LOCALISATIONS
bords aigus (!), la matière sanieuse, aqueuse, d'odeur nauséeuse (!), qui en suinte, etc. ». Or, malgré tout le respect dû à l'une des gloires de la chirurgie française, que penser d'une telle symptomatologie? Ce n'est plus, certes, à de tels caractères que nous reconnaissons aujourd'hui le chancre mammaire, comme vous allez le voir.
Localisations. — i. — D'abord, la contagion syphilitique peut s'exercer ou bien sur un sein ou bien sur les deux seins à la fois.
De ces deux cas, le premier est notablement le plus fréquent. Je relève dans la thèse d'un de mes élèves, le Dr Dimey1, la statistique suivante :
i3i observations où la contagion a affecté un seul sein; 74 — où elle a porté sur les deux seins simultanément.
11. — Alors qu'elle est monolatérale, la contagion n'a guère de préférence pour tel ou tel sein. Peut-être cependant le gauche est-il un peu plus souvent affecté, mais avec une supériorité de fréquence tout à fait négligeable.
ni. ■ — Le chancre peut occuper tous les points de la mamelle, mais avec un degré de fréquence relative très inégal. Ainsi :
i" Son siège le plus habituel et de beaucoup, c'est la base même du mamelon, dans le sillon qui sépare le mamelon de l'aréole.
20 Vient au second rang le mamelon.
3° Au troisième se place V aréole, pour un nombre
1. Élude sur le chancre syphilitique du sein, Thèses de Paris, 1891.
CHANCRES DU SEIN
de cas à peu près égal. — Souvent aussi le mamelon el l'aréole sont affectés simultanément.
4° Infiniment plus rares sont les chancres du globe mammaire, en dehors de l'aréole; — et ceux-ci sont d'autant plus rares qu'ils s'éloignent davantage de l'aréole.
Incubation. — A quelle échéance apparaît le chancre mammaire à la suite d'une contagion?
Question d'importance majeure, question incessamment agitée à propos des problèmes multiples et divers que soulève la contagion mammaire; — à propos, par exemple, de ces procès qui interviennent si fréquemment entre nourrices et familles de nourrissons syphilitiques; — à propos de la réglementation administrative des nourrices; — à propos, plus particulièrement encore, des « nourrices de retour », comme on les qualifie en langage technique, c'est-à-dire de ces nourrices, comme il y en a tant, qui vaguent de place en place et qui, venant d'allaiter un enfant, font retour à leur Bureau en quête d'un autre nourrisson. Or, de telles nourrices — l'expérience ne l'a que trop prouvé — peuvent être en incubation d'une syphilis contractée dans un allaitement antérieur
On dira peut-être : « Mais pourquoi soulever ici celle question? L'incubation du chancre mammaire peutelle êlre autre que l'incubation d'un chancre de n'importe quel siège? Comment et en quoi la localisation mammaire pourrait-elle modifier les lois générales de
t. V., sur cette question : Dr Duvernet, Note sur la prophylaxie de la syphilis, concernant la contre-visite des nourrices à la Préfecture de police [Annales de derniat. el de syphil., 1891, p. 387); — A. Fournicr, Nourrices en incubation de syphilis, Rapport à l'Académie de médecine, 16 juin i8()i
INCUBATION. 34g
l'incubation syphilitique? » — Rien de plus vrai, répondrai-je; mais, en fait de science et surtout à propos de problèmes aussi' difficiles, aussi délicats que ceux dont il s'agit en l'espèce, une démonstration directe vaut mieux que les meilleures analogies. Cette démonstration, l' avons-nous? Oui, et la voici :
On a pu se rendre un compte rigoureux de la durée propre à l'incubation de la syphilis mammaire dans toute une série de cas où des femmes saines ont été infectées pour avoir donné le sein à des enfants svphilitiques pendant un très court espace de temps, à savoir : pendant cinq jours, quatre jours, trois jours, un seul jour, voire pour la durée d'une seule tétée. Or, dans ces divers faits, éminemment précieux pour nous en l'espèce, on a constaté ceci :
i° Que la durée usuelle, moyenne, de l'incubation du chancre mammaire est exactement celle du chancre syphilitique de tout siège, c'est-à-dire qu'elle oscille entre trois semaines et un mois;
2° Que parfois elle s'abaisse quelque peu, par exemple à dix-neuf jours, à dix-huit jours; — qu'on l'a même vue (mais une seule fois) descendre à quinze jours;
3° Enfin, qu'en certains cas (ceux-ci tout à fait rares) elle a paru se prolonger quelque peu au delà de trente jours.
Ainsi, précisons par un schéma, pour rendre les choses plus claires :
Une femme saine, je suppose, donne le sein pour une seule fois, aujourd'hui Ier juillet, à un enfant syphilitique. Si cette femme reçoit la syphilis de cet enfant, c'est du 21 au 25 juillet que, conformément aux cas les plus usuels, le chancre mammaire fera éclosion sur elle.
Cependant il sera possible (niais cela est bien moins
CHANCRES DU SKIN
fréquent) que ce chancre fasse son apparition un peu plus prématurément, par exemple du iG au 20 juillet;
— comme aussi, inversement, il se pourra qu'il retarde, c'est-à-dire qu'il n'entre en évolution que vers le 28, le 29, le 3o juillet, voire (mais tout à fait exceptionnellement) dans la première semaine d'août.
Éclosion et période initiale du chancre mammaire.
— Ici va surgir une seconde question, non moins importante que la première et même tout à fait essentielle pour la pratique, à savoir :
Sous quel aspect, avec quelle pJiysionomie se présente le chancre mammaire naissant, comme aussi dans les premiers jours de son évolution?
Celle question, vous en concevez la portée, relativement surtout aux intérêts que le médecin a le plus à cœur de sauvegarder. Car, au moment où nous nous supposons placés, la contamination de l'enfant peut ne s'être pas encore accomplie. Donc, l'enfant peut encore être sauvé, si le médecin, à cette époque, a le soupçon du chancre et si, en raison même de ce soupçon, il suspend l'allaitement.
Or, à cette époque, c'est-à-dire lors de son éclosion et même dans ses deux, trois, qualre premiers jours, le chancre mammaire n'est rien autre (à l'instar du reste des chancres de n'importe quel siège et de même âge) que la plus petite, la plus superficielle, la plus bénigne, la plus insignifiante de toutes les lésions possibles.
Ab ovo, ce n'est pas quelque chose, si je puis ainsi parler, c'est « moins que rien », suivant l'expression d'une de mes malades.
Qualre fois, dans ma pratique de ville, il m'est arrivé