DURÉE. PRONOSTIC. 2IO
raient amplement à différencier du chancre ces manifestations d'ordre tertiaire1.
Evolution. Durée. — L'évolution du chancre oculaire ne présente pas de particularités spéciales.
Sa durée, naturellement variable suivant ses formes, oscille le plus habituellement entre cinq, six ou sept semaines. — Notons cependant qu'elle peut excéder ce terme et de beaucoup. Ainsi, dans un cas du Dr Dubarry, un chancre de la conjonctive, sans être bien sérieux cependant et sans présenter de complications véritables, n'a pas demandé moins de trois mois et demi pour aboutir à. réparation2.
Pronostic. — En tant qu'accidents locaux, les chancres oculaires sont généralement bénins.
Presque toujours ils aboutissent à ce qu'on appelle la restitutio ad integrum, c'est-à-dire disparaissent sans laisser de reliquats, voire de cicatrice apparente. A preuve, entr'autres témoignages qui seraient nombreux à citer, une pièce déposée au musée de l'hôpital Saint- Louis par notre vénéré et si regretté collègue le Dr Lallier, pièce où l'on peut comparer un chancre palpébral à sa période d'état et après cicatrisation accomplie3.
Il n'est pas impossible cependant qu'ils aient pour conséquences certains accidents locaux. A savoir :
i° Pour les chancres extérieurs : une alopécie ciliaire partielle, par destruction oes bulbes ciliaires là où l'ulcération chancreuse a entamé un peu profondément le
I. V. Galezowski, Du chant re oculaire et de son diagnostic avec les ulçères gommeux syphilitiques, Annales de clerniat. et de syph., 1 8y4 1 p. 1 3 1 a.
a. V. Aumont, Thèse citée, p. 4<J- 3. Collection générale, pièce n° 8j.
CHANCRES DE L OEH,.
derme; — une certaine irrégularité, une réelle encoche du rebord palpébrul; — une légère déviation du bord ciliaire (en ectropion) ou même des points lacrymaux. — Exceptionnellement, enfin, on a signalé « l'oblitération des. voies lacrymales » et « une destruction complète de la caroncule ».
2° Pour les chancres internes : des adhérences partielles entre la conjonctive oculaire et la conjonctive bulbaire, notamment au niveau des culs-de-sac. Dans un cas de cet ordre, le cul-de-sac conjonctival supérieur avait été oblitéré complètement, et le Dr Galezowski dut intervenir pour le reconstituer.
Mais ce ne sont là que des cas rares, absolument rares. Et, au total, on peut dire que, comme règle très habituelle, les chancres oculaires de n'importe quel siège guérissent intégralement sans laisser d'accidents posthumes.
Traitement. — Tout chancre qui peut être pansé doit être pansé, c'est là un point sur lequel s'est prononcée l'expérience thérapeutique. Or, tous les chancres extérieurs de l'œil peuvent recevoir un pansement, et ceux-là même qui sont à cheval sur la peau et la muqueuse peuvent être pansés dans leur segment cutané.
Quel mode de pansement leur est le plus profitable? A coup sûr, l'occlusion.
L'occlusion sera pratiquée avec des bandelettes imbriquées de taffetas de Vigo. Pour peu que ce lafletas soit bien agglulinatif et de préparation récente, que les bandelettes soient étroites et bien disposées, le pansement aura assez d'adhérence pour résister à la mobilité des paupières et ne pas se déplacer. Au besoin, d'ailleurs, on l'immobilisera, en le recouvrant d'ouate et en fermant
TllAlTEMENT.
l'œil par un bandeau pour une durée de quelques jours. — Il sera renouvelé matin et soir, après détersion et lavage de la plaie à l'eau boriquée.
Que si la situation du chancre rend difficile ou impossible l'application des bandelettes, on aura recours à un tamponnet d'ouate enduit d'une pommade (pommade au calomel, à r gramme pour 10 ; — pommade au sousnitrate de bismuth } à 4 grammes pour 10; — pommade à l'iodoforme, à i, 2, 3 grammes pour 10.)
Quant aux chancres internes, ils ne sont pas susceptibles de pansement, car tout corps étranger déposé à leur surface devient une cause d'irritation violente pour l'œil. On les laissera donc sans pansement, en se bornant à prescrire ceci :
Bains locaux, dans une œillère; — fomentations, fréquemment répétées, avec une solution émolliente (camomille ou guimauve), employée tiède ou chaude; — pulvérisations émollientes; — lotions avec eau boriquée, en vue de prévenir les infections secondaires, etc.
