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I. Transactions Illinois S taie Mrd, Assoc, l

CHANCRES DE l/OEIL.

ir; — Dans un second groupe de cas, la contaminalion oculaire se fait d'une façon indirecte. Très généralement alors elle a les doigts pour intermédiaires.

Tel a été, vraisemblablement, le mode de contagion dans la célèbre observation de Ricord. Le client de Ricord, « homme très intelligent, se rappelait fort bien s'être frotté les yeux avec ses doigts presque immédiatement après s'être livré à des attouchements sur les parties génitales d'une femme ».

De même, tel a été, bien sûrement, le cas de deux confrères qui se sont inoculé la syphilis à l'œil pour s'être frotté l'œil après avoir manipulé des lésions syphilitiques.

Une prédisposition toute naturelle aux contagions de cet ordre est constituée par la préexistence de certaines affections de l'œil ou des paupières, telles que blépharite, conjonctivite, orgeolet, eczéma du bord ciliaire, etc. Le prurit, en effet, qui est un symptôme usuel de ces divers états morbides, invite au grattage, et le grattage avec des doigts souillés de sécrétions spécifiques a d'autant plus de chances de transmettre le contage qu'il s'exerce sur des surfaces malades, dénudées d'épithélium ou tout au moins à protection épithéliale insuffisante. « Bien certainement, m'écrivait un de nos confrères qui a eu le malheur de contracter ainsi un chancre du grand angle de l'œil, j';ii dû me contagionner à l'hôpital, car je ne m'étais exposé d'aucune façon depuis

mon mariage Le hasard avait amené à mon petit

hôpital de province plusieurs prostituées affectées de syphilis, à une époque où j'avais au coin de l'œil un petit bobo très tenace, qui me démangeait fort et que je frottais sans cesse. Vingt fois par jour je me surprenais à frotter, à gratter, à écorcher ce maudit boulon,

ÉTIOLOGIE.

et cela soit à l'hôpital, soit ailleurs. Je n'ai pu m'inoculer que de la sorte, en portant à l'œil mes doigts contaminés ».

m. — Vient enfin le chapitre des contagions médiates. Nombre de faits contenus dans la science témoignent formellement que le contage spécifique a pu être porté sur l'œil par des intermédiaires inanimés quelconques, tels que : éponge, serviette, mouchoir, compresse, linge sale, eau sale ayant servi à un sujet syphilitique, instruments d'oculistique, etc.

Baum, par exemple, a cité le cas d'un chancre palpébral qui dériva vraisemblablement de l'usage en commun d'une serviette dont se servait un homme affecté de chancre1. — W. Taylor a relaté un fait identique.

La « cigarette » mouillée, servant à extraire les corps étrangers de l'œil, a pu transmettre également le contage à la muqueuse oculaire (Badal).

Un homme, qui était employé à la buanderie d'un hôpital de syphilitiques et qui était affecté d'une conjonctivite chronique, contracta un chancre oculaire. L'enquête ne put établir d'autre origine à cette contagion que la manipulation habituelle de linges souillés de pus syphilitique.

Je veux bien que, pour les cas de ce genre, une démonstration rigoureuse, péremptoire, du mode d'infection ait presque toujours fait défaut. Mais pouvait-il en être autrement? Les contagions médiates ne se laissent guère surprendre sur le fait. D'ailleurs, celles qui portent sur l'œil n'ont-elles pas leurs analogues dans l'étiologie des chancres de toutes régions? Et, mieux encore, ne sont-elles pas de l'ordre de celles qui, par la force même

r. Viertelj. fnr Dermat.und syph., 1 885.

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des clioses, sont fatalement destinées à se produire?

Étude clinique. — Le début même du chancre oculaire échappe presque toujours au médecin.

Sur les paupières, il se ferait, au dire des malades, sous la forme d'un petit « bouton » rougeâlre et légèrement surélevé, qui ne tarderait pas à se couvrir de croûtes.

Sur la conjonctive, il passe naturellement inaperçu et ne se traduit que par la sensation d'une cuisson légère, d'une ardeur locale avec prurit.

