Voici, en effet, ce que je trouve dans mes notes
CHANCRES EXTRA-GÉNITAUX OBSERVES CHEZ l'eNFANT \
Chancres des lèvres
— des joues
— du nez
— de l'œil (paupières)
— de la langue
— du cou
— de l'anus et de la re'gion périanale.
— du bras (vaccination)
Total. . . .
8 cas.
a G cas.
C1IANCUES UU VISAGE.
embrasse n'importe qui. — Réciproquement, l'enfant est embrassé plus souvent encore qu'il n'embrasse et, de même encore, embrassé par n'importe qui; car, ainsi que l'a dit Micbelet, « le petit enfant est fait pour le baiser, il l'attire, il le provoque ». Or, jugez à quels risques l'expose ce fâcheux privilège, étant donnée l'incroyable fréquence des syphilides buccales chez l'adulte. — D'autre part, les enfants s'embrassent souvent entre eux. — Puis encore, ils ont pour habitude de se prêter leurs joujoux, qu'ils ne manquent guère de portera leur bouche et de promener sur leur visage tout imbibés de salive. — Finalement, mais cela est plus rare, ils sont parfois contagionnés au visage par leurs nourrices. Exemple : un tout petit bébé contracta de sa nourrice, affectée de chancres mammaires, un chancre de la lèvre et un chancre de la joue.
Sans compter encore que ces chancres faciaux de l'enfance, dont on ne se méfie pas, sont devenus plusieurs fois (et par cela même qu'on ne s'en méfie pas) l'origine de petites épidémies familiales où parents et enfants ont été contaminés. Rollet, pour n'en citer qu'un exemple, a relaté l'histoire de toute une maisonnée qui fut infectée de la sorte. Un enfant de quinze mois, élevé dans sa famille, fut embrassé et contagionné à la face par une prostituée. On ne prit aucune précaution contre un mal resté méconnu. Et de là advint que l'enfant transmit la syphilis à sa grand'mère, à ses deux frères et à ses deux sœurs.
Cela dit sur l'éliologie, venons maintenant à l'étude clinique de ces chancres du visage.
Nombre. — Pour la grande majorité des cas, le chancre du visage est unique. Ce qu'on observe le plus
MULTIPLICITÉ POSSIBLE I>ES CHANCRES DU MENTON. 23y
souvent et de beaucoup est ceci, par exemple : un chancre du menton, un chancre de la joue, un chancre du nez, etc.
Il est à cela, cependant, d'assez nombreuses exceptions. Plusieurs fois on a signalé des chancres doubles ou même (bien plus rarement) triples sur le visage, comme dans les cas suivants, que je citerai à titre de spécimens : deux chancres du menton; — deux chancres de la môme joue (Tenneson) ; — deux chancres des joues, l'un à droite et l'autre à gauche; — deux chancres du nez; — trois chancres du menton; — trois chancres sur une joue, dans un cas que j'ai observé avec mon ami le Dr Barthélémy1; — etc.
Ici même se place une particularité des plus curieuses, consistant en ceci : grande multiplicité possible des chancres du menton. C'est ainsi qu'en plusieurs cas on a rencontré des chancres du menton singulièrement multiples. On en a compté sur cette seule région jusqu'à 4, 5, 6, 7 et même 8.
Brousse, par exemple, a relaté le cas d'un malade qui (probablement contaminé par le rasoir) présenta un chancre de la lèvre et six chancres du menton2.
J'ai traité en ville, l'an dernier, un jeune homme qui fut affecté de sept chancres de la région mentonnière.
Une pièce déposée par moi au musée de l'hôpital Saint-Louis reproduit les cicatrices sycosiformes de
i. Comme particularité intéressante, je mentionnerai que la jeune femme sur laquelle nous avons observé ces trois chancres de la joue était affectée d'une acné rosée des plus intenses. Il est donc à penser que l'état morbide des téguments, mal défendus par un épidcrme eu exfoliation permanente, a dû favoriser l'inoculation, eu offrant au contage des « portes d'entrée », des voies de pénétration pour ainsi dire préparées et ouvertes.
?.. V. Annales de demi, et de s/pli., 1891, p. 33o.
ciiANcnus du visage.
huit chancres du menton qu'a présentes L'un de nos malades1. — Et ainsi de suite.
Comment interpréter cette multiplicité singulière de l'accident spécifique initial sur cette région? Vraisemblablement elle doit dériver des petits traumatismes qu'y produit la rasure, de la môme façon que la multiplicité assez usuelle du chancre pénien chez les galeux s'explique parles traumatismes cutanés de l'acare et du grattage2. 11 y a là, me semble-t-il, un rapprochement qui s'impose.
On dira peut-être : mais, cette même multiplicité du chancre ne s'observe pas à la joue, sur laquelle passe cependant le rasoir. C'est très vrai ; mais remarquez que la joue, région plane, est bien mois sujette à être excoriée par le rasoir que le menton, région convexe et vallonnée. Chacun sait que la rasure est bien autrement facile à la joue qu'au menton; on s'écorche rarement à la joue et fréquemment au menton avec le rasoir.
D'ailleurs, l'interprétation que je propose n'est qu'une hypothèse, et je ne la produis que sous toutes réserves.
Formes cliniques. — En leur qualité de chancres cutanés, les chancres du visage affectent les modalités objectives propres à tous les chancres de la peau, n'importe le siège.
C'est dire, tout d'abord, qu'ils se divisent, comme d'usage, en deux grands groupes relativement à leurs apparences objectives. Tantôt ce sont des chancres