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III. Cum chevelu. 1 cas I

Total

CHANCRES UUCCAUX.

Et, finalement, si nous additionnons ces deux statistiques, en vue de nous rapprocher le plus possible de la vérité clinique par un plus grand nombre de cas observés, nous aboutissons aux résultats suivants comme expression numérique de la fréquence relative des chancres en question :

I Chancres des lèvres 567

— de la langue . . • y5

— de l'amygdale 60

— des gencives 11

— du palais, du voile et des piliers. 4

— de la muqueuse des joues. . . 1

— du menton 54

— des joues 24

— de l'œil 21

— du nez 18

— du front .' . . 2

Cuir chevelu 3

Total ....

Les chancres buccaux ou, pour mieux dire, buccogutturaux vont nous occuper tout d'abord.

1. — Les chancres de la bouche (et j'entendrai sous ce terme non pas seulement l'orifice buccal, mais toute la cavité buccale jusqu'à l'isthme antérieur du pharynx) sont susceptibles de localisations très multiples. On les a rencontrés sur tous les points de cette région, à savoir : sur les lèvres, la langue, les gencives, le palais,

le voile, les piliers du voile, les amygdales et la muqueuse des joues.

Mais, ainsi que le démontrent les cliifli'es qui précèdent, ces diverses localisations sont très inégales comme fréquence. Ainsi :

i° Il est un déparlement de la bouche qui peut être dit le foyer par excellence du chancre buccal; c'est le département labial. Sur 435 cas de chancres buccaux la statistique précitée ne présente pas moins de 328 chancres des lèvres. C'est dire que le chancre labial est à lui seul trois, fois plus fréquent que tous les autres chancres buccaux réunis*.

2° Au second rang, mais à très longue distance, vient le chancre lingual (53 cas).

3° Au troisième, le chancre amygdalien (4o cas).

4° Puis au dernier rang, et avec une proportion numérique tout à fait inférieure, prennent les place chancres des autres départements buccaux.

H. — Étiologie. — 11 est presque inutile de répéter à propos des chancres buccaux ce qui figure d'une façon banale au chapitre étiologique de presque tous les chancres, à savoir :

Qu'ils sont beaucoup plus communs chez l'homme que chez la femme. (Ici, dans la proportion de 353 contre 82) ;

I. De même les chancres labiaux se présentent comme trois fois plus fréquents que tous les autres chancres buccaux clans les statistiques réunies de MM. Neumann, Pospelow, Salsotto, Reboul et Peter (à savoir 181 contre 58).

Dans ces mC'mes statistiques, au contraire, le chancre amygdalien se place au second rang par ordre de fréquence, avant et bien avant le chancre lingual, qu'on est surpris de n'y voir figurer que pour un chiffre relativement très inférieur (sept cas).

ÉTIOLOGIE. r-

Qu'ils sont plus communs dans la jeunesse qu'à tout autre âge de la vie ;

Mais que, néanmoins, on les a observés à tout âge, voire aux étapes extrêmes de l'existence. On les a rencontrés, en ellèt, soit chez le vieillard, soit chez l'enfant, voire chez le tout jeune enfant, chez le nourrisson.

Tout cela, je le répète, n'est que de l'étiologie banale. Mais ce qui est autrement curieux et intéressant à tous égards, c'est de rechercher ce que ces chancres spéciaux comme siège présentent de spécial comme origine, comme modalité de contamination. Féconde en enseignements de tout genre et notamment en déductions prophylactiques, cette étude mérite de nous arrêter longuement.

La syphilis peut être portée sur la bouche et contaminer la bouche de cent façons différentes.

Et cependant, si multiples que soient ces procédés de contamination buccale, il n'est pas impossible (et il est commode pour un exposé didactique) de les distribuer tout naturellement en trois grands groupes, réserves faites pour certains modes plus rares de contagion dont je parlerai en dernier lieu.

Ces trois modes principaux de contamination buccale peuvent être dénommés de la façon suivante, quant au transit du contage, si je puis ainsi parler :

Contagion génito-buccale;

Contagion bucco-buccale;

Contagion médiate.

Les deux premiers modes dérivent d'un rapport direct entre le sujet contaminant et le sujet contaminé. Le troisième, au contraire, n'est que le résultat d'une contagion « morte », comme on disait autrefois, d'une contagion médiate, comme on dit aujourd'hui, et con-

Fouiinieh. — Chancres extra-génit. a

CHANCHHS BUCCAUX.

siste dans une infection transmise au sujet contamine par un intermédiaire inanimé quelconque, chargé du contage spécifique.

La fréquence relative de ces trois modes de contamination est bien loin d'être égale, comme nous allons le voir.

I. — La contamination génito-buccale (dénomination qui tout au moins aura l'avantage de me dispenser de descriptions plus que scabreuses) est celle qui part des organes génitaux pour aboutir à la bouche. Elle n'est que trop réelle et formellement démontrée par un grand nombre d'observations où les aveux ont été enregistrés.