Plus tard, a l'état confirmé, le chancre oculaire se présente sous des formes différentes suivant la région qu'il affecte.

î. Chancre palpébral. — Le chancre qui affecte exclusivement le limbe palpébral n'est autre, objectivement, que le chancre cutané de toute région. Rien de spécial ne résulte de sa situation particulière, et je ne m'arrêterai pas à le décrire.

Je rappellerai simplement qu'à l'instar de tout chancre cutané il est susceptible de deux aspects différents, à savoir : la forme croûteuse et la forme de plaie à découvert.

Sur l'un des médecins dont je vous parlais tout à l'heure, j'ai pu suivre presque toute l'évolution d'un chancre palpébral, et voici ce que j'ai observé.

Lé chancre, qui était situé en plein milieu de la paupière supérieure avait une forme très régulièrement ovalaire, à grand axe horizontal. — Ses dimensions étaient celles d'une amande (huit millimètres environ de haut en bas, sur un centimètre transversalement). — C'était, tout simplement, une érosion tégumenlaire, sans bords, rouge, presque purpurine, lisse de Fond cl même parfaitement unie, doublée d'une induration nettement parcheminée. — L'évolution en fut rapide, (i la cicatri-

CHANCRE PALPEBRAL; CHANCRE DU BORD CIL1AIRE. 2o3

sa lion ne se fit pas attendre au delà de cinq semaines.

— Très bénin d'allures, ce chancre n'en a pas moins

servi d'origine à une syphilis qui a fini par aboutir à la plus lamentable catastrophe.

H. Chancre du bord cillaire. — Très différent du précédent, au point de ne pas donner à première vue l'impression d'un chancre, mais plutôt celle d'un néoplasme, d'une tumeur de la paupière. Supposez le rebord ciliaire surmonté d'un néoplasme en saillie, du volume et de la forme d'un haricot ou d'une moitié de noisette, et vous aurez une idée à peu près exacte de ce qu'est ce chancre, au moins pour la plupart des cas.

Originairement, il se développe à la base d'un cil, sous forme d'un bouton acnéique et croûtelleux. Puis, il s'étale en surface aux dépens du tégument cutané palpébral et du rebord ciliaire, bien plus rarement de la muqueuse avoisinante. Quelquefois cependant il constitue un chancre à la fois muqueux et cutané, mais toujours prédominant comme étendue et comme importance du côté de la peau.

A l'état adulte, son histoire pourrait se résumer en ces trois mots : Néoplasme érosif et dur. Mais détaillons.

D'abord, ai-je dit, c'est une véritable petite tumeur du bord ciliaire, tumeur généralement comparable à une moitié de noisette, ayant son grand axe parallèle au bord libre delà paupière, mesurant environ un centimètre à un centimètre et demi transversalement sur huit à dix millimètres dans le sens vertical. Cette tumeur fait une saillie de trois, quatre, cinq millimètres, voire davantage en certains cas. Quelquefois au contraire, plus aplatie, elle représente à peu près une amande.

Au toucher, ce néoplasme palpébral, qui se laisse faci-

CHANCRES DU l'of.IL.

lemcnt saisir entre deux doigts en raison même de sa situation et qu'on peut explorer à l'aise en raison de son indolence, se montre tout à fait remarquable par sa dureté. Peu de chancres, en effet, offrent une induration aussi nette, aussi accentuée, aussi caractéristique. Tous les degrés de l'induration spécifique s'y trouvent représentés, depuis l'induration simplement lamelleuse, parcheminée, en « carte de visite », jusqu'à l'induration nodulaire, massive et en bloc. Quelquefois même ce chancre est véritablement cartilagineux, et l'on croirait, en le touchant, sentir un véritable calus. A l'avance vous comprenez quel intérêt diagnostique se rattache à un tel signe, comme aussi vous préjugez la variété spéciale de méprise à laquelle il peut donner lieu.

Quant à la surface de cette petite tumeur, elle est en général lisse, unie, et de couleur rouge, voire assez souvent d'un rouge vineux ou chair musculaire; tous autres attributs qui ne contribuent pas moins à conférer à la lésion le cachet chancreux.

