CHANCRE DU PETIT ANGLE. CHANCRE CONJONCTIVAL
branches d'un compas entrouvert. D'autre part, leur point de réunion, qui répond à la commissure, est représenté par un sillon en rhagade, à ulcération entretenue et irritée par les mouvements des paupières, plus ou moins creuse, de mauvais aspect, quelquefois bordée du côté de la peau par une demi-couronne croûtelleuse.
Enfin, à l'instar de tous les chancres du bord palpébral, ce chancre commissuraire est toujours fortement induré, au point de simuler une production néoplasique, cancroïdienne. Et, en effet, plus d'une fois on l'a pris pour un cancroïde, au moins de prime abord, en raison de cette induration tout à fait insidieuse. Je connais même un cas où l'on a persisté dans ce diagnostic après mûr examen, et cela jusqu'à proposer une intervention chirurgicale. Fort heureusement, on eut la prudence d'attendre, et l'explosion secondaire vint juger la question diagnostique.
3° En dernier lieu, les chancres de la conjonctive proprement dite offrent encore des aspects différents.
Celui du limbe conjonctival est un chancre étalé, analogue aux chancres des surfaces plates. Il se présente usuellement avec des dimensions variables entre celles d'une grande lentille et celles d'une amande; — avec une configuration soit arrondie soit ovalaire; — sous forme d'une lésion érosive ou sub-ulcéreuse ; — lésion à bords plats et sans entaillure; — a fond rouge ou rouge jaunâtre, plus rarement gris, opalin ou d'un blanc sale. — Toujours il est doublé d'une induration notable, que l'on peut appréciera travers les téguments, sans même avoir besoin (comme on l'a conseillé, et ce qui me paraît une manœuvre superflue) de renverser la paupière de façon à pouvoir saisir la base du chancre
CHANCRES DE L'OEIL
entre les doigts. La variété parcheminée de l'induration est celle que fournit le palper dans la grande majorité des cas. Parfois cependant on a rencontré la variété nodulaire. Ainsi, dans un cas de chancre conjonctival de la paupière inférieure, cas relaté par Dubarry (du Havre), on percevait au niveau de l'ulcération une « véritahle tumeur, grosse comme une petite noisette1 ».
Tout au contraire, au lieu d'être étalés en surface, les chancres des culs-de-sac conjonclivaux se modèlent comme configuration sur la région qu'ils affectent en se présentant sous forme d'érosions allongées transversalement, elliptiques ou ellipsoïdes. Ce sont alors, comme on l'a dit, des chancres « en traînée », des chancres en rigole. Parfois même, lorsqu'ils se localisent sur un pli de la muqueuse, ils suivent sur un assez long trajet la direction de ce pli en restant tout à fait grêles et effilés.
Variétés. — Il est bien peu de cas où le chancre oculaire ne rentre pas dans telle ou telle des formes que je viens de décrire. Quelquefois cependant il s'en écarte, de façon à constituer des types plus ou moins différents. Deux de ces variétés méritent seules une mention particulière, à savoir :
i° La variété dipktkéroïde, dans laquelle le chancre se présente avec un fond gris ou grisâtre, opalin, blanc jaunâtre, pseudo-membraneux, rappelant plus ou moins l'aspect des lésions diphlhéritiques.
Ce sont surtout les chancres conjonctivaux qui revêtent cet aspect. A citer comme exemple un cas de Souligoux, relatif à un chancre de l'angle interne de l'œil qui « se présentait recouvert d'une membrane diphthéroïde très adhérente2 ».