Mais quelle en est la fréquence relative? Impossible de le savoir. M'est avis cependant que ce mode de con- .tagion est moins commun qu'on ne le suppose généralement. Généralement on considère tout chancre buccal comme un témoiffna°e irrécusable de contamination génito -buccale, et cela même sans interrogatoire, sans enquête, sans confrontation. Or, si peu que l'on procède d'une façon moins légère et moins sommaire, on acquiert la conviction qu'un grand nombre de chancres buccaux dérivent en réalité d'une tout autre origine, par exemple de l'un ou de l'autre des deux modes de contamination qui vont bientôt nous occuper. Mais, au surplus, une question de cet ordre est mieux faite pour intéresser le moraliste que le médecin. Inutile donc d'insister davantage.

En tout cas — et cela mérite à peine d'être dit — ce mode de contamination est incomparablement plus commun chez l'homme que chez la femme, et pour cause.

H. — Infiniment plus fréquente, au moins d'après

ÉTI0L0G1E. ig

moi, serait la contamination bucco-buccale, c'est-à-dire celle qui part de la bouche pour aboutir à la bouche.

Quoi d'étonnant, en effet, à ce que la bouche soit pour la bouche une source ultra-féconde de contagions syphilitiques? Deux raisons concourent à témoigner de la fréquence nécessaire, fatale, de ce mode de contagion.

D'une part, la bouche n'est-elle pas par excellence, comme on l'a dit, un « foyer de vérole », un « laboratoire de vérole », un véritable « nid de germes contagieux », en raison de l'énorme, de la prodigieuse fréquence des lésions contagieuses qui s'y produisent, s'y reproduisent et y pullulent à satiété?

Et, d'autre part, la bouche n'a-t-elle pas, pour transmettre la contagion, un mode de contact essentiellement habituel, usuel, commun sous toutes ses formes, à savoir le baiser, et le baiser de tout ordre?

Aussi bien, pour ces deux raisons, est-ce par centaines (j'aurais mieux fait de dire par milliers) que les observations de syphilis transmise de bouche à bouche se compteraient dans la science. Des observations de cet ordre se rencontrent à tout moment et sous diverses formes dans la pratique courante, souvent même en des conditions telles (alors qu'on prend la peine de les rechercher et de les noter) que le rapport entre l'accident transmetteur et l'accident transmis ne saurait rester un instant douteux.

C'est ainsi — à ne citer qu'un seul ordre de cas — que maintes fois j'ai vu ce que tout médecin a vu comme moi, à savoir : de toutes jeunes femmes être contagionnées à la bouche, dès les premières semaines de leur mariage, par des maris peu scrupuleux, s'étant mariés prématurément, alors qu'ils étaient affectés ou

CIlANCItliS BUCCAUX.

en péril d'être affectés un jour ou l'autre de plaques muqueuses buccales. Deux exemples à ce propos, entre tant et tant d'autres que j'aurais à produire.

Un de mes jeunes clients, syphilitique depuis six mois, grand fumeur de cigarettes et. à ce titre, presque constamment affecté de plaques muqueuses buccales, contracte mariage bien malgré moi et en dépit de toutes mes remontrances. Quinze jours après, il revient me trouver, et cela toujours à propos de plaques muqueuses labiales et linguales. Quatre semaines plus tard, je reçois derechef sa visite, mais cette fois il est accompagné de sa femme, sur laquelle je constate un chancre labial naissant, chancre qui a été suivi d une longue série d'accidents constitutionnels.

De même, mon éminent collègue et ami le Dr Duncan Bulldey a relaté l'histoire plus curieuse d'un de ses clients qui, de par des plaques muqueuses qu'il portait à la bouche, contagionna deux femmes à peu près dans le môme temps. A la première, qui était alors >;t fiancée, il communiqua un chancre syphilitique de la lèvre inférieure, chancre qui fut l'origine d'un esclandre et d'une rupture. A la seconde, qui devint sa femme, il transmit un chancre syphilitique de l'amygdale.

Nul doute, en conséquence, ni sur l'authenticité, ni sur la fréquence de ce mode de contagion par le baiser.

A ce propos, même, deux points se présentent à noter au passage, et j'y insisterai avec d'autant plus de soin qu'ils comportent un intérêt prophylactique des pins sérieux, que vous allez comprendre dans un instant.

Le premier consiste en ceci : Issue d'un point quelconque de la bouche, la contagion peut se transmettre a un point quelconque de la bouche.

ÉTIOr.OGIE.

Il va de soi que la contagion bucco -buccale se produise entre organes susceptibles d'entrer en contact réciproque, tels que les lèvres qui peuvent toucher les lèvres, la langue qui peut toucher les lèvres ou la langue. Mais ce dont on se rend moins facilement compte, ce dont les gens du monde en particulier n'imaginent pas la possibilité, c'est que la contagion buccale dérive d'organes profondément situés dans la bouche (tels que les amygdales, par exemple), ou bien, inversement, pénètre jusque dans les profondeurs de la cavité buccale.

Je précise. Que des lésions labiales ou linguales transmettent la contagion aux lèvres ou à la langue, c'est tout simple. Mais que des lésions amygdaliennes inoculent les lèvres, ou bien que des lésions labiales inoculent les amygdales, voilà ce qui se conçoit moins, surtout, je le répèle, pour des gens étrangers à notre art. Et cependant, rien de plus réel. Car l'observation clinique et les confrontations ont nettement établi, et cela au-dessus de toute contestation possible, l'un et l'autre de ces faits, à savoir : i° Que des contagions issues des parties superficielles, voire extérieures, de la bouche peuvent se porter jusque sur les parties profondes de la cavité buccale; — et 20 que, réciproquement, des contagions issues des parties les plus profondes de la cavité buccale peuvent inoculer les parties superficielles de la bouche.

