ÉPIDÉMIES DÉRIVANT DE LA SYPHILIS MAMMAIRE
qu'elles restent ignorées, méconnues un certain temps, parce que pour un certain temps on ne s'en méfie pas, on ne se tient pas en garde contre elles. Ainsi, une femme contagionnée au sein par une « tireuse de seins » allaite sans défiance son enfant et le contagionne; puis, toujours sans défiance, elle confie cet enfant à une nourrice quand elle ne peut plus l'allaiter; puis, avec une égale inconscience, elle se livre à son mari, elle embrasse ses autres enfants, ses proches, etc., etc. Et ainsi de suite. De sorte que, grâce à ces ricochets multiples de contagion, une petite localité peut se trouver infectée en peu de temps.
C'est ià ce qui, précisément, se produisit à Condé. Car, ainsi que nous l'apprend l'historien de cette petite épidémie : a i° presque toutes les femmes qui gagnèrent ainsi la syphilis la communiquèrent à leurs enfants ; — i° quelques-uns de ces enfants transmirent le mal, avant qu'il fût découvert, à des nourrices auxquelles on les avait confiés; — 3° plusieurs de ces nourrices gâtèrent également leurs propres enfants, à qui elles donnaient le sein concurremment avec le nourrisson infecté; — 4° bien plus, enfin, des enfants sains, qui se servirent des vases que les nouveau-nés infectés avaient touchés de leurs lèvres, contractèrent également cette dégoûtante maladie ».
De même, à Tourcoing, il y eut plus de vingt personnes infectées du fait de la « tireuse de seins », à parler seulement de celles qui se firent connaître.
nombre des sujets infectés, se sont élevées ;tu rang de véritables sinistres publics. Ce serait sortir de mon sujet que de les relater ici ; mais je dois au moins les signalerai! passage. — On en trouvera une nomenclature complète dans ce livre auquel il faut toujours revenir et qui est dû à Duncan Bulkley, La syphilis des innocents.
34^ CHANCRES DU SEIN
Etude clinique1. — Le chancre du sein n'a rien de spécial en tant que symptômes. Ces!, un chancre cutané, presque identique à tant d'autres que je vous ai décrits précédemment.
Et cependant c'est là un accident sur lequel j'ai devoir d'insister et de longuement insister près de vous. Car il s'y rattache un intérêt pratique considérable, sans parler même de l'intérêt médico-légal. Ce n'est pas tout d'ailleurs; car à la syphilis mammaire ressortissent encore de nombreuses questions relatives à la prophylaxie des nourrissons et, par ricochet, des nourrices elles-mêmes. Puis encore, à un autre point de vue qui nous est personnel, jugez quelle situation peut créer à un médecin un chancre mammaire méconnu; jugez quelle devient l'attitude du médecin vis-à-vis d'une famille dont l'enfant a pris la vérole de par un chancre mammaire qui n'a pas été dépisté et diagnostiqué en temps opportun.
Eh bien, ce chancre mammaire, je n'hésite pas à le dire, n'a été bien étudié que dans l'époque contemporaine, surtout depuis les importants travaux qu'a suscités la célèbre question de contagiosité des accidents secondaires. Si vous vous reportez, en effet, à une période quelque peu antérieure, vous ne trouverez, relativement à ce chancre, que des notions absolument confuses, insuffisantes, et même erronées. Le professeur Velpeau, par exemple, dans l'ouvrage important qu'il a publié sur les maladies du sein, en i858, ne donnait pour caractéristique de ce chancre que « l'aspect nummulaire, la teinte cuivrée de la peau (!), le fond gris ou excavé des ulcères, leurs
t. V,, au Musée de l'hôpital Saint-Louis, notamment dans ma Collcct. part, toute uue nombreuse série de chancres du sein.