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V. Lyon médical, 3 janvier

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dant assez familière pour s'observer avec lui plus communément qu'avec les chancres de n'importe quelle autre région. C'est la forme dite hypertrophique, à laquelle, conséquemment, je dois une description détaillée.

Très fréquemment le chancre facial est ce qu'on appelle un gros chancre, c'est-à-dire un chancre faisant relief, voire parfois, et cela sans la moindre exagération, faisant tumeur.

Ainsi, l'on rencontre sur le visage, au menton notamment et sur les joues, des chancres volumineux qui, bombés, surélevés au-dessus des téguments, constituent de véritables tubérosités, comparables comme volume à une moitié de cerise, à une olive, à une datte, voire à un segment de prune, à une moitié d'abricot. Nombre de cas de cet ordre ont été décrits dans des observations particulières sous les dénominations expressives de « chancre saillant, chancre papulo-tuberculeux, chancre tubéreux, chancre bombé, condylomateux, proéminent, protubérant, chancre en monticule, en plate-forme, etc.fl». Plus couramment, celte modalité singulière est désignée de nos jours sous le nom de « chancre hypertrophique » que nous lui conserverons.

Ainsi que je vous le disais à l'instant, cette modalité hypertrophique est plus habituelle aux chancres du visage qu'à toute autre localisation de l'accident spécifique initial. De cela, d'abord, voici la preuve, que je tiens à vous donner. Dans une intéressante monographie sur les chancres de cet ordre1, le Dr Zwetitch a réuni dix-neuf observations de chancres de tout siège ayant présenté cette forme hypertrophique. Or, parli-

i. Zwclilch, Sur le chancre syphilitique hypertrophfquet Thèses de Paris, i884-

CHANCRE HYPERTROPHIQUE.

cularité déjà curieuse, sur ces dix-neuf observations, dix-huit sont relatives à des chancres extra-génitaux; — et, de plus^sur ces dix-huit cas, treize (remarquez bien celte proportion qui, au pourcentage, représente 72 à 73 pour 100), treize, dis-je, concernent précisément des chancres du visage, à savoir :

5 cas.

i3 cas.

De tels chiffres sont assez significatifs par eux-mêmes pour n'avoir pas besoin de commentaires.

Pourquoi celte prédilection de la modalité hypertrophique pour les chancres du visage? C'est là un fait dont la raison nous échappe absolument, mais qui n'en est pas moins des plus intéressants et des plus curieux à enregistrer.

Venons maintenant à la clinique.

Objectivement, la modalité hypertrophique du chancre est constituée par ceci : un relief plus ou moins considérable de la lésion.

Le chancre hypertrophique est donc, avant tout, ce que j'appelais tout à l'heure en langage familier un gros chancre. Or, pas n'est besoin que ce gros chancre soit en même temps un grand chancre. L'étendue est indifférente en l'espèce. On rencontre, en effet, des chancres hypertrophiques de petit ou moyen diamètre tout aussi bien que de diamètre plus considérable. Ainsi, on voit parfois des chancres faciaux qui, ne dépassant pas comme surface la coupe d'une cerise, constituent audessus des téguments un mamelon au moins égal à une

Chancres des lèvres

— du menton

— de la joue.

— du nez. .

CHANCRES DU VISAGK.

moitié de cerise. Plus souvent, à la vérité, ce sont de grands chancres qui affectent cette modalité.

Ainsi que vous l'avez compris à l'avance, ce chancre hypertrophique n'est rien autre qu'un chancre à néoplasme exubérant, lequel se projette hors la peau sous forme d'une saillie, d'un mamelon, d'un monticule. C'est donc, au total, un chancre exhaussé, mais considérablement exhaussé.

Or, le volume, le relief, la configuration, l'état de surface de ce mamelon chancreux sont naturellement variables suivant les cas. Expliquons-nous sur tous ces points.

Le volume nous est déjà connu par ce qui précède. Quant au relief, il peut ne pas dépasser trois ou quatre millimètres; mais souvent aussi il atteint six, sept et huit millimètres. On l'a vu s'élever jusqu'à un centimètre et plus, auquel cas le chancre fait véritablement tumeur, sans que ce terme ait rien d'exagéré. — Ajoutez d'ailleurs que le relief réel du chancre peut encore être accru par la croûte qui lui sert de coiffe ou de couronnement.

En tant que configuration générale, deux variétés : tantôt le mamelon chancreux se présente régulièrement convexe, à la façon d'un segment de sphère (chancre dit en cabochon1); — et tantôt il émerge des téguments avec des bords presque verticaux, pour s'aplanir à une certaine hauteur et constituer ainsi une sorte de plate-forme (chancre hypertrophique en plateau*).

Sous l'une ou l'autre de ces formes, ce mamelon du chancre offre au palper une rénitence des plus accen-

i. V., au Musée de Saint-Louis, les pièces n" 374 (Coll. gêner.) et 4o5 (Coll. partie).

3, V., au Musée de Saint-Louis, la pièce n° 999.

CHANCRK HYPERTROPHIQUE. 0,5 1

tuées, souvent chondroïde ou cancroïdienne, parfois même presque ligneuse.