C'est de la sorte qu'on a vu maintes fois des plaques muqueuses labiales devenir par contagion l'origine de chancres amygdaliens. Et, de même, c'est de la sorte qu'on a vu des plaques muqueuses amygdaliennes transmettre la contagion aux lèvres ou à la langue.

D'ailleurs, rien d'étonnant à cela. L'explication du

CIIANCftES nUCCALX.

fait est même des plus simples, car, très vraisemblable ment, les choses doivent se passer de la façon suivante.

Alors que la bouche est le siège d'un accident contagieux, le contage est forcément versé dans la salive. Transmis à une bouche saine, là aussi il se mêle à la salive, laquelle lui sert de véhicule pour le transporter n'importe où. Delà sorte il se greffe ici ou là, sans doute au hasard de circonstances toutes locales; et alors, ou bien il s'arrête sur la partie antérieure de la bouche, ou bien il pénètre plus avant, suivant qu'il trouve en tel ou tel point des conditions propices à sa fixation, à sa germination ou, comme l'on dit actuellement, à sa culture.

Second point, celui-ci à l'adresse non pas des médecins, qui n'en ont que faire, mais de nos clients, d'habitude incrédules ou insouciants à son égard :

La contagion bucco-buccale est susceptible de s'exercer par tous les contacts, quels qu'ils soient, qui mettent en rapport la bouche avec la bouche.

Contrairement à ce dont sont persuadés les gens du monde, la syphilis n'a pas besoin, pour transmettre son dangereux contage, du baiser passionnel, ardent, prolongé, réciproque, etc. Tout mode de contact labial lui suffit. Aussi bien que du baiser de l'amour on a vu la contagion dériver du baiser de l'amitié, du baiser simplement affectueux, familial, respectueux même, voire du baiser indifférent, tel que celui que l'on donne au petit enfant inconnu qui vous tend sa tète blonde.

C'est ainsi que maintes fois la contagion a été transmise par un baiser échangé entre parents, entre amis, entre mère et fils, entre père et fils, entre frère et frère, entre frère et sœur, etc.

C'est ainsi, de même, qu'elle a résulté, pour une série

ÉIIOLOG1E. 23

de faits non moins authentiques, du baiser donné à un enfant, tout aussi bien que du baiser d'un enfant. Et ainsi de suite.

Au total, donc, quel qu'il soit, si superficiel, si court, si banal soit-il, le contact buccal peut suffire et suffit à la contamination; voilà Je fait.

Eh bien, de ce fait découle tout naturellement une notion élémentaire de prophylaxie, à savoir : qu'un sujet affecté de lésions buccales spécifiques doit s'abstenir absolument du baiser et de tout baiser, quel qu'il soit.

Or, ce péril du baiser en état de syphilis, quantité de gens l'ignorent, ne s'en rendent pas compte, ou, ce qui revient au même, ne s'en préoccupent pas plus que s'ils n'en avaient pas notion. De cela j'ai la preuve presque chaque jour. Presque chaque jour, en effet, s'engage entre tel ou tel de mes clients et moi le petit colloque suivant, que je vais vous reproduire de mémoire :

«Surtout, Monsieur, soyez prudent! Puisque vous avez aujourd'hui des plaques muqueuses à la bouche et que vous pourriez encore en avoir un jour ou l'autre, n'allez pas risquer de transmettre la contagion. N'embrassez personne, personne absolument, vous m'entendez bien.

— Soyez tranquille, monsieur le Docteur. Je m'abstiendrai, je vous le promets, d'embrasser ma femme (ou ma maîtresse, suivant le cas).

— Mais il ne s'agit pas seulement de votre femme ou de votre maîtresse. Je vous ai dit et je vous répète : N'embrassez personne ! Cela veut dire, indépendamment de votre femme ou de votre maîtresse : N'embrassez ni votre père, ni votre mère, ni parents, ni amis, ni enfants, etc.

CHA.NCRES BUCCAUX.

— Vous n'y pense/ pas, monsieur le Docteur. Ne pas embrasser ma mère! C'est impossible, cela. Ne pas embrasser mes petits neveux, mes petites nièces, les enfants des familles où je suis reçu ! Mais tout le monde le remarquerait, tout le monde dirait : « Ali ! Il est donc malade! » Autant publier partout que j'ai la vérole! »

Et je vous affirme par expérience que besoin est d'insister et d'insister longuement, avec force explications techniques, pour aboutir à persuader de tels malades et obtenir d'eux qu'ils ne risquent pas de transmettre la syphilis à leur parenté, à leur entourage, par d'imprudentes embrassades.

Encore en est-il bon nombre qui n'observent qu'à demi la recommandation on qui s'empressent de l'oublier. Et de cela voici la preuve. J'ouvre mes dossiers, et j'y trouve ceci (à propos — notez-le bien — de malades ainsi et dûment prévenus par moi, comme je ne manque jamais de le faire, du danger en question) :

2 cas où des malades ont ainsi transmis, par le baiser de famille, la syphilis à leur frère;

i cas où un malade a infecté sa sœur (toujours de la même façon, je ne le répéterai plus);

i cas où un malade a infecté son père;

1 cas où des malades ont infecté des petits enfants dans leur

famille (neveu et nièce) ;

2 cas où des malades (c'est navrant à dire) ont infecté leur mère!