Y a-t-il quelque avantage à saupoudrer ces chancres de temps à autre, comme on l'a conseillé, avec du calomel, de l'oxyde jaune ou de l'iodoforme; — ou bien à pratiquer sur eux quelques onctions avec la vaseline, la vaseline boriquée ou telle autre pommade (pommade au calomel, à 1 oxyde jaune1, à l'iodoforme, etc., etc.)? Je ne vois pas qu'une expérimentation suffisante se soit prononcée à ce sujet. Quant à moi, sans vouloir juger la question, je crois, d'après ce que j'ai vu, que le mieux est de ne pas toucher aux chancres internes.
t. H importe, on le suit, de s'abstenir de cette médication topique mercurielle alors qu'on administre dans le même temps L'iodure de potassium à l'intérieur. Ce dernier sel, en effet, s'élimine par les larmes et pourrait déterminer in situ la formation d'un bi-iodure mercuriel très irritant pour la muqueuse oculaire.
CIIANCKKS DK L'OEIL.
Tous les topiques que j'ai mis en usage m'ont semblé les irriter; et je me suis toujours trouvé mieux de ne rien faire que d'intervenir localement par les poudres ou les pommades.
Quant aux attouchements avec la solution de nitrate d'argent ou avec le crayon, ils sont sévèrement proscrits parla majorité des ophthalmologistes. D'après leur dire, ces cautérisations seraient « toujours nuisibles », et ils leur attribuent la plupart des accidents qui se sont parfois produits à la suite de certains chancres oculaires. Je laisse à qui de droit la responsabilité de cette opinion, qui me semble un peu sévère.
Enfin, on a proposé, en vue d'éviter les adhérences, d'interposer de petites mèches dans les culs-de-sac conjonctivaux. Rien de mieux, si ces mèches étaient tolérées ; mais elles sont vraiment intolérables. En sorte qu'on est forcé presque toujours de se borner a de simples interpositions de substances graisseuses, en surveillant la marche du processus cicatriciel et en détruisant les adhérences vicieuses dès qu'elles menacent de se produire.
Je ne parle pas du traitement des complications possibles, parce qu'il n'offre rien de spécial. Ces complications seront combattues par les méthodes usuelles (fomentations chaudes, antiphlogistiques , sangsues, atropine, au besoin scarifications sur le chémosis, etc.).
Chancre Ai/phiZUigue de la faxe.
CIIANCHES EXTRA-GENITAUX. 2'ï:
CHANCRES DU VISAGE
Les autres chancres faciaux dont il me reste à vous parler ne sont pas très communs. Je n'en trouve, dans ma statistique de ville, que 4o cas, alors (pour prendre deux termes de comparaison) que les chancres des lèvres y figurent pour 3a8 cas et ceux de la langue pour 53.
Ces chancres occupent le menton; — les joues; — le nez; — les tempes; — et le front.
Leur degré de fréquence relative se trouvera, je crois, à peu près justement exprimé par la statistique suivante, dressée d'après mes chiffres personnels et les ohservalions de mon service de Saint-Louis (pour quelques années) :
Chancres du menton 54
— de la joue 24
— du nez i3
du Iront a
— des tempes 1
Total 94
Donc, de tous ces chancres, le plus commun, et de beaucoup, est celui du menton, puisqu'à lui seul il est notablement plus fréquent que tous les autres réunis (dans la proportion de 54 à 40)1-
r . Il lient de même le premier rang, et de beaucoup, dans les statistiques réunies de Neumann, Pospelow, Salsotto, Reboul et Peter :
Chancres du menton i3
— de la joue 5
->■->. -\ CHANCIIES DU VISAGE.
Étiologie. — Les conditions éliologiques des chancres du visage sont — à cela près d'une seule, sur laquelle j'insisterai en temps et lieu — celles qui président à la genèse de la plupart des chancres que nous avons étudiés précédemment. Je ne ferai donc que les énumérer d'une façon sommaire.
I. — Dans un très grand nombre de cas, la contagion est directement portée sur le visage; et cela de deux façons : soit par les organes génitaux, soit par la bouche.
i°La contagion gênito- faciale (dénomination qui me dispensera de descriptions plus explicites) est assez commune de la femme à l'homme. C'est elle dont procède assez fréquemment le chancre du menlon, voire celui du nez. — Exemple : un malade, cité par le Dr Poncet, ne dissimulait en rien avoir contracté de cette façon un chancre du bout du nez.
Pour quelques cas, aussi rares qu'immondes, la contagion faciale a pu dériver, chez la femme, d'un contact avec l'organe viril. Une fille publique avouait « qu'en état d'ivresse elle s'était exposée à contracter de la sorte la syphilis de son amant ».
2° Mais, d'une façon infiniment plus fréquente, c'est la bouche qui porte la contagion à la face; — et cela par le baiser, et cela, ici comme ailleurs, par toute espèce de baiser.
Très nombreux dans la science sont les cas où l'on a vu des chancres de toutes régions du visage dériver du baiser.
Ricord, par exemple, a relaté dans ses fameuses Lettres sur la syphilis l'histoire d'un de ses confrères qui contracta un chancre de la joue pour avoir été embrassé sur ce point par une de ses clientes « syphilitique et reconnaissante ».
Cette même contagion par le baiser figure dans plus