C'est à la surface de ce mamelon que se fait la plaie du chancre. Or, dans la forme en papule ou en cabochon, celte plaie, c'est-à-dire la dénudation dermique, occupe toute la saillie néoplasique, de sa circonférence à son centre. — Au contraire, dans la forme en plateau, elle se limite généralement à ce plateau même, en respectant ses bords. Très souvent, même, elle laisse intacte, à la circonférence du plateau, une zone circulaire d'un à deux ou trois millimètres. En sorte qu'elle apparaît comme encadrée par cette zone de tissus sains, ce qui a valu à cette variété le nom de chancre hypertrophique en médaillon.

Enfin, la surface de ce mamelon se présente ou bien recouverte d'une croûte, et d'une croûte généralement assez épaisse, brunâtre, brun verdâtre, quelquefois presque noire; — ou bien à découvert, sous forme d'une plaie. Et alors celte plaie n'est pas toujours ce qu'on serait tenté de la supposer a priori, j'entends qu'elle n'est pas toujours en harmonie, comme importance de lésions, avec le gros néoplasme qui lui sert de base. Ainsi :

Parfois, ce que l'on constate à la surface de ce néoplasme consiste simplement en une érosion, voire en une érosion superficielle, d'allure étrangement bénigne, ne laissant donc pas de faire contraste avec le caractère malin de l'infiltrat sous-jacent.

Et d'autres fois, au contraire, le mamelon du chancre li\ perlrophique devient le siège d'un processus véritablement ulcéreux, lequel comporte différents degrés.

Le plus souvent ce processus se borne à entamer la surface du néoplasme dans une profondeur d'un à

CHANCRES DU VISAGE

deux millimètres. — Quelquefois, cependant, il constitue des ulcérations notablement plus excavées. — Enfin, en certaines formes beaucoup plus rares, il devient, au sens propre du mot, térébranl, c'est-à-dire qu'il creuse dans le bloc du néoplasme de véritables cavernes ou géodes, mesurant jusqu'à 6, 8, 10 millimètres de profondeur. Sous cet aspect, la lésion prend alors une ressemblance objective des plus frappantes avec les syphilides tuberculo-ulcéreuses de la période tertiaire; et ce n'est pas, à coup sûr, un fait peu surprenant que de voir ainsi le chancre, accident initial et exorde même de la vérole, revêtir la physionomie d'une manifestation tertiaire.

Alors qu'un processus ulcéralif de cet ordre excave ainsi le chancre, on serait tenté (ce qu'on a fait maintes fois et à tort) de lui appliquer l'épithète de phagédénique. Ce n'est là cependant (sauf exceptions bien rares) que du pseudo-phagèdénîsme. Et, en effet, les chancres hypertrophiques qui s'ulcèrent de la sorte ne sont presque toujours que des chancres autophages, c'est-à-dire des chancres qui se rongent eux-mêmes, qui se dévorent eux-mêmes, et cela en respectant les tissus normaux. C'est leur néoplasme propre, à savoir un parenchyme morbide, qui leur sert presque exclusivement de pâture, tandis que les parties saines périphériques restent épargnées. La preuve en est — a posteriori— que ces chancres profondément ulcératifs ne laissent le plus souvent à leur suite que des cicatrices absolument disproportionnées avec ce qu'elles devraient être si le processus destructeur s'était exercé aux dépens des tissus normaux. On s'attendrait à voir succéder à de tels chancres des cicatrices larges, creuses, dépri-

CHANCRE HYPERTROPHIQUE.

mées, difFormes, etc., el l'on n'est pas médiocrement surpris de n'avoir à observer à leur suite, en général tout au moins, que des cicatrices de moyenne étendue, relativement superficielles, voire à fleur de peau quelquefois et, au total, très ordinaires. Exemple : Sur l'un de mes malades de ville, un vaste chancre du menton, exubérant et profondément ulcéreux, n'a donné lieu qu'à une cicatrice large comme une pièce de cinquante centimes, plane, lisse, à peine déprimée, et vraiment peu apparente.

III. — Un mot, enfin, sur une dernière variété, celle-ci absolument exceptionnelle.

L'exubérance du processus néoplasique peut s'exagérer encore au delà de ce que nous venons de dire pour constituer alors des lésions tout à fait anormales, étranges, surprenantes, voire de véritables monstruosités par rapport au type usuel de l'accident spécifique initial. De telles lésions ne sont plus des chancres, en tant que physionomie objective, mais bien plutôt des tumeurs cutanées à surface ulcéralive.

Comme exemple, voyez cette belle pièce qui a été déposée au musée de notre hôpital par mon regretté collègue le professeur Trélat1. Elle représente deux chancres du menton, mais deux chancres vraiment extraordinaires, le mot n'a rien d'exagéré.

D'une part, en effet, ce sont de grands, de très grands chancres, plus larges qu'une pièce de cinq francs. D'autre part et surtout, ce sont des chancres ultra-hypertrophiques et à néoplasme vraiment considérable, des chancres qui se projettent hors la peau à la façon de

i. Musée de Sainl-Louis, pièce n" a56 (Collect. génér.).

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