‹ Les chancres mous extragenitauxChapitre 5 sur 22 · HISTORIQUE DU CHANCRE MOU EXTRA-GENITAL · texte numérisé non relu

HISTORIQUE DU CHANCRE MOU EXTRA-GENITAL

L'histoire du chancre mou extra-génital, se confond avec celle du chancre mou. Avant le xve siècle, le chancre simple paraît exister, et être décrit comme une maladie spéciale avec ses complications.

Hippocrate avait déjà mentionné les bubors de laine survenant à la suite d’ulcérations des organes génitaux.

Le premier, Celse nous donne une borne définition du chancre et de ses complications, maladie qui, d’après lui, était décrite par les Grecs. Il n'indique pas les causes, mais s’excusant d’avoir à traîter ce sujet, il nous indique que ces maladies étaient tenues secrètes à Rome.

On le trouve mentionné comme une maladie très commune et déjà exploitée par les charlatans aux x et x1ve siècles, Mesne, Avenzoar, Albucasis, décrivent des « ulcères corrosifs et serpigineux de la verge »; mais c’est aux Arabes que nous devons les plus précieux documents.

Avant la fin du xve siècle apparaît une maladie nouvelle la syphilis qu’« aucun siècle, écrit Sabellicus, n’avait éprouvé, jusque-là; presque la vingtième partie du genre humain fut atteinte ».

Pourtant les partisans de l’ancienneté de la syphilis crurent la reconnaître dans la lèpre du Lévitique, dans les ulcères de Job, dans l’éruption qui, au dire de Tacite, déformait la face de Tibère. En fait ce n’est que vers 1495 qu’elle fit son apparition en Europe, répandant l’effroi parmi les populations. Le nombre des malades augmentait avec une rapidité déconcertante, n’épargnant « ne couronne, ne crosse ». La vérole frappait jusqu'aux monarques les plus puissants François Ier, Charles-Quint, Henri VIII, sans oublier l’évéque de Ségovie et le pape Alexandre VI.

En 1495, le médecin vénitien Benedictus accuse les astres dont «la maligne influence avait créé cette maladie, fruit nouveau ou du moins inconnu des anciens ».

Il est à remarquer toutefois qu'au moment de l'épidémie du xve siècle les médecins ne confondaient pas le chancre nouveau (syphilitique) avec l’ulcération ancienne {chancre mou).

Ce n’est qu’en 1508 que Georges Vella, le premier, commit la grave erreur d’englober le chancre simple dans la vérole, le mettant au nombre de ses symptômes. L'erreur va grossir encore et en 1551, Musa Brassavole englobe pareillement la blennorragie conçue du temps de Moïse, dans la même unité morbide. La gale même, sans compter l’herpès, les végétations, etc..., furent englobés sous un même nom «le mal vénérien ».

Le véritable novateur dans l'étude des maladies vénériennes fut Hunter, qui, en 1876, eut l’idée d’avoir recours à l’expérimentation. Il reconnut le premier que parmi les lésions vénériennes les unes sont réinoculables au malade, les autres non réinoculables. Seulement il en tira cette singulière conclusion que les premières sont seules contagieuses et que les secondes ne le sont pas. Les résultats mal interprétés égarèrent toute une génération de savants, dont quelquesuns passent pour les plus illustres de notre pays (Rollet).

Pendant ce temps, en Angleterre, Wallace, en 1835, inocula un individu sain, en partant de plaques muqueuses et syphilides pustuleuses. Les résultats qui furent tous positifs détruisaient la doctrine huntérienne.

En 1852, Bassereau, élève de Ricord, défendit la théorie de la pluralité du virus chancreux, pressentie par Carmichael. Grâce à Deday, Rollet, Dron, et malgré les violentes critiques des unicistes, le chancre mou acquiert enfin son individualité. Cependant Auzias-Turenne, inoculant des chancres aux animaux, pense leur communiquer une syphilis atténuée et, croyant à l’immunité acquise après plusieurs inoculations, propose la vaccination humaine appelée : syphilisation. Cette méthode fut condamnée par l’Académie.

ro

Enfin, avec Rollet, Fournier et leurs élèves, les faits se précisent, les conclusions s’imposent : « Le chancre mou est différencié du chancre induré; le chancre mixte est nettement classé dans la nosologie médicale ».

En 1889, Ducrey décrit son streptobacille qu’'Unna retrouve en 1892, dans des coupes microscopiques.

Nicole publie ensuite ses résultats d’inoculation du chancre mