CHANCRES DU VISACR
hier de village, soit clans les « salons » des coi (leurs de la capitale, est-il lavé et purifié après chaque opération? Très généralement, non ; chacun de nous sait à quoi s'en tenir sur ce point. Puis, quand ce lavage est (ait, comment est-il fait? Y procède-t-on avec cet ensemble de précautions minutieuses, méticuleuses, qui sont rigoureusement indispensables à l'élimination des germes? Le rasoir est-il jamais flambé, passé à l'alcool? Une antisepsie vraie est-elle jamais réalisée en pareille circonstance? Inutile de répondre à de si indiscrètes questions.
De là, en définitive, cette double conclusion : i° Que la rasure faite avec le rasoir banal, avec le rasoir qui sert à tout venant, expose nécessairement, forcément, à des risques de contamination syphilitique s'exerçant sur le visage.
2° Qu'il n'est donc rien d'étonnant à ce que des contagions de cet ordre, en l'absence de précautions suffisantes à les conjurer, se soient maintes fois produites; — comme, du reste, elles continuerontà se produire si l'indifférence du public continue à laisser aux coiffeurs l'initiative de précautions hygiéniques et antiseptiques qu'il ne rentre guère dans leur compétence d'imaginer et de réglementer- Nombre de maladies sérieuses — à commencer par la trichophytie, la pelade et la syphilis — sortent des officines des barbiers coiffeurs. Donc, peut-être bien y aurait-il, pour la protection du public, autre chose à faire que de ne rien faire, ce qui constitue la seule prophylaxie du jour.
V. — Enfin, un dernier point me reste à mentionner. Tl n'est pas très rare que l'origine de certaines contami-
CONTAGIONS d'oRIGINE IGNOREE.
nations faciales reste absolument ignorée, impénétrable, en dépit de tous les efforts institués pour la découvrir, en dépit des enquêtes les plus complètes et les plus minutieuses.
Exemple du genre, que j'ai eu l'occasion d'observer, il y a une douzaine d'années, dans ma clientèle.
Un jeune lycéen d'à peine dix-sept ans, presque un enfant encore de par la taille, l'absence de développement et les goûts, vient à être affecté d'une lésion singulière, tantôt ulcérative et tantôt croûteuse, large comme une pièce de cinquante centimes environ, et siégeant au-devant de l'oreille, à r.n centimètre du tragus. Je suis mandé à ce propos par le médecin de la famille qui, après des hésitations bien naturelles, en était arrivé à « suspecter là quelque chose de très extraordinaire et de fâcheux ». Je reconnais dans cette lésion un chancre typique, avec son induration usuelle, son adénopathie satellite, etc.; et en effet, soit dit immédiatement, c'était bien un chancre dont il s'agissait, ainsi que le démontra l'évolution ultérieure.
Grand émoi dans la famille à l'énoncé de ce diagnostic, auquel d'abord on ne veut pas croire, mais qui se trouve bientôt confirmé. Alors on s'inquiète, on s'informe, on établit une enquête. Le jeune homme déclare n'avoir jamais eu de rapports, n'avoir même jamais été embrassé par une femme ni par aucune personne étrangère à sa famille. Le père, cependant, prétend bien « en avoir le cœur net », et veut que je l'examine, lui et toutes les personnes de sa maison, sa femme, ses bonnes, son domestique, etc. Je trouve tout ce monde sain. D'autre part, pas de contagion possible par le rasoir (notre jeune homme étant encore imberbe), non pins que par les objets de toilette, qui lui
CHANCRES I)U VISAGE
sont rigoureusement personnels, etc., etc. Bref, toutes les conjectures imaginables sont ('puisées les unes après les autres, et, en dépit de tous nos efforts, l'enquête finit par rester muette. Et telle elie est toujours restée. Car, depuis lors, je n'ai pas cessé d'être le médecin de ce jeune homme, qui a bien acquis la trentaine aujourd'hui. Maintes fois la conversa lion est revenue entre nous sur l'origine de sa maladie; maintes fois je lui ai demandé s'il ne nous avait pas dissimulé quelqu'une de ces escapades qui sont familières aux collégiens, et toujours il a protesté de son absolue sincérité, toujours il m'a répondu qu'il en était encore à ignorer comment il avait gagné son mal. Suivant son expression, « ce maudit chancre lui est tombé du ciel ».
Eh bien, ce n'est pas là une histoire isolée dans le chapitre qui nous occupe. Nombre de fois, au contraire, on a vu l'origine de la contagion syphilitique du visage rester absolument ignorée, incompréhensible ; et cela non pas seulement sur des sujets pouvant avoir quelque intérêt à dissimuler, mais sur des sujets d'absolue bonne foi, n'ayant rien à cacher, rien à taire, cherchant euxmêmes à se renseigner sur le pourquoi et le comment de leur maladie.
Qu'est-ce que cela signifie, sinon, comme je vous l'ai déjà dit plusieurs fois, que ces contagions inexpliquées doivent certainement dériver, au moins pour un certain nombre de cas, de circonstances toutes fortuites, purement accidentelles et échappant à toute investigation rationnelle, à toute analyse étiologique, par cel.t même qu'elles relèvent uniquement du hasard? Alors, par exemple, qu'une de ces contagions procède d'une simple projection de salive sur le visage dans une conversation avec un sujet syphilitique, allez donc, même
CHANCRES FACIAUX DE l'eNFANCE. o.Zn
avec la plus parfaite anamnèse, retrouver trace d'un tel incident, qui peut n'avoir même pas été remarqué ,à l'instant où il s'est produit! Eh bien, ce n'est là qu'un spécimen, une variété de ces contaminations de hasard, multiples à l'infini, qui peuvent transporter le contage sur la face, en laissant mystérieuse, forcément, et à jamais mystérieuse, l'origine dont elles dérivent.
VI. — Enfin, comme complément à cette étiologie, il me reste à dire :
Que les chancres de la face, à l'instar du reste de presque tous les chancres, sont beaucoup plus communs chez l'homme que chez la femme;
Qu'ils s'observent surtout dans la jeunesse;
Mais qu'on les a signalés à tous les âges, voire aux extrêmes de la vie, chez le vieillard comme chez l'enfant, et même chez le tout jeune enfant.
Ace dernier propos, une remarque doit trouver place ici : c'est que les chancres du visage sont les chancres les plus fréquents de V enfance (i3 sur 26, dans ma statistique personnelle1). Il est à cela, d'ailleurs, de bonnes et multiples raisons que voici :
D'abord, l'enfant est « embrasseur » de nature et