA GENCIVE.

lades el a-t-il de nombreuses chances pour rester ignoré du médecin.

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