CHANCRE ÉROS1F. CHANCRE ULCEREUX
A ce dernier point de vue, notons expressément un fait bien souvent remarqué en clinique, à savoir : que certains chancres du visage se dénoncent tout aussitôt, se dénoncent à première vue en tant que chancres, rien que par leur belle teinte carminée ou ce chair musculaire », teinte tout à fait spéciale et significative en nombre de cas. Pour vous en convaincre, Messieurs, parcourez à notre Musée la galerie des chancres syphilitiques, et vous m'accorderez qu'il n'est pas d'exagération à ce que je viens de dire.
B. — Dans la modalité ulcéreuse \ ce qu'on observe au contraire consiste en une entamure tégumentaire; — plus ou moins excavée suivant les cas; — en général demi-creuse et n'affectant qu'une partie du derme; — mais parfois décidément creuse, profonde de 2, 3, 4 millimètres, et semblant alors intéresser toute la peau, voire plus que la peau, tandis qu'en réalité elle s'en tient à l'épaisseur du néoplasme pathologique; — rouge de fond; — quelquefois cependant un peu jaunâtre ou même (ce qui est très rare) tout à fait jaune, comme sur la pièce n° 857 de notre musée2 ; — quelquefois aussi polychrome.
Ici, deux variétés possibles en tant que configuration de l'ulcère, à savoir :
i° Variété cupuliforme, où le fond du chancre dessine une entamure cutanée plus ou moins creuse, descendant en pente douce de sa périphérie vers son centre* et rappelant ainsi l'aspect d'un godet, d'une cupule. Dans ce type, pas de surélévation notable des bords, pas de
i. V., au Musée de Saint-Louis, les pièces portant les n°" 198, 711* 4i3, 857 (Coll. gén.), etc. —V. de même photographie 118 (Coll. par* ticulière).
?.. Collect. générale.
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bourrelet périphérique en couronne, faisant relief autour de l'ulcère.
2° Variété dite en lampion, où s'ajoute à la configuration cupuliforme un exhaussement de bords constituant autour de l'ulcère un bourrelet surélevé, une couronne saillante. En sorte que d'ensemble la lésion reproduit tout à fait l'aspect bien connu du vieux lampion des fêtes publiques.
Caractères communs à ces deux formes. — Dans l'une ou l'autre de ces formes, c'est-à-dire qu'ils soient érosifs ou ulcéreux, les chancres du visage se signalent encore par divers caractères qui leur sont communs, à savoir :
i° Par leur qualité de lésions bien circonscrites et nettement délimitées)
2° Par leur configuration tendant d'une façon systématique, manifestement voulue (passez-moi le mot), au type circiné, orbiculaire ou ovalaire;
3° Et surtout, par leur induration de base. Insistons sur ce dernier point.
L'induration n'est pas seulement pour les chancres de la face un attribut très habituel et l'on peut même dire constant; elle en est, de plus, en général, un attribut fortement accentué. Sur n'importe quelle région de la face (menton, joues, nez, front, etc.), le chancre syphilitique se présente presque invariablement avec une assise résistante, très distincte, facilement saisissable entre les doigts, visible même parfois de par son exubérance, et nettement accusatrice. — Je précise.
Rares, très rares même sont les cas où cette induralion se réduit à sa variété superficielle et rudimenlaire, dite foliacée ou papyracée.
Le plus souvent, au contraire, elle se présente sous
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la forme parcheminée, en constituant sous l'érosion ou l'ulcération chancreuse un ménisque plus ou moins épais, lequel donne aux doigts la sensation connue sous le nom de « carte de visite ».
Souvent même elle revêt une forme plus accentuée encore, de par l'existence sous le chancre d'une assise néoplasique exubérante, nodulaire, globuleuse, considérable même en quelques cas, jusqu'au point de constituer une sorte de tumeur sous-chaiicreuse à dureté cancroïdienne, chondroïde, presque ligneuse.
Si bien qu'au total on peut dire ceci : De toutes les régions du corps, la région faciale est à coup sûr l'une de celles où l'induration spécifique du chancre se formule le mieux, souvent même avec une réelle exubérance, et se traduit cliniquement de la façon la plus significative. — Ai-je besoin d'ajouter quel profit le diagnostic peut tirer d'un tel symptôme?
