‹ Les chancres extra-génitaux [electronic resource]Chapitre 54 sur 132 · I. V. Reboul, Thèses de Bordeaux, i8<ja · texte numérisé non relu

I. V. Reboul, Thèses de Bordeaux, i8<ja

CONTAGION MÉDIATE. 22p

objet (serviette, mouchoir, compresse, éponge, linge de pansement, etc.), voire, a-t-on dit, par un masque.

Un père et un fils, raconte C. Pellizzari, se servaient d'une même serviette pour leur toilette. Mais le père ne faisait pas seulement usage de celte serviette pour se laver le visage; avec elle aussi il se lavait la verge, où il portait un chancre syphilitique. Si bien qu'en se débarbouillant avec le même linge, Je fils contracta deux chancres de la joue.

Le même auteur a encore cité le fait suivant : Un homme marié, qui venait de contracter un chancre du menton, continuait à faire lit commun avec sa femme. Une nuit, son pansement se déplaça, et cela si malheureusement qu'il tomba sur la joue, puis de là sur le cou de sa femme, laquelle fut contagionnée sur ces deux points

Cas plus curieux encore, récemment relaté par le Dr Monnet. — Dans un taudis effroyable de malpropreté vivait un ménage des plus misérables, composé du père, de la mère et de trois jeunes enfants. La mère, femme de mœurs plus que légères, vint à contracter la syphilis. Naturellement elle la transmit à son mari. Mais, en outre, elle la transmit aussi à ses trois enfants, et comment cela? Par l'intermédiaire d'une loque immonde qui servait de débarbouilloir à toute la famille et que, faute d'eau, elle mouillait avec sa salive pour nettoyer la figure des enfants. — A noter, à la vérité, que ces trois enfants étaient tous affectés d'impétigo facial, ce qui constituait une porte d'entrée pour le contage. Toujours est-il que tous trois furent infectés. Le plus jeune contracta en pleine joue un chancre induré énorme,

i. Délia transmissioiie accidenlale dalla sifilide, Giornale ital. délie mal. ven., 1882. — Analyse dans les Àun. de demi, et de syp/t., i883, t. IV.

CHANCRES DU VISAGE

suivi d'une syphilis grave à laquelle il succomba. Les deux autres furent affectés de chancres labiaux1.

IV. — Mais j'ai hâte d'arriver à un mode de contamination spéciale à la face, à savoir la contamination par le rasoir.

La littérature médicale contient une foule de cas relatifs à des transmissions de ce genre, cas où des chancres de diverses régions faciales (menton, joues, lèvres, etc.) ont été rapportés comme étiologie à l'usage du rasoir banal, du rasoir que l'on trouve chez le coiffeur et qui sert à tout venant.

Que, pour un certain nombre de ces observations, la démonstration de cette origine infectieuse spéciale n'ait pas été rigoureusement faite, je n'en disconviendrai pas. Toutes ces observations, en effet, ne sont pas parfaites, loin de là. Mais, d'ailleurs, comment le seraient-elles? La démonstration de la « culpabilité » d'un rasoir ne peut jamais être établie, on le conçoit de reste, avec une certitude mathématique. Elle ne repose et ne saurait reposer que sur deux considérations de clinique et d'anamnèse, à savoir : i° coïncidence chronologique à terme voulu entre une rasure suspecte et la production d'un chancre facial; — 2° absence absolue d'autres causes possibles de contamination. Exiger plus, c'est récuser à l'avance et de parti pris toutes les contagions de cet ordre, car c'est réclamer des preuves qui, sauf exceptions rarissimes et extraordinaires, ne sont pas de nature à pouvoir être produites. Allez donc remonter (qu'on me pardonne celte façon de dire) dans le passé d'un rasoir, pour établir s'il a pu servir ou non chez

i. Trois cas de cn/ilamiriatinn iiufiircte tic syphilis. Journal dos mal. eut. et syph., i8<)i, t. III, p. afi5.

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