Total : huit cas de syphilis transmise par le baiser familial, le baiser affectueux, respectueux!

C'est donc, pour le médecin qui traite un syphilitique, un véritable devoir professionnel que de s'efforcer d'aller au-devant de si lamentables éventualités. Ne croyons pas avoir fait tout ce que nous avons à faire

ÉTIOLOGIE. 20

alors que, consultés par un client en état de syphilis secondaire, nous lui avons prescrit un traitement et une hygiène qui le concernent, lui personnellement. Songeons aussi aux dangers de contagion que ce malade porte avec lui et qui peuvent irradier sur les siens, sur son entourage, sur tout le monde. Ces dangers, il a bien le droit, étranger qu'il est aux choses de la médecine, ou bien de les ignorer absolument, ou bien de ne s'en méfier que d'une façon insuffisante. C'est donc à nous que revient la charge de l'en prévenir, de les lui signaler expressément, et de lui dénoncer entre tous celui que peut-être il suspecterait le moins, à savoir le baiser, le baiser sous toutes ses formes, voire celles qu'il pourrait juger le plus inoJGfensives. Il y a là pour nous, je ne crains pas de le répéter encore, une obligation morale et professionnelle à ne pas oublier.

III. — En troisième lieu, les chancres buccaux dérivent pour un certain nombre de cas (nombre assez considérable et certainement bien supérieur à ce qu'on le suppose en général) de contagions médiates.

Telle serait même, s'il fallait en croire les malades, l'origine usuelle de ces chancres, et de beaucoup la plus usuelle. Ainsi la contagion par le fameux « verre malpropre » où I on a bu par aventure ne manque guère d'être invoquée en pareille occurrence. La vérité vraie, c'est que nombre de gens s'efforcent de donner le change au médecin ou môme se donnent le change à eux-mêmes sur la provenance et le mode de leur contamination. Un exemple, entre tant d'autres, à ce propos.

Un de mes clients, affecté d'un chancre labial, rapportait l'origine de sa maladie à ce qu'il avait bu plu-

26 <: Il ANC II ES BUCCAUX.

sieurs fois, pendant qu'il Cuisait ses vingt-huit jours de service militaire, au bidon coin m un de la chambrée. Mais le hasard m'avait édifié à l'avance sur la source réelle à laquelle il avait puisé la contagion; car déjà depuis quelques semaines je traitais sa maîtresse pour des accidents de syphilis secondaire, notamment des plaques muqueuses labiales et amygdaliennes.

Toutefois, cela dit et cette défiance posée en principe, force est de reconnaître que les contagions médiates prennent une large part dans l'étiologie des chancres buccaux. Nulle comparaison à établir entre le rôle qu'elles jouent ici et celui qui leur revient à propos des chancres génitaux. Elles ne figurent dans l'étiologie de ces derniers que pour une proportion numérique vraiment peu importante, presque négligeable, tandis qu'elles servent d'origine aux chancres buccaux avec un réel et indéniable degré de fréquence, comme vous allez le voir par ce qui va suivre.

Quels intermédiaires permettent à ces contagions médiates de se porter à la bouche?

A vrai dire, tout leur est bon. Tout objet, quel qu'il soit, qui, chargé du contage syphilitique, se trouve mis en relation avec la bouche est susceptible de contaminer la bouche.

Naturellement, les objets qui sont d'usage le plus commun se trouvent être ceux d'où dérive le plus grand nombre des contagions de cet ordre.

i. — A ce titre figurent ici en première ligne les ustensiles d' alimenta non, à savoir : cuillers, verres à boire, lasses, bouteilles; moins souvent fourchettes et couteaux ; biberon; gobelets des fontaines Wallace, etc.

Les cas relatifs à ce genre de contagion pullulent dans la science. Au hasard j'en citerai quelques-uns.

ÉTIOLOGIE. 27

Rollet a relaté l'histoire d'une jeune femme « de moralité irréprochable » qui contracta un chancre syphilitique de la lèvre inférieure dans les conditions suivantes. Trop bonne ménagère, elle avait l'habitude de goûter tous les mets que lui préparait sa cuisinière, immédiatement après celle-ci et avec la même cuiller. Or, ladite' cuisinière, à l'époque où elle infecta sa maitresse, se trouvait en pleine période secondaire et présentait notamment à l'isthme du gosier une éruption confluente de plaques muqueuses, « la plus confluente que j'aie jamais vue », dit Rollet.

De même, dans une observation de Lee, une jeune femme contracta un chancre de la langue pour avoir fait usage d'une cuiller dont se servait une domestique, alors affectée de lésions syphilitiques de la bouche.

Roussel mentionne le cas d'un enfant qui, pour s'être servi de la même cuiller que sa mère à une époque où celle-ci portait à la gorge des plaques ulcérées, contracta de la sorte un chancre amygdalien.

Deux ouvriers, qui déjeunaient decompagnie, faisaient verre commun, n'ayant qu'un verre. L'un d'eux était affecté de plaques muqueuses labiales; l'autre, qui présentait à la lèvre une légère éraillure vulgaire, contracta là un chancre syphilitique (C. Pellizzari).

