‹ Les chancres extra-génitaux [electronic resource]Chapitre 64 sur 132 · TERTIAIRES · texte numérisé non relu

TERTIAIRES

échéance chronologique dans l'évolution de la diathèse! Voyez plutôt :

De part et d'autre, assise néoplasique bien accentuée, servant de base au processus ulcéreux; — de part et d'autre, induration des tissus par infiltration du derme; — de part et d'autre, ou bien revêtement croûteux, à grosses croûtes brunes, foncées, compactes, ou bien ulcération entamant le bloc d'infiltrat sous-jacent.

A ce dernier point de vue, ajoutons même cette particularité qui constitue un nouvel élément de confusion, à savoir : que, dans les cas où le chancre se met à ronger son noyau d'induration, il présente souvent — et cela contrairement à ses habitudes — un fond inégal, anfractueux, étagé, raviné, lequel rappelle absolument celui des ulcérations tertiaires.

Si bien qu'entre un gros chancre ulcéreux et une syphilide tertiaire la ressemblance objective peut être complète, absolue. Cela, on n'y croirait pas à priori, on a peine à se l'imaginer, et rien n'est plus vrai cependant, je l'affirme au nom de la clinique. Rappelez-vous combien de fois, ici, j'ai appelé votre attention sur ce point, en vous disant : « Regardez ! voici une lésion qui, bien sûrement, indubitablement, n'est autre qu'un chancre de par l'historique de la maladie, de par l'évolution morbide, de par l'explosion secondaire qui vient de se produire à sa suite; et cependant cette lésion offre absolument l'aspect, les allures, la physionomie d'une syphilide tertiaire circonscrite. Donc, à s'en tenir aux seules données objectives, on pourrait commettre une lourde faute diagnostique, consistant à confondre l'accident initial de la syphilis avec une de ses manifestations tertiaires. »

Fort heureusement, les signes rationnels viennent

CHANCRES DU VISAGE

rectifier ici les erreurs possibles de l'objectivité. Ne négligeons donc jamais de les consulter. En l'espèce, ils consistent principalement en ceci :

i° Avec les syphilides tertiaires, pas d'adénopathie (sauf exceptions bien rares). — Avec le chancre, adénopathie constante, v fatale », comme disait Ricord, fortement accentuée en général, et à caractères spéciaux que je n'ai plus à dire.

2° Avec les syphilides tertiaires, antécédents de syphilis, long passé de syphilis. — Rien de semblable, forcément, avec le chancre, puisqu'il est le premier accident en date, celui qui sert d'exordeà la série morbide.

3° Avec les syphilides tertiaires, action rapidement répressive et curative de Viodure de potassium. — Pas d'action comparable de ce même remède sur le chancre et sur la résorption du néoplasme chancreux.

4° Enfin, comme critérium absolu, évolution morbide, c'est-à-dire, en l'espèce, explosion secondaire suivant le chancre à échéance déterminée, et, tout naturellement, ne pouvant que faire défaut au cas où l'accident en litige est une manifestation tertiaire.

ii. — En second lieu, c'est avec Yépithéliome que peut être confondu le chancre facial exubérant.

Comme Pépilhéliome, en effet, il est constitué par un néoplasme volumineux et faisant une forte saillie, quelquefois même par une véritable tumeur cutanée et extra-cutanée, émergeant de la peau sous forme de tête de champignon ou de plateau;

Comme l'épithéliome, il est ulcéreux de surface, souvent même excavé en cratère, en géode;

Comme l'épithéliome, il présente pour assise, sous son ulcération de surface, un infiltrat rénitent, dur,

DIAGNOSTIC. ÉPI1KÉLIOME. 265

très dur' parfois et d'une dureté qu'on a l'habitude précisément (cela n'est-il pas significatif?) de qualifier de « cancroïdienne », etc., etc.

A ce point que, de l'aveu commun, il affecte parfois exactement la physionomie de Vèpithéliome. De cela témoigneraient d'abord, au besoin, quantité d'observations particulières où l'on trouve expressément noté ceci : par exemple, que « la lésion rappelait tout à fait d'aspect une tumeur de mauvaise nature », ou bien que « la question diagnostique a dû s'agiter entre le chancre et l'épithéliome », ou bien encore « qu'on avait d'abord pensé sans restriction à un épithéliome, mais que, plus tard, on a dû revenir sur ce diagnostic pour tel ou tel motif, notamment en raison de l'invasion secondaire », etc. — En second lieu, plusieurs fois je parle toujours observations en main) on a été « sur le point d'enlever chirurgicalement des chancres faciaux qu'on avait réputés épithéliomes. » — Enfin, voici la preuve des preuves : il est un certain nombre de cas où l'on a bel et bien enlevé, excisé, supprimé en tant que lésions cancéreuses, des chancres de la face. Anderson, par exemple, relate un cas où un chancre induré de la joue, pris pour un cancroïde, a donné lieu à une intervention opératoire. J'ai rencontré deux cas semblables dans ma pratique de ville, notamment celui d'un chancre du menton qui a été enlevé par un chirurgien justement célèbre à d'autres titres, mais à coup sûr étranger à nos études spéciales. — Et je dois encore à mes collègues connaissance de quelques autres faits tout semblables.

Il y aurait donc ici matière à un long chapitre de diagnostic différentiel, si déjà je n'avais abordé plusieurs fois devant vous cet important sujet. Je m'abstiendrai

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