ÉTIOLOGIK. FAÇONNEMENT DU BOUT DE SEIN
plaques muqueuses buccales dont il était alors affecté, trois chancres mammaires.
Les contaminations de cet ordre resteraient isolées et au total peu nombreuses, si une condition toute particulière ne les produisait quelquefois par fournées. C'est qu'en effet on a vu plus d'une fois dans des villages — et même en de petites villes de province — des commères, des matrones se poser en « spécialistes pour le traitement des seins avant et après l'accouchement », se recruter une nombreuse clientèle, et aboutir, le jour où elles contractaient la syphilis, à la disséminer sous forme épidémique. A preuve la célèbre épidémie de Condé, en 1825, qui a été racontée de la sorte par le Dr Bourgogne.
« Dans une ville de province, à Condé, une femme prêtait son ministère soit pour former par la succion le mamelon des nouvelles accouchées, soit pour dégorger leur sein d'une surabondance de lait. Cette femme vint à contracter la syphilis et fut affectée, entre autres accidents, à' ulcérations buccales. Mandée à cette époque près d'une dame récemment accouchée, qui était affectée d'une fissure au sein et dont les mamelles étaient distendues par une grande quantité de lait, elle exerça la succion sur elle plusieurs jours de suite. La fissure au. sein ne tarda pas alors à se transformer en un ulcère rebelle, qui emporta le mamelon ; puis, quelques semaines plus tard, se manifestèrent des symptômes non douteux d'une syphilis plus avancée. Une autre dame qui, également affectée d'une fissure au sein, avait fait appeler la même femme pour se débarrasser de son lait, fut affectée d'ulcères aux mamelons et plus tard d'éruptions pustuleuses de la peau, d'ulcérations de la gorge, etc. Mes doutes sur l'origine de ces deux infections s'étant changés en certitude par le rapprochement de nos deux faits, et sachant que cette femme était très répandue dans la ville et aux environs de Condé pour donner des soins aux nourrices, je crus devoir donner à la découverte que je venais de faire toute la publicité possible, afin de donner l'éveil aux personnes qui s'en serviraient et à celles qui auraient pu la faire appeler. Il était temps de prendre cette mesure; car j'avais à
CH ANCHES DU SEIN
peine fait connaître tout ceci que huit nourrices se présentèrent presque au même instant chez moi. Toutes avaient souffert que celte femme appliquât ses lèvres impures sur leurs seins, et toutes avaient été plus ou moins contagionnées. Appelé dans quelques maisons, je fus à même de voir que la contagion ne s'était pas arrêtée à la quantité de personnes que je viens d'indiquer. Je puis porter au nombre de douze ou quatorze les femmes qui ont été infectées par la succion des seins; six ou huit autres échappèrent à la contagion1. »
Et n'allez pas croire que ce soit là seulement une histoire du vieux temps, non susceptible de s'être reproduite depuis lors. Car, en 1881, c'est-à dire de nos jours, une épidémie toute semblable a été importée à Tourcoing par une matrone s'intitulant « tireuse de seins ». Ayant contracté la syphilis d'une de ses clientes, cette singulière praticienne ne manqua pas de la communiquer à un certain nombre de dames tourquenoises (dont l'une même, soit dit incidemment, succomba, dès la première année de l'infection, à des accidents de syphilis cérébrale)5.
N'oublions pas d'ailleurs, à un autre point de vue non moins important, que les syphilis contractées de cette façon ont le sort de toutes les svphilis « des innocents » {syphilis insontiuni) ; c'est-à-dire qu'elles sont exposées plus que d'autres à « faire tache d'huile », à se disséminer, à créer des foyers, à constituer de véritables petites épidémies locales'0 , et cela précisément parce
1. F. Bourgogne, Considérations générales sur la contagion de la maladie vénérienne des enfants-trouvés à leurs nourrices, suivies de fa relation d'une affection syphilitique communiquée à plusieurs femmes par la succion du sein, Lille, t8a5.
2. Voir les détails de cette petite épidémie dans les Leçons sur la syphilis du Pr Leloir, i88f>, p. 54.
3. De très nombreuses épidémies locales de svphilis ont résulté de contaminai ions par l'allaitement, et quclcpies- unes même, en raison du