‹ Les chancres extra-génitaux [electronic resource]Chapitre 29 sur 132 · II. Variété gangréneuse. — Plus que rare, exceptionnelle · texte numérisé non relu

II. Variété gangréneuse. — Plus que rare, exceptionnelle

Ce qui en fait la caractéristique est ceci : production sur la surface du chancre d'îlots ou même de petits placards gangreneux, s'attestant comme tels par leur coloration foncée, noirâtre ou même noire, et par une fétidité spéciale de l'haleine.

Comme exemple, je rappellerai un cas observé par MM. Laboulbène et Brocq, dans lequel on vit se produire, sur une amygdale volumineuse et fortement enflammée, « une plaque noirâtre, d'aspect sphacélique, large d'un centimètre dans tous les sens et bordée par une sorte de sillon d'élimination rempli de pus ». On avait positivement cru pour un certain temps à une angine gangréneuse, et c'est plus tard seulement, après évolution totale de l'affection, que le diagnostic dut être modifié par l'invasion inattendue d'accidents secondaires. Il ne s'était donc agi que d'un chancre gangréneux.

D'après les quelques observations qui lui sont relatives, cette forme gangréneuse du chancre amygdalien aurait pour habitude de s'accompagner de troubles locaux et généraux en harmonie avec ces phénomènes graves de sphacèle. A savoir :

i° En tant que troubles locaux : tuméfaction consi-

CHANCRE DE l'aMYGDALE.

dérable de l'amygdale; — rougeur très vive; — douleurs intenses, dysphagie extrême; — altération de la voix, devenue sourde et nasonnée; — adénopalhies multiples, empâtées, douloureuses, constituant un gros chapelet cervical, etc. — Il est même possible que la tuméfaction œdémateuse de l'isthme guttural devienne gênante pour la respiration et que la dyspnée dégénère en menace d'asphyxie. Je tiens d'un médecin distingué, le Dr Barthélémy, la relation d'un cas de chancre gangréneux de l'amygdale qui avait déterminé un tel œdème de la gorge que des symptômes d'asphyxie étaient presque imminents et qu'on dut un jour agiter la question d'une trachéotomie.

2° En tant que troubles généraux : frissons répétés; — fièvre (quelquefois cependant assez peu accentuée, comme dans le cas de MM. Laboulbène et Brocq où la température n'a pas dépassé 37°, 8); — malaise général, courbature, céphalalgie, inappétence absolue, état saburral; — et surtout abattement, accablement, voire prostration, et tous autres symptômes d'adynamie.

En un mot, véritable orage infectieux, à coup sûr peu durable, mais de nature à égarer absolument le diagnostic.

Eh bien, je le répète encore, quel tableau étrange, quel cortège extraordinaire de symptômes pour un chancre, accident si habituellement et si exclusivement local, si dénué de réaction et de sympathies organiques!

Aclénopathie. — Le bubon satellite du chancre amygdalien se fait dans les ganglions de la partie latérale du cou, au niveau de la grande corne de l'hyoïde et sur les côtés du cartilage thyroïde.

Il offre très généralement les caractères d'aphleg-

ADÉNOPATHIE. DIAGNOSTIC.

masie, d'indolence et de dureté, qui sont propres à tout bubon satellite.

Deux remarques seulement à son propos :

i° Si l'on a pu, pour certains cas, le constater « peu développé », voire «minime », cela n'est, à coup sûr, qu'une très rare exception. La règle, tout au contraire, c'est qu'il soit amplement accentué sous forme d'un ganglion plus ou moins volumineux, flanqué de plusieurs autres de volume moindre. Assez souvent même il se traduit par toute une chaîne de ganglions descendant jusqu'à la partie inférieure du cou, au pourtour du muscle sterno-mastoïdien. Exemple : Dans le cas précité de MM. Laboulbène et Brocq, non seulement on trouvait plusieurs gros ganglions au niveau de l'angle de la mâchoire, mais on en percevait aussi quelques autres et de fort volumineux qui, profondément situés, soulevaient le sterno-mastoïdien.

2° Quelquefois aussi ce bubon se présente avec une pointe de réaction phlegmasique, sous forme de ganglions volumineux, empâtés, moins sèchement durs que de coutume, paraissant enveloppés d'une atmosphère de tissu cellulaire fluxionné, sensibles spontanément et douloureux au toucher.

Il n'est même pas impossible que ces ganglions se réunissent, se fusionnent en une seule masse, par infiltration de la gangue cellulaire périphérique.

Diagnostic. — C'est là le point essentiel de notre sujet et celui qui nous arrêtera le plus longuement.

1. — Le chancre amygdalien, dirai-je tout d'abord, n'est pas difficile à reconnaître, mais à une condition expresse, c'est qu'on y pense.

Ne taxez pas cette formule de naïveté. Elle n'est, au

CHA.NCIIE DE l'aMYGDALE.

contraire, que la traduction d'une vérité dont il importe que, futurs praticiens, vous soyez bien convaincus.

Le chancre amygdalien, en effet, échappe facilement si l'on n'y pense pas. Et il a de bonnes raisons pour cela : c'est qu'aucun de ses symptômes usuels ne conduit rigoureusement à y penser, et que plusieurs même sont faits pour qu'on n'y pense pas. Voyez plutôt.

D'abord, sa localisation est insolite et ne donne pas le soupçon d'une affection vénérienne. Ses troubles fonctionnels n'ont quoi que ce soit de spécial. Ses caractères objectifs, d'ailleurs très variables, ne rappellent pas le chancre, tel que nous sommes habitués à le rencontrer, sur les organes génitaux par exemple. Pas de caractères de fond, de forme, de bords, de coloration, etc., qui le signalent, qui le dénoncent en tant que chancre. Positivement, dans la majorité des cas tout au moins, il n'a pas ce qu'on peut appeler la physionomie du chancre. Sans doute, son adénopathie est de nature à éveiller l'attention ; mais que de lésions gutturales, à commencer par toute la catégorie des angines, ont également une escorte ganglionnaire!

Et ainsi de suite. En sorte qu'en ayant sous les yeux un chancre amygdalien, on peut bien ne pas être invité, incité à penser au chancre.

Réciproquement, assez communs sont les cas où l'on est conduit à ne pas penser au chancre, et cela parce que le chancre amygdalien emprunte souvent le masque d'affections gutturales tout autres, soit que, par exemple, il s'accompagne d'une forte angine simulant l'amygdalite vulgaire, soit qu'il se recouvre d'un revêtement pseudomembraneux, soit surtout qu'il développe un ensemble de troubles généraux susceptibles de dévier absolument le diagnostic. Et alors, en présence de tels symptômes,

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