J'ai dans mes notes l'histoire d'une toute jeune enfant qui fut contagionnée à la lèvre par un biberon. Enquête faite sur cette contagion qui, cela va sans dire, avait très vivement ému les parents de l'enfant, il fut démontré qu'une ouvrière en journées qui travaillait dans la maison, s'était amusée plusieurs fois à amorcer le biberon de la petite fille, et cela à une époque où elle avait les lèvres littéralement criblées de plaques muqueuses.

Une contagion en sens inverse a quelquefois dérivé

du biberon, en s'exerçant d'enfant à adulte. Ainsi je tiens de mon regretté collègue le J)r Hillairet Je cas d'une vieille grand'mère qui fut contaminée de la sorte par son petit-iils affecté de syphilis héréditaire. Elle avait coutume d'amorcer avec ses lèvres le biberon de L'enfant, et cela sans l'essuyer. Comme l'enfant avaitdes plaques muqueuses à la bouche, elle contracta un chancre de la lèvre.

Enfin, c'est vraisemblablement à des contagions par des ustensiles d'alimentation que fut due une petite épidémie de syphilis qui sévit sur la commune de Chavanne-Lure (Haute-Saône) en 1828 et qui, méconnue d'abord comme nature, fut décrite alors sous le nom de « maladie de Chavanne-Lure ». Cette épidémie, qui fit un minimum de 20 à 25 victimes, présentait cela d'extraordinaire, disait-on, qu'elle « se propageait surtout par les dîners en commun1 ».

Et de même pour tant et tant d'autres faits de même ordre que j'aurais à citer.

n. — En second lieu, des contagions médiates ont été maintes fois portées à la bouche par tout ce qui compose V arsenal du fumeur .

C'est ainsi qu'on a relaté de très nombreux cas de chancres buccaux transmis par des pipes, des cigares, des cigarettes, des embouts, et même, assure-t-on, par la petite guillotine qui sert à couper le bout des cigares. — Quelques exemples.

Denis-Dumont a cité l'observation d'un officier qui, interné à l'hôpital de Caen, fut contagionné à la bouche

I. Voir la relation de cette épidémie dans le t. V du Journal complément, du Didionn. des Sciences médicales.

ETIOLOGIE. 29

pour avoir fumé la pipe d'un de ses collègues affecté de plaques muqueuses buccales.

Deux amis vont se faire photographier. L'un a la fantaisie d'être représenté fumant, et il emprunte pour un instant la pipe de son camarade, lequel, à cette époque même, présentait des plaques muqueuses buccales. Il contracte de la sorte un chancre buccal (C. Pellizzari).

J'ai observé en ville un cas de cet ordre et des plus curieux à divers égards, comme vous allez le voir. — Un de mes clients, homme marié, frisant la soixantaine, vient à présenter au palais une lésion ulcérative tout d'abord très indécise comme nature, mais qu'après mûr examen je suis forcé de considérer comme un chancre et qui, en effet, a été suivie à légitime échéance de manifestations spécifiques généralisées. D'où et de qui avait pu procéder une contagion aussi singulière? Mari modèle, il n'avait fait aucune infidélité à sa femme, et celle-ci, que je traitais de vieille date pour une affection utérine (fibrome) n'avait jamais présenté, pas plus du reste qu'elle ne présenta plus tard, le moindre accident suspect. Une longue enquête, dont je vous épargnerai les détails, finit par révéler ceci : que le valet de chambre de la maison profitait des absences de son maître pour lui emprunter sa pipe, petite pipe orientale des plus agréables, paraît-il. Or, ce valet de chambre, examiné par moi, se trouvait à cette époque en plein épanouissement de syphilis secondaire, avec de très nombreuses plaques muqueuses sur les lèvres, la langue et les amygdales.

Épilogue significatif. Le lendemain du jour où j'avais fait sur lui cette découverte, ce même valet de chambre m'amenait sa fiancée, qui était bonne dans la même maison, et je constatais sur elle un superbe chancre

CHANCItES BUCCAUX.

induré labial, Or, cette fille était vierge, mais elle avouait s'être laissé maintes fois embrasser sur la bouche par son prétendu.

Nul doute, en conséquence, ne saurait être conservé sur les dangers de la pipe. Mais comment, à leur tour, sont dangereux les cigares ou même les cigarettes? De plusieurs façons.

D'abord, tout naturellement, par échange de bouche à bouche. Il va sans dire qu'un cigare (et de même pour une cigarette) qui sort d'une bouche contaminée doit contaminer presque fatalement la bouche saine qui le fume en second lieu. Exemple :

Un jeune collégien entre dans une brasserie du quartier Latin. Là, il rencontre une aimable jeune personne qui s'offre à perfectionner son éducation et, pour début, veut à toutes forces le faire fumer. Il refuse d'abord, mais ladite demoiselle insiste, façonne une cigarette, l'allume, la fume quelques instants et la passe au jeune homme : « Maintenant qu'elle a touché ma bouche, vous n'oserez plus la refuser, j'espère ». Il n'osa pas, en effet. Résultat : quatre semaines plus tard, éclosion d'un chancre syphilitique sur la lèvre inférieure du collégien1.

