‹ Les chancres extra-génitaux [electronic resource]Chapitre 65 sur 132 · CHANCRES DU VISAGE · texte numérisé non relu

CHANCRES DU VISAGE

conséquemment de vous répéter en seconde ou troisième édition ce que je vous ai dit ailleurs1, et me bornerai seulement à vous rappeler ceci :

Qu'indépendamment des données pouvant résulter de l'aspect objectif, le diagnostic en question repose principalement sur les deux considérations suivantes :

i° Évolution très différente, absolument différente pour le chancre et l'épithéliome; — le chancre, en effet, constituant une lésion relativement aiguë, à croissance rapide et promptement accomplie; — parvenant à son apogée en une quinzaine environ; — restant au delà stationnaire, pour ne plus tendre qu'à décroître, se réparer et disparaître; — l'épithéliome, inversement, consistant en une lésion à développement lent; — n'atteignant qu'au prix de mois l'importance que prend le chancre en deux ou trois semaines; — affectant, enfin, une croissance continue, permanente, infinie.

2° Avec le chancre, adénopathie pour ainsi dire immédiate, nettement formulée dès le second septénaire ; — avec l'épithéliome, adénopathie faisant longtemps défaut, et n'entrant en scène qu'après plusieurs mois.

ni. i — Enfin, une troisième lésion simule parfois le chancre facial, mais seulement au niveau du menton et des joues, du menton plus spécialement C'est le sycosis tubéreux, d'origine soit purement inflammatoire, soit triehophytique.

Quelquefois, en effet, le sycosis aboutit à former de grosses lésions qu'il n'y a pas exagération à qualifier

i. V. page 64.

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du terme de tumeurs dermiques; — tumeurs surélevées au-dessus des téguments voisins en forme rie mamelon, de plateau, de « tête de champignon », etc. ; — variables comme proportions entre le volume d'une noisette, d'une olive, d'une demi-noix, et celui d'une moitié d'abricot, voire d'un segment de pêche; — rouges, très rouges, ou d'un brun foncé, violacé; — rénitentes, fermes; — à surface érodée, sub-ulcéreuse ou ulcéreuse, quelquefois enfin recouverte de croûtes, etc..

On conçoit que des tumeurs de cette importance et de cet aspect soient de nature à donner le change. Plusieurs fois on a été sur le point de les prendre et même on les a prises pour des chancres exubérants. Ainsi, Dubreuilh a relaté le cas d'un malade trichophytique qui portait sur la moitié gauche du menton « une volumineuse tumeur de ce genre, large comme une pièce de cinq francs en argent, arrondie, surélevée en plateau d'environ un centimètre, présentant des bords verticaux, couverte d'une croûte jaune, et, de plus (remarquez au passage cette particularité plus qu'insidieuse), flanquée d'un ganglion sous-maxillaire. Cette tumeur, dit en propres termes l'auteur de l'observation, ressemblait beaucoup au chancre hypertrophique de la syphilis ».

Il y a là, en effet, une similitude objective vraiment indéniable et qui, pour ma seule part, m'a frappé plus d'une fois. Cependant une analyse attentive des symptômes éclairera bientôt le diagnostic. Car :

i° Le tubercule sycosique se présente toujours avec une allure inflammatoire, disons même phlegmoneuse, laquelle fait défaut avec le chancre.

20 Pressé entre les doigts, il laisse généralement sour-

CHANCRES DU VISA CE

dre da pus par une multiple série d'orifices dont il est criblé « en écumoire ».

3° A sa surface, les poils ont perdu toute adhérence. On les cueille à la pince plutôt qu'on ne les arrache, ù ce point que, suivant l'expression consacrée, ils semblent « implantés dans du beurre ».

4° Au pourtour du tubercule sycosique on trouve presque toujours soit de petites pustules à base rouge, soit des plaques de pityriasis alba.

5° Le microscope, enfin, dans le cas de sycosis parasitaire, révélera facilement les éléments caractéristiques du trichophyton.

Facilement constatables, ces divers signes sont de nature à ne pas laisser de doute sur le diagnostic. Tout est, seulement, de songer à les rechercher, le cas échéant, sans se laisser influencer par un aspect objectif qui, je le répète, peut être absolument trompeur, non plus que par l'adénopathie qui, nous venons de le voir, sert quelquefois de cortège à ces formes inflammatoires du sycosis.

III. — Enfin, à titre de rareté excessive, voire extraordinaire, je signalerai le chancre simple facial1.

Jamais, pour ma part, je n'ai rencontré le chancre simple au visage, et cependant j'ai conscience de l'y avoir cherché assez scrupuleusement pour oser croire qu'il ne m'aurait pas échappé. Mais d'autres ont été plus heureux que moi. C'est ainsi, à ne citer qu'un exemple, que le Dr Jeanselme a publié récemment une observation de chancre, simple du menton, observation irrécusable, où la qualité de la lésion a été doublement démontrée et par l'examen bactériologique et par les

i. V. au Musée de Saint-Louis, la pièce n° 1744 (Collccl. généi).

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résultats positifs d'une auto-inoculation1. On dit aussi avoir rencontré ce chancre sur diverses autres régions de la face (lèvres, joue, front, région sourcilière).

Certes, en raison de son caractère tout à Fait exceptionnel, le chancre simple facial pourra courir grand risque d'être méconnu; on ne songera même pas le plus souvent à le mettre en cause. Mais, si l'on y songe, il sera toujours facilement déterminé. En ce qui nous concerne, on le distinguera sûrement du chancre syphilitique de même siège de par toute la série des signes suivants : i° Objectivité spéciale (entaillure de bords; — fond inégal; — coloration jaunâtre); — 20 absence d'induration de base; — 3°absence d'adénopathie, tout au moins d'adénopathie répondant au type du bubon satellite; — contrôle bactériologique, mettant en évidence le bacille de Ducrey; — et surtout, par-dessus tout, auto-inoculabililé , constituant en l'espèce le critérium pratique par excellence, non moins que le critérium formel, distinctif, pathognomonique.

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