ÉCLOSION. PÉRIODE INITIALE
de constater le chancre mammaire naissant, de le surprendre à son éclosion même, et cela sur des femmes qui, s'étant exposées au contact d'enfants syphilitiques, étaient tenues en observation et, par conséquent, examinées chaque jour. Or, qu'ai-je vu comme exorde, comme premiers rudiments du chancre? Ceci :
Une minuscule lésion, se traduisant à une analyse attentive par les trois caractères suivants :
i° Une très légère élevure cutanée, ronde, moindre qu'une petite lentille comme étendue de surface;
2° Une élevure cutanée rougeâtre, d'un rouge un peu sombre;
3° Une élevure cutanée à centre très rapidement desquamatif et érosif, voire, puis-je dire, à centre presque érosif d'emblée, sous forme d'une abrasion épidermique tout à fait superficielle et d'un diamètre certainement inférieur à celui d'une tête d'épingle.
Et c'est tout. Aucun autre caractère à relever, même à la loupe, même à l'examen le plus méticuleux.
Au surplus, cet aspect de « bouton érosif » est bien celui que nous décrivent toutes les malades assez intelligentes pour rendre compte de ce qu'elles ont observé sur elles comme premiers rudiments de leur chancre mammaire. Interrogez ces femmes, elles vous répondront invariablement ceci : « Cela m'a commencé par un petit bouton de rien, par une rougeur, par une
écorchure, par une gerçure, par une crevasse Ce
n'était rien de rien, tout d'abord, un petit bobo, et voilà tout. Puis, plus tard, cela a grandi, etc. »
Un « bobo », voilà le mot par lequel toutes ces femmes qualifient l'exorde de leur chancre mammaire et nul autre, en réalité, ne saurait mieux traduire ce qu'est ce chancre à ses débuts. Donc, bien loin de
CHANCRES DU SEIN
moi, Messieurs, la prétention de dire qu'à cette époque et sous cette forme rudimen taire le chancre mammaire puisse être reconnu et diagnostiqué par un médecin, quel que soit ce médecin, s'appellerait-il Ricord. Tout au contraire, j'afïirme qu'à celte époque — et je n'y suis que trop autorisé par expérience personnelle — il n'est pas de diagnostic possible sur une telle lésion; j'affirme que cette lésion ou, disons mieux, que cet embryon de lésion ressemble à n'importe quoi, qu'il peut aussi bien être ceci que cela, bref que tout jugement à son égard doit être différé pour un certain temps.
Mais, ce que j'affirme aussi, d'autre part, et non moins énergiquement, c'est qu'une telle lésion, si insignifiante puisse-t-elle paraître, ne doit pas moins être tenue pour suspecte, qu'il convient de s'en méfier, et qu'elle doit toujours faire peur. Car, tout est là, en l'espèce. Si cette lésion fait peur au médecin, cette salutaire appréhension peut servir de sauvegarde à l'enfant. Pris de peur, en effet, le médecin interrogera, se renseignera, s'informera si la nourrice n'a pas donné le sein préalablement à quelque nourrisson suspect, instituera une enquête, suspendra l'allaitement, en un mot fera tout ce qui est à faire pour conjurer une contagion, s'il en est encore temps.
En pareille occurrence, couper court au risque possible d'une contagion est le but bienfaisant à se proposer comme objectif. Or, ce résultat sera parfois au pouvoir du médecin, si le médecin veut bien se pénétrer de cette vérité maintes fois énoncée, mais bien souvent encore méconnue, à savoir : que le chancre, à ses débuts, n'est rien autre qu'une érosion minime et banale, et que, sous cet aspect, il faut s'en méfier