Non moins dangereux, bien entendu, et pour la même raison, sont les tronçons de cigares ou de cigarettes qui, jetés dans les appartements ou sur Ja voie publique, sont ramassés, puis fumés par des loqueteux ou par des enfants. A preuve un cas relaté par Engelsted et se résumant en ceci : Un petit enfant ramassa à terre et fuma le bout d'un cigare que venait de jeter son

i. Un cas tout semblable a été relaté devant la Société russe de Sypliil. et de dermat., dans la séance du a8 oct. 1 8g i .

ÉTIOLOG1E.

oncle; l'oncle ayant alors des plaques muqueuses aux lèvres, l'enfant fut contagionné à la bouche1.

En second lieu, il ne serait pas impossible, assure-t-on, que certains cigares sortissent infectés des manufactures où on les fabrique. Ils pourraient même être infectés, paraît-il, de deux façons, à savoir :

i° Par l'opération du « roulement », ayant pour but de façonner en cylindre les feuilles de tabac. Ce roulement s'exécute en certains pays (la Havane, par exemple) sur la cuisse nae\ en sorte qu'au cas où l'ouvrier présenterait à la cuisse quelque lésion spécifique, le cigare pourrait être imprégné de squames ou de sécrétions pathogènes.

2° Par le façonnement du bout de cigare. Pour que ce bout soit élégant, besoin est d'humecter les feuilles de tabac. Or, cette humeclation se fait le plus souvent, paraît-il encore, avec la bouche. A preuve une observation américaine où il est question d'un ouvrier cigarier qui dut renoncer provisoirement à son métier « parce qu'étant devenu syphilitique et ayant la bouche criblée de plaques muqueuses, il ne pouvait plus supporter l'application irritante des feuilles de tabac sur les lèvres et la langue ». Jugez quels cigares ledit ouvrier devait livrer à la consommation! — Remarquez, d'ailleurs, que cette humectation risque d'autant plus d'être dangereuse qu'elle porte sur le bout du cigare, c'est-àdire précisément sur le point destiné à toucher les lèvres du fumeur.

i. De même, dans un cas publié par le D1' Rabl, une jeune fille contracta un chancre de la lèvre pour avoir fume un cigare qu'elle avait pris de la bouche d'un de ses cousins affecté de syphilis (V. Semaine médicale, 1890, p. 3î.). — Uu cas semblable, d'ailleurs, avait été déjà mentionné de vieille date par P. Gamberini.

CIIANCIII'S IILCCAI \.

m. — En troisième lieu, la contagion peut être portée à la bouche par tous objets d'usage courant susceptibles d'être souillés par les sécrétions syphilitiques, à savoir : plumes, porte-plumes, crayons, porte-crayons, pinceaux, tire-lignes, tubes acoustiques, etc., etc.

Un de mes externes de Lourcine a été très sûrement victime d'une de ces contagions hospitalières qui sont, je crois, beaucoup plus fréquentes qu'on ne le suppose généralement. 11 avait la mauvaise habitude, bien que prévenu et morigéné par moi à ce sujet, de porter toujours sa plume à la bouche en recueillant ses observations, en palpant et examinant ses malades. Ce qui devait se produire ne manqua pas de se produire. Un jour, il vint me trouver avec une érosion de la lèvre inférieure, érosion qui se transforma bientôt en un chancre typique. Or, ce jeune homme m'a maintes fois affirmé ce sur l'honneur » qu'à l'époque où il contracta cet accident il ne s'était exposé à aucun risque de contagion depuis plusieurs mois. Si bien que, le tenant pour incapable d'un mensonge ou d'une réticence, je me porterais volontiers garant qu'il a reçu la contamination de sa plume et de ses doigts.

Car, notez-le, la contamination dans ce cas a été doublement médiate, bi-médiate, si je puis ainsi dire, puisque le contage a dû forcément être transmis d'abord aux doigts, puis par les doigts à la plume, avant d'arriver aux lèvres.

D'autres fois, la contagion a résulté de brossesà dents; — de pipettes (dans les pharmacies, dans les laboratoires, etc.); — de chalumeaux ; — de coupe-papiers.

A ce dernier propos, je rappellerai l'observation suivante que j'ai bien souvent citée. — Un médecin, un des maîtres de ma génération, très studieux et surtout

ih'IOLOGIE.

grand liseur, avait l'habitude de mâchonner, mieux vaudrait dire de manger ses coupe-papier de bois, tout en lisant. Un jour qu'il était en villégiature à sa petite campagne, une bonne du voisinage vient lui demander une consultation pour un « mal de gorge » dont elle souffrait depuis quelque temps. N'ayant rien autre sous la main que son coupe-papier, il s'en sert comme abaisselangue pour examiner la gorge de cette femme, qu'il trouve criblée de plaques muqueuses. A ce moment, on l'appelle pour déjeuner. Une heure plus tard, ne pensant plus à rien, il se remet à son occupation favorite, c'està-dire à sa lecture, et, comme d'usage, il mâchonne son coupe-papier en lisant. Quatre semaines plus tard et sans s'être exposé à nul autre risque de contagion, il commence à souffrir de la gorge. Puis se produit sur l'une des amygdales une lésion que bientôt force est à lui comme à moi de reconnaître pour un chancre. — Incidemment, j'ajouterai que ce chancre devint l'origine d'une syphilis qui, comme chez tant de sujets à surmenage cérébral habituel, aboutit à des accidents cérébraux rapidement suivis de mort.