Variétés. — Très nombreuses et comportant, au moins pour quelques-unes, un grand intérêt clinique.
I. — Un mot, d'abord, sur les variétés d'étendue et d'importance objective :
i° 11 est des cas où le chancre facial se réduit aux proportions d'une petite et presque insignifiante lésion. C'est alors quelque chose comme un herpès encroûté, comme un petit placard d'eczéma ou d'impétigo.
Dans ces formes bénignes, insidieuses par excellence, le chancre se présente comme il suit : d'abord, petit, exigu comme proportions, atteignant tout au plus cinq à six millimètres de diamètre; — en second lieu, superficiel, absolument superficiel, plus semblable à un « bobo » (suivant l'expression habituelle des malades) qu'à une lésion quelque peu sérieuse; — recouvert
CHANCRES DU VISAGE
d'une croûtelle très mince) — à peine rénitent de base, tout au plus doublé d'une mince lamelle foliacée. — Enfin, il évolue rapidement et disparaît en trois à quatre semaines, quelquefois môme plus hâtivement encore.
Exemple du genre : Un enfant est confié dès sa naissance à une nourrice d'apparence saine, sur laquelle se produisent bientôt deux chancres au pourtour d'un mamelon. Il est infecté, et, quelques semaines plus tard, apparaissent sur lui deux chancres, à savoir un chancre de la lèvre supérieure et un chancre de la joue. Or, ce dernier, que j'ai suivi pendant toute son évolution, ab ovo ad fine m, est toujours resté extraordinairement bénin. J'affirme, d'abord, qu'il n'a jamais dépassé comme étendue les proportions de ce qu'on appelle une belle lentille. A l'origine, il n'était représenté que par une petite croûtelle brunâtre à fleur de peau. Pansé, il est devenu une lésion érosive, mais aussi superficiellement érosive que possible; on eût dit l'érosion d'un herpès. D'autre part, à peine si sa base, que j'ai cent fois explorée avec grande attention, présentait un très léger degré de rénitence foliacée, minime, pour ainsi dire insignifiante, et à laquelle il eût été vraiment téméraire d'accorder une signification diagnostique. — Enfin, ce chancre ou cet embryon de chancre se cicatrisa en une quinzaine.
Tel peut être le chancre facial. Mais je n'hésite pas à le déclarer très rare sous cette forme, surtout au degré si atténué et si fruste du dernier exemple que je viens de citer.
2° Bien plus souvent, ce chancre est une lésion d'une tout autre allure. D'habitude et dans les formes de beaucoup les plus communes, c'est une lésion vraie, d'ini-
CHANCRE HYPERTROPHIQUE. 2^
portance moyenne, variable d'étendue entre les proportions d'une pièce de cinquante centimes et celles d'une pièce d'un franc.
3° Enfin, le chancre facial est quelquefois ce qu'on peut appeler un grand chancre1, un chancre sérieux d'apparence, sinon en réalité. — Exceptionnellement, ce peut être un chancre de vaste étendue.
Ainsi, il n'est pas très rare de rencontrer (comme sur l'un de mes clients actuels) des chancres du menton comparables à une pièce de deux francs ou même de cinq francs.
Nous avons eu ici, ces dernières années, un malade affecté d'un chancre orbiculaire de la joue qui avait exactement le diamètre d'un vieil écu.
Sur l'un de nos malades actuels, un chancre de la région parotidienne régulièrement ovalaire, mesure exactement cinq centimètres en hauteur sur trois centimètres et demi comme diamètre horizontal2.
Le Dr Pauly (de Lyon) a relaté l'observation d'un chancre du front qui (à la vérité consécutif à un violent traumatisme) présentait l'étendue « de la paume de la main3 ».
H. Chancre hypertrophique. — Jusqu'ici, rien de bien particulier, car les chancres de toutes régions présentent des variétés d'étendue et d'importance identiques à celles dont je viens de parler.
Mais voici, en revanche, une forme morbide qui, sans être exclusive au chancre de la face, lui est cepen-
1. V., au Musée de Saint-Louis, les pièces n" 286, 824, 711 (Collect. génér.), etc. — V. de même photographie u° 118 (Coll. partie).