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CHANCRES DE L'OREILLE

Les chancres du pavillon de l'oreille ne sont que des raretés. La preuve en est que je n'en ai pas observé un seul exemple dans ma clientèle de ville. A l'hôpital même je n'en ai encore rencontré que 4 cas, dont la relation a été fournie par mes élèves, MM. Ilulot, Hermet, Perrin et Lavergne. — Quelques autres cas de

i. V. Contribution à l'étude du chancre mou céplialifjuc, Gazette hebdom. de médec. et de chir., 1893, p. 58i.

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même ordre ont été produits par MM. Cullerier, Gailleton, Huguet, Jullien, Rasori, Duncan Bulkley, etc.

Etiologie. — L'étiologie de ces chancres n'est autre que celle des chancres du visage. Elle procède de conditions diverses, à savoir :

i° Soit du baiser, comme dans un cas du Dr Hermet. « Une femme, qui était affectée d'un léger eczéma du sillon auriculo- temporal, fut embrassée en ce point par son mari, lequel portait alors des plaques muqueuses sur les lèvres. Quelques semaines plus tard, il se produisit, et cela exactement au point susdit, un chancre fissuraire, qui se déversa plus tard sur le pavillon et la région mastoïdienne1 ».

2° Soit de morsure in situ. Le cas de MM. Perrin et Lavergne est relatif à un malade de nos salles qui, dans une rixe avec un lutteur de fêtes publiques, fut cruellement mordu à l'oreille par son adversaire. La morsure avait détaché du coup, racontait le blessé, un « gros morceau de l'oreille ». Néanmoins la plaie guérit tout d'abord en quelques jours. Puis, quatre semaines plus tard, elle se rouvrit, s'encroûta, s'ulcéra, et finit, comme je le dirai dans un instant, par dégénérer en un vaste chancre phagédénique*.

3° En d'autres circonstances, la contamination a paru résulter d'un transport du conlageà l'oreille par les doigts souillés de pus syphilitique.

1. V. P. Hermet, Leçons sur les maladies de l'oreille, 189a, p. a58. — V. au Musée de l'hôpital Saint-Louis, pièce n°4o4, Collect. partie. — V. aussi la pièce n" 307 [Coll. partie), représentant un chancre situé exactement au devant du tragus. Ce chancre résultait également d'une contamination par le baiser.

2. V. Mémoire cité, Annales de derm. et de s yp h ., 1884, p. 336. — La reproduction de ce chancre se trouve au Musée de l'hôpital Saint-Louis, dans ma Collection particulière ^Pièce n° 4o4)-

SIÈGE. SYMPTÔMES. 2jf

Righter a rapporté le cas d'un chancre syphilitique qui se développa sur une brûlure de l'oreille après application d'un morceau de taffetas d'Angleterre qui avait été humecté de salive par un sujet affecté de sy* philides buccales.

Dans un autre cas, le percement du lobule de l'oreille, opération très généralement abandonnée aux bijoutiers, a été l'origine d'une contagion spécifique.

4° D'autres fois, enfin, l'origine de la contamination est restée mystérieuse'.

Siège. — Dans les quelques cas qui sont à notre connaissance, les chancres de l'oreille se sont originairement développés sur divers points, tels que le tragus, l'hélix, l'anthélix, le méat auriculaire, ou bien encore (mais plus rarement), le sillon auriculo-temporal.

Symptômes. — r L'histoire clinique des chancres de cette région ne saurait encore être tracée. Il est permis de croire toutefois, d'après le peu que nous en savons, qu'à cela près d'une seule particularité elle ne présente rien de spécial.