Des contagions de même ordre ont encore résulté d'instruments et d'objets divers, à savoir : abaisselangue; — laryngoscope; — miroir à bouche; — instruments multiples de dentisterie; — joujoux (on connaît l'habitude qu'ont les enfants de porter à leur bouche tous les objets, tous les jouets qu'on leur donne)1; — sifflets; — trompettes, etc.

Les exemples de telles contagions seraient innombrables à produire. Je me bornerai à citer les deux suivants, à titre de spécimens.

I. V. Galippe, De la transmission possible de la syphilis par certains jouets d'enfants, Société de médec. publique et d'hygiène professionnelle, 1879.

Fournie!!. — Chancres cxlra-génit . 3

CHANCRES ULCCAUX.

Le Dr Roddick (de Montréal) a relaté un cas de chancre gingival qui succéda à une extraction dentaire très laborieuse, ayant lacéré tout le tissu de la gencive. « Une enquête très minutieuse, dit-il, sur les origines de ce chancre, finit par établir que, suivant toute probabilité, la contagion avait été transmise par un davier qui avait servi à un sujet syphilitique affecté de plaques muqueuses buccales. » — Plusieurs cas, en tous points semblables, de chancres des lèvres, des gencives ou de la langue, ayant succédé à diverses opérations dentaires, ont été publiés par MM. Duncan Bulkley, Leloir, Lancereaux, Giovannini, Otis, Dulles, etc.1

J'emprunterai un second exemple, plus curieux encore, à mon si éminent collègue et ami le Dr Hanot.

Un petit enfant reçoit une trompette comme cadeau de jour de l'an. Sa mère et un jeune oncle, d'une vingtaine d'années, lui apprennent à se servir de 1 instrument, et la trompette passe ainsi de bouche en bouche pendant toute la journée du ier janvier. Malheureusement, le jeune oncle avait, à ce moment, des plaques muqueuses à la bouche. Résultat : mère contagionnée à la bouche; enfant contagionné à la bouche. L'enfant,

i. Produire ici les indications bibliographiques relatives à ces divers cas (comme à tant et tant d'autres qui ont précédé ou qui vont suivre) serait refaire sans profit ce qu'a si bien fait un de mes éminents collègues et amis le Pr Duncan Bulkley, dans son récent livre ayant pour titre Syphilis in the Innocent (Syphilis insontium), livre qui a sa place marquée dans toutes les bibliothèques.

Ce remarquable ouvrage, en elfet, n'est pas seulement un intéressant et complet exposé de la si curieuse question de la « Syphilis des innocents ». Il constitue aussi un véritable monument d'érudition, par uu Index bibliographique où l'auteur a eu la patience de réunir toutes les observations relatives à son sujet (V. Analytical hibliographylyp. a.|oà386).

Une fois pour toutes, je renvoie donc à ce précieux index pour quantité d'indications bibliograpbiqucs qui ne seraient plus qu'une superfétation après le si complet travail de mon cher collègue.

KTIOr.OGIE.

après avoir éprouvé divers accidents de syphilis secondaire, semble se rétablir; mais il fait, quelques années plus tard, une véritable paralysie générale, à laquelle il succombe1. La mère est également éprouvée d'une façon grave par une syphilis hépatique et finit par mourir en état de cachexie.

Enfin, on a encore parlé de contaminations transmises par des bâtons de colle à bouche; — par des bonbons, des morceaux de sucre candi, des boules de gomme passant de bouche à bouche (Hardy, W. Taylor, Griffin); — par des tubes acoustiques (Martineau, E. Vidal) ; — par des pièces de monnaie2; — par des timbres-poste.

Si je n'ai pas encore constaté, pour ma part, de contagions par les timbres-poste, je m'attends bien à l'événement. Car, ainsi que l'a dit je ne sais plus quel homme d'esprit, les histoires les plus vraies ne sont pas celles qui sont arrivées, mais celles qui sont destinées à se produire fatalement quelque jour parla force même des choses. Ce n'est donc pas sans crainte, non plus que sans dégoût, que je vois à tout instant des enfants porter à leur bouche et sur leur langue des timbresposte venant on ne sait d'où, ayant traîné dans les col-

1. C'est là un exemple de ces paralysies générales infantiles d'origine syphilitique, sur lesquelles M. le Dr Régis a publié récemment de si intéressantes recherches. On sait que les paralysies générales de l'enfance ou de l'adolescence peuvent dériver ou bien d'une hérédité spécifique ou bien (comme dans le cas du Dr Hanot) d'une syphilis acquise en bas âge.

Voir Bulletin de l'Académie de médecine, 3o oct. 1894.

2. Mon collègue et ami le Dr Ducastel m'a dit avoir observé un cas « peu douteux » de contagion buccale par des pièces de monnaie. Un de ses malades, conducteur d'omnibus, présentait un chancre labial dont l'étiologie, après enquête minutieuse, n'a pu être rapportée qu'à ce mode de contamination. Cet homme avait l'habitude (comme tous ses collègues, d'ailleurs) de tenir entre ses lèvres les pièces qu'on lui remettait, alors qu'il avait les mains occupées à «rendre la monnaie».

r.lIAISUtl'.S ÎIL'CCAUX.

leclions, et pouvant, devant même pour quelques-uns, retenir des germes de contagions diverses.

