CONTAGION PAU LE BAISER
d'une vingtaine de mes observations personnelles comme origine de chancres de la joue, du menton, du nez, du front, etc.
Pour la grande majorité de ces cas, le baiser contaminant a été celui de l'amour, celui qui s'échange entre époux ou amants. Mais je répète — et j'ai besoin de répéter, vous savez pour quels motifs — que le baiser simplement affectueux ou même indifférent, banal, suffît amplement à la contagion.
J'ai vu, de la sorte, un fils infecter sa mère, et un frère infecter sa sœur. Et de même pour tant d'autres exemples de ce genre qui pullulent dans la littérature médicale.
J'ai vu encore — et il y aura peut-être quelque utilité à citer ce cas spécial — une jeune mariée, fille de la plus honorable famille et, pour sa part également, inaccessible au soupçon, contracter la syphilis du fait de ces embrassades multiples que reçoit obligatoirement toute mariée après la célébration de l'office religieux. Quatre semaines exactement après le jour de ses noces, elle se trouva affectée sur une joue d'un bouton croûtelleux à propos duquel je fus consulté et qui n'était autre qu'un chancre syphilitique. Son mari, sur lequel retombait naturellement une grave suspicion, protestait de son innocence et voulut être examiné. Je l'examinai — cela à maintes reprises — et le trouvai toujours sain. Enquête minutieusement instituée, il resta démontré (aussi rigoureusement qu'un fait de ce genre est démontrable) que cette jeune femme n'avait pu contracter la contagion que le jour de son mariage, où elle avait été embrassée à la sacristie « par plus de cent personnes, connues ou inconnues d'elle ».
I^es enfants, voire les tout jeunes enfants, ont été
FOURRIER, — Chancres extra-oénit. I!»
CI1ANCI1ES DU VISAGJÎ.
maintes fois victimes de contagions de ce genre au visage. Exemples :
Une petite fille de neuf ans fut contaminée de la sorte au niveau de la joue par l'un de ses cousins, jeune homme de vingtans, quiétait affecté à ce moment de syphilis secondaire avec plaques muqueuses labiales etamygdaliennes.
Il y a quelques années, un fait de même ordre a été observé dans notre service. Le voici en deux mots : Une nourrice, récemment infectée au sein par un nourrisson syphilitique, nous arrive avec son enfant encore indemne. Nous faisons aussitôt suspendre l'allaitement et recommandons instamment à cette femme de ne plus embrasser son enfant, en raison des dangers de contagion auxquels elle pourrait l'exposer. Tout marche au mieux pendant les quelques mois que cette femme passe avec nous. Puis elle nous quitte, non sans recevoir encore les mêmes avertissements qu'elle jure bien d'observer. — Quelques mois plus tard, elle nous revient avec son enfant, sur lequel nous découvrons un chancre non douteux du menton. Qu'était-il donc arrivé? C'est que, n'ayant plus eu d'accidents et se croyant guérie, cette femme n'avait plus résisté à ce besoin si naturel d'embrasser son enfant; et quelle mère, en effet, résisterait indéfiniment à cette tentation? Malheureusement, elle avait été reprise de syphilides labiales, qu'elle avait considérées, bien que prévenue, pour de simples « gerçures des lèvres ». Et c'est bien sûrement de ces syphilides qu'avait procédé la contagion.
Enfin, nombre de fois, la contamination bucco-faciale s'est exercée de l'enfant à l'enfant, en raison de l'habitude qu'ont les enfants de s'embrasser entre eux. Ainsi, Sturgis a relaté le cas d'un enfant syphilitique de vingtdeux mois qui, toujours par l'intermédiaire du baiser,
CONTAGION PAR MOUSUUE, SPUTATiON, SUCCION. 22n
communiqua la syphilis à sa sœur aînée, âgée de six ans, sous forme d'un chancre induré de la joue. — J'ai vu de même un bébé de deux ans, affecté de syphilides buccales, contaminer un de ses petits camarades, âgé de trois ans, en l'embrassant sur la joue.
En d'autres cas — mais ceux-ci infiniment plus rares et vraiment exceptionnels — la contagion a dérivé soit de la morsure, soit de la sputatiori, soit de la succion pratiquée dans un but thérapeutique.
C'est ainsi qu'un de nos malades a été affecté d'un chancre de la joue consécutivement à une morsure. S'étant pris de querelle avec des ouvriers Italiens, il en vint aux mains et, dans la lutte, fut mordu à la joue par l'un de ses adversaires. Sur l'emplacement même de la morsure se produisit un chancre, trois à quatre semaines ultérieurement1. — On a cité de même des cas de chancres du nez et du sourcil qui avaient dérivé de morsures2.
Un de nos confrères a été affecté d'un chancre de la joue, dont l'origine (ainsi qu'il me L'a affirmé bien des fois) ne pouvait rigoureusement provenir que d'une contamination hospitalière. Quatre semaines avant l'éclosion de ce chancre, il lui était arrivé, à l'hôpital, de recevoir d'une de ses malades et en pleine figure une projection de salive, au moment où il lui cautérisait des plaques muqueuses de la gorge.
Enfin, Anderson a relaté le fait suivant : Un homme est atteint à la joue par un coup violent qui détermine
i. V. mémoire précité de Lavérgne et Perrin, Ann. dederm. et de syph., 1884. — V. demêmeLesage, Chancre par morsure, Thèses de Paris,, i885.
a. V., comme exemple, une observation recueillie par M. Morel- Lavallée dans le service du D' Siredey [Chancre syphilitique du sourcil (par morsure dans une dispute), Ann. de derm. et de sypli., 188G.
CHANCRES DU VISAGE
une excoriation immédiate et, en plus, un épancheraient de sang. Un de ses amis, malheureusement affecté à cette époque de plaques muqueuses buccales, lui pratique une succion sur la plaie dans Je but d'aspirer le sang. Résultat : contamination de la plaie, et développement d'un chancre in situ,
IL — En second lieu, la contagion a été quelquefois portée à la face d'une façon indirecte, et cela le plus souvent par les doigts imprégnés du conlage spécifique.
Un médecin m'a raconté (et sa bonne foi ne m'est pas douteuse) s'être contagionné de la sorte à la joue. Il portait dans la barbe « une sorte de petite verrue » qu'il s'écorchait sans cesse, machinalement, et cela « aussi bien à l'hôpital que n'importe où ». Un beau jour, l'écorchure consécutive à l'arrachement de cette petite verrue dégénéra en un chancre qui fut suivi de syphilis.
Un cas observé par le Dr de Chapelle se résume en ceci : Un ouvrier se blesse à la joue. Le même soir, il a rapport avec une fille publique, laquelle, quelques jours plus tard, entrait à l'hôpital pour des plaques muqueuses vulvaires. Quelques semaines après, cet homme se trouve affecté d'un chancre de la joue, au niveau même de sa blessure, que très certainement il s'était inoculée avec ses doigts imprégnés de sécrétions vulvaires1.
III. — D'autres fois, la contagion s'est exercée d'une façon médiate, par l'intermédiaire de n'importe quel