Toujours, en effet, ces chancres ont été ce qu'on eût pu les supposer à priori, c'est-à-dire : des lésions érosives ou ulcéreuses (plus souvent toutefois ulcéreuses qu'érosives) ; — moyennes d'étendue; — sujettes à s'encroûter alors qu'elles sont abandonnées sans pansement à leur évolution propre; rouges de fond,

dès qu'elles ont perdu leurs croûtes; quelquefois cependant jaunâtres ou d'un jaune fauve, comme sur l'une

i. On n'a pas encore observé, que je sache, de cas bien authentique de contamination parles plaques de téléphone. Mais il faut s'attendre à constater un jour ou l'autre des contagions de cet ordre.

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des pièces de notre musée1; — devenant rapidement surélevées et papuleuses; — enfin, toujours flanquées d'une adénopathie satellite bien accentuée, laquelle même (notez encore ce point qui est d'observation si commune avec les cliancres céphaliques de tout siège) atteint fréquemment un développement plus ou moins considérable, en même temps qu'elle affecte parfois plusieurs régions ganglionnaires. Ainsi, dans le cas de MM. Lavergne et Perrin, « les régions sous-maxillaire, parotidienne, sterno-mastoïdienne et occipitale étaient devenues le siège d'une énorme pléiade, à la fois tangible et visible ».

La seule particularité afférente à la symptomaloiogie de ces chancres, c'est l'absence usuelle d'une induration nettement appréciable, ce qu'explique facilement la dureté propre du tissu cartilagineux qui leur sert de base.

Enfin, ces chancres seraient-ils plus disposés que d'autres à la déviation phagédénique? On ne saurait le dire, vu le petit nombre de cas dont on dispose encore. Mais toujours est-il que, sur ce petit nombre, deux fois on a observé un véritable phagédénisme serpigineux. Tel a été l'un des cas dont je vous parlais à l'instant. En quelques jours, racontait le malade, la plaie s'était élargie rapidement « en mangeant tout ce qui était autour d'elle ». Déjà, quand nous le vîmes pour la première fois, ce chancre avait profondément ulcéré le tragus, la moitié supérieure du lobule et toute la région moyenne du pavillon. Il se déversa bientôt sur la partie postérieure de l'oreille, pour envahir ensuite l'apophyse mastoïde, puis le sillon auriculo-temporal,

i. V. Pièce n° 404 (Collect. partie).

PHAGEDENISME. 2r;3

puis les téguments crâniens, où il constitua une zone ulcérative en forme de croissant sur une largeur de deux à trois centimètres.

Dans un autre cas, j'ai vu tout le pavillon (à l'exception de la moitié inférieure du tragus) être transformé sur ses deux faces en une énorme ulcération, mesurant de six à sept centimètres en hauteur, sur une largeur de deux à trois centimètres. Epaissie, amplifiée de volume et modifiée comme configuration, l'oreille était devenue presque méconnaissable1. L'iodoforme fit merveille pour enrayer ce phagédénisme, et la cicatrisation s'accomplit d'une façon vraiment assez rapide, eu égard à l'étendue de l'ulcération, mais non sans laisser, bien entendu, sur tout le pavillon des crénelures et des délabrements du plus disgracieux aspect.

Dans l'un et l'autre de ces cas, le phagédénisme se compliqua de divers accidents locaux etmême généraux, dont quelques-uns ne laissèrent pas de nous inspirer de réelles alarmes, à savoir : d'une part, douleurs névralgiques très violentes dans tout le côté correspondant de la tête; — otite externe; — puis myringite, otite moyenne suppurée, avec perforation du tympan; — — d'autre part, frissons répétés; élévation de la température et accélération du pouls; accès fébriles irréguliers; — retentissement sur les grandes fonctions; — inappétence; — crises de diarrhée sans cause; — céphalée, insomnie, troubles nerveux, perte des forces, voire accablement; — amaigrissement rapide; — pâleur, faciès grippé, etc. — Ce véritable orage infectieux persista quelques semaines, puis s'atténua et disparut, en même temps que l'état local se modifiait.

i. V. au Musée de Saint-Louis, pièce n» 4^7 (Collect. partie.). FoimiriER. — Chancres extra-génit. '8

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