IV. — Vient ensuite La catégorie, heureusement plus circonscrite, des contaminations buccales professionnelles.

Au premier rang, ici, se place la fameuse syphilis des verriers.

On avait remarqué de vieille date une fréquence singulière de la syphilis chez les verriers et, plus particulièrement, chez les souffleurs de verre. Vaguement on attribuait le fait ce au libertinage », lorsqu'en i858 un médecin éminent, le regretté Dr Rollet (de Lvon), vint enfin donner le mot de l'énigme et dire : « La syphilis des verriers n'est pas ce qu'on pense. Ce n'est pas une syphilis dérivant du libertinage, mais bien une syphilis professionnelle, une syphilis par contamination de bouche à bouche dans l'opération du soufflage ». Et, en effet, l'expérience a pleinement confirmé l'assertion de Rollet.

Comment donc la contamination syphilitique dérivet-elle de l'industrie des verriers? Le voici, très sommairement.

Le soufflage du verre se fait par escouade de trois ouvriers travaillant en commun. Le premier souffleur, dit en langage technique le gamin, cueille le verre avec une longue canne et ébauche le soufflage; — lesecond, dit le grand garçon, reçoit la canne du gamin etsouflle la bouteille en ovoïde grossier ; — enfin le troisième, dit V ouvrier, reçoit la canne du «grand garçon » et modèle, façonne, achève la bouteille, toujours en soufflant. ■ — Puis, alors, ce dernier repasse la canne au gamin, et la série des opérations précédentes recommence dans le

ÉTIOLOGIE. 3^

même ordre. — Et airtsi de suite. — Tout cela marche d une façon continue, rapide, précipitée; à ce point qu'une « bonne escouade » arrive à souffler jusqu'à 85 bouteilles à l'heure.

Donc, la canne se trouve ainsi passer de bouche à bouche 255 fois par heure en moyenne. Si bien que tout naturellement (remarquez bien ceci, messieurs) elle ne passe d'une bouche à une autre que toute chaude et humectée par trois salives.

Or, supposez qu'un des trois ouvriers de l'escouade vienne à être affecté de syphilis et présente des plaques muqueuses buccales, Que va-t-il se produire, et cela nécessairement, fatalement? C'est que les deux autres ouvriers (s'ils ne sont déjà syphilitiques) seront infectés par leur camarade.

Aussi des contagions de cet ordre se sont-elles maintes fois produites dans les verreries. De là cette fréquence autrefois inexpliquée de la syphilis chez les verriers.

Aussi, conséquence de la conséquence, des contagions de cet ordre, en raison des ricochets usuels à la syphilis, ont-elles pu déterminer parfois de véritables épidémies locales de syphilis. A preuve, par exemple, l'épidémie de Rive-de-Gier, qui fît plus de vingt victimes en 1862; — l'épidémie de Faymoreau (Vendée) en i863; — l'épidémie de Monlluçon (1867), où plus de trente sujets furent contaminés1.

Des contagions professionnelles de même genre, mais celles-ci sporadiques, ont encore été observées dans des conditions très diverses.

Par exemple, d'abord, chez les musiciens', et cela par

l. V. l'intéressante monographie du Dr Guinand ayant pour titre : De la syphilis des verriers; hygiène et prophylaxie par la visite sanitaire, Paris, 188 1.

CM ANCHES UUCCAUJC.

échange d'instruments à vent ou d'embouchures d'instruments. Assez nombreux sont les cas où l'on a vu, eu raison de tels échanges, des contagions buccales être transmises par des cors de chasse, des cornets à piston, des clarinettes, des hautbois, des flûtes, des bassons, etc. Pour ma part, j'ai donné mes soins à un chef de musique militaire, homme marié et de conduite irréprochable, lequel contracta de" la sorte un chancre labial pour s'être servi du cor d'un de ses musiciens alors affecté de syphilis secondaire avec accidents buccaux.

Diverses pratiques particulières à certains métiers ne sont pas moins dangereuses.

A citer comme exemple l'habitude qu'ont les tapissiers et les emballeurs de tenir entre leurs lèvres, voire d'introduire dans leur bouche un certain nombre de clous, qu'ils vont ensuite cueillir là au fur et à mesure de leurs besoins, quitte, s'il y a un excédent, à rejeter le surplus dans leur sac. Empreints d'une salive contagieuse, ces clous peuvent naturellement contaminer une bouche saine. Le professeur Spillmann a constaté un cas de contagion dérivant d'une telle origine. « Un enfant de treize ans, apprenti tapissier, travaillait en compagnie d'un ouvrier plus âgé, qui avait la bouche remplie de papules secondaires. Pour avoir porté à la bouche des clous imprégnés de la salive de son camarade, il contracta un chancre de la lèvre supérieure1 ».

Périlleuse également est la pratique des électriciens qui, pour apprécier le passage d'un courant, s'appliquent une tige métallique sur la langue.

Périlleux encore est l'usage des insufflateurs à bouche, servant à saupoudrer les vêlements ou les étoffes de

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