Quelquefois cependant cette surface est masquée par un revêtement croûteux, de couleur jaune foncé ou brunâtre ou même d'un brun foncé; et seule, alors, la petite portion du chancre qui empiète sur la conjonctive se présente à l'état d'érosion.

Au total, le chancre du bord ciliaire offre usuellement une triade de caractères qui le rendent aisément reconnaissable, à savoir : néoplasie bien circonscrite; — induration de base très accentuée; — surface unie et rougeâtre. A ce point que, dans les cas (et ces cas sont très habituels) où les trois signes en question se trouvent associés, ils composent un ensemble qui, sans parler même de l'adénopathie, établit le diagnostic sur les plus solides bases.

CHANCRE DU GRAND ANGLE DE l'oEIL. 2C-5

III. Chancre con/onctival1 . — Susceptible de localisations diverses.

i° Le plus souvent il affecte la région du grand angle de l'œil. Sa prédilection pour ce siège spécial est naturellement expliquée par un fait physiologique. C'est là, en effet, que le cours des larmes entraîne tous les corps étrangers déposés sur la conjonctive et, parmi eux, le contage syphilitique, alors qu'il se trouve mêlé aux liquides qui baignent la surface oculaire.

a0 Beaucoup plus rarement il occupe le petit angle.

3° Quelquefois, enfin, il se localise sur la conjonctive même, et alors bien plus souvent sur la conjonctive palpébrale que sur la conjonctive bulbaire.

Naturellement encore, il affecte de préférence les rigoles conjonctivales où le contage trouve une stagnation plus facile, et, plus spécialement, la rigole conjonctivale inférieure par raison de déclivité. Là, il se trouve forcément intéresser à la fois la conjonctive palpébrale et la conjonctive bulbaire.

Il se présente sur ces divers points avec des physionomies très différentes. Ainsi :

i° Le plus fréquent de tous, le chancre du grand angle reproduit à peu près exactement l'aspect du chancre du rebord ciliaire, et cela à trois titres : en ce qu'il est constitué, comme ce dernier, par un véritable néoplasme, néoplasme bien circonscrit, saillant, du volume d'un noyau de cerise, d'un grain de cassis, voire d'une petite noisette; — en ce qu'il est constitué, comme lui, par un néoplasme dur, très dur même le plus souvent, presque cartilagineux; — en ce qu'il offre une

i. V. Touchaleaume, Étude sur le chancre syphilitique de la conjonctive, Thèses de Paris, 1 8 8 y .

CHANCRES DE l'oEIL.

surface érosive, lisse, d'un beau rouge, souvent même d'un rouge brun foncé, « chair musculaire ».

Comme exemple, rappelez-vous un malade que nous avons eu récemment dans nos salles et qui était affecté à la fois et d'un chancre du menton et d'un chancre du grand angle de l'œil. Ce dernier figurait, à l'extrémité interne de la paupière inférieure, une véritable petite tumeur, surélevée d'un demi-centimètre, grosse comme une moitié d'aveline, dure comme du cartilage, comme « du cancer », et à surface convexe parfaitement lisse, égale, unie, d'un beau rouge presque purpurin.

Le plus souvent, ce chancre angulaire se circonscrit autour d'un des points lacrymaux, surtout du point lacrymal inférieur. Mais quelquefois aussi, comme dans un cas relaté par Braquehaye1, il envahit les deux extrémités palpébrales, de façon à contourner en fer à cheval le grand angle de l'œil.

Bien plus rarement, enfin, il s'étale en même temps sur la caroncule et le repli semi-lunaire.

■2° Le chancre du petit angle oculaire offre un autre type, à savoir celui du chancre fissuraire, dit encore chancre en rhagade ou, mieux, « chancre en branches de compas ».

Occupant l'extrémité externe des deux paupières, il est naturellement divisé en deux segments qui se réunissent au niveau de la commissure. Or, d'une part, tuméfiés par leur infiltration néoplasique, ces deux segments restent adossés et en contact réciproque; si bien qu'on ne les distingue isolément que par écartement force des paupières, alors qu'ils divergent à la façon des

i. V, Thèse précitée d'Aumont, p. 4'-*'

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