CONTAGIONS ISSUES DE LA SYPHILIS MAMMAIRE
En 1752, une nourrice infectée donna le sein à l'enfant d'un commerçant de Nérac et, naturellement, le contagionna. — Cet enfant fut confié à plusieurs nour-
ayant beaucoup de lait. Elle entre dans la famille X..., comme nourrice sur lieu, vers la lin d'avril.
Pendant cinq à six semaines, tout marche le mieux possible. Mais, au delà, ladite nourrice commence à présenter sur les seins et le thorax des « taches rosées » qui persistent. Puis, il se produit autour des mamelons et sur les mamelons de petites « plaies suppurantes », érosives, rouges, douloureuses au moment de la succion. — On considère ces lésions comme de simples gerçures, comme des « crevasses », de l'espèce de celles qui sont si communes chez les femmes qui allaitent, et l'on ne s'en préoccupe pas autrement.
Cependant, très bien portant jusqu'alors, l'enfant devient souffrant. Il pâlit, il maigrit. Des « boutons » lui viennent à la bouche. Puis son corps est envahi par une éruption confluente d'autres boutons « semblables à de petites lentilles rougeâtres qui s'écailleraient en surface ». Des érosions, des ulcérations se produisent sur les fesses, sur les bourses, dans le pli iuterfessier; de nouvelles ulcérations apparaissent sur les lèvres et dans la bouche, etc.
Alors, seulement, on s'inquiète. Un de nos confrères est mandé, et reconnaît tout aussitôt la syphilis sur le nourrisson et la nourrice.
Séance tenante, la nourrice s'évade, littéralement, de la maison de ses maîtres. Elle s'enfuit, sans même réclamer ses gages. — Depuis lors, les plus fâcheux renseignements ont été recueillis sur son compte. On a appris notamment qu'elle avait la syphilis avant d'entrer en place, qu'elle en avait été traitée et qu'elle en a été traitée subséquemment dans son pays. En outre, son enfant est mort en bas âge, et mort de syphilis, assure-t-on.
L'enfant X..., infecté par cette femme, est resté longtemps malade. Sa santé a été profondément altérée, et l'on a même craint pour ses jours, au dire de sa mère, pendant quelques mois. Enfin, il a guéri, grâce aux soins d'un de nos honorables confrères, qui l'a soumis au traitement spécifique. — Je l'ai vu, pour la première fois, en janvier 1874. A cette époque, il présentait encore d'incontestables syphilides sur les lèvres et sur la langue. Un nouveau traitement dissipa ces accidents. — Toutefois l'enfant resta toujours pâle, maigre, chélif; et je n'ai pas été étonné, lorsque, beaucoup plus tard, en 1886, il me fut ramené pour une périostite intense, affectant l'extrémité supérieure d'un tibia, avec retentissement sur l'articulation du genou. Manifestement spécifique de nature, cette lésion guérit sous l'influence du traitement ioduré.
Jusqu'ici, rien d'extraordinaire clans cette histoire. Car les contaminations syphilitiques qui se produisent de la nourrice au nourrisson, pour être infiniment plus rares que celles d'irradiation inverse, ne
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ricésq'ui, non moins naturellement lurent bientôt contagionnées. — Celles-ci ne manquèrent pas d'infecter leurs nourrissons; — lesquels, à leur tour, infectèrent d'autres nourrices. — Si bien qu'en quelques mois, dit
laissent pas de s'observer de temj>s à aulre eu pratique. Mais voici, maintenant, les ricochets de cette première contamination.
Quatre personnes se partageaient les soins à donner à l'enfant qui venait de recevoir ainsi la syphilis de sa nourrice. C'étaient : i'MmeX..., la mère de l'enfant; — 2° la grand'mère maternelle, qui vivait sous le même toit; — 3° et 4° deux petites bonnes, sœurs, toutes jeunes, de cpiinze à seize ans environ.
Or, ces quatre personnes subirent toutes, comme on va le voir, les ricochets de la syphilis transmise à l'enfant. Ainsi :
i° En novembre 1872, Mme X... fut affectée d'un chancre induré fie la lèvre inférieure, avec volumineuse adénopathie sous-maxillaire. Très certainement elle tenait cette contagion de son enfant, qu'elle ne cessait d'embrasser et qui, à cette époque, présentait encore des « plaies à la bouche ».
Ce chancre fut l'origine d'une syphilis constitutionnelle dont les divers incidents, n'ayant pas trait au sujet actuel, seraient superflus à raconter ici. Il me suffira, comme confirmation diagnostique, de les énoncer brièvement : En décembre, syphilides papuleuses et papuloacnéiques; — syphilides vulvaires. — En avril 1873, nouvelles syphilides à la vulve et plaques muqueuses buccales. — Traitement ruercuriel, qui, malheureusement, ne fut suivi que quelques semaines; plus tard, iodure de potassium. — Aussi bien, en janvier 187.1, récidive de syphilides buccales. — Sirop.de Cibert. — En mai, nouvelles syphilides labiales. — En juin, syphilide croûteuse des narines; érosions buccales.
— Enfin, en août 1875, dernière explosion de syphilides sur la langue.
— Depuis lors, grâce à un traitement mieux suivi, silence permanent de la dialhèse.
Ajoutons que, vers la fin de 1874, Mme X... devint enceinte. Ainsi qu'il était facile de le prévoir, cette grossesse se termina par un avortement, (à cinq mois et demi). — Plus tard, eu 1878, après un traitement prolongé, survint une grossesse nouvelle, qui amena un bel enfant, sain, bien portant. Cet enfant, actuellement âgé de huit ans, n'a jamais présenté le moindre symptôme suspect.
2° La grand'mère de l'enfant, sexagénaire, paraît avoir contracté la syphilis à peu près vers la même époque que sa fille ou un peu plus tard. En novembre 1872, elle commença à être affectée d'une ulcération buccale. Fuis, survinrent chez elle, les mois suivants, de nombreux accidents secondaires que je me bornerai encore à énumérer, sans les décrire, à savoir : syphilides eonfluenles, polymorphes; — violentes douleurs ostéocopes dans les memhres, notamment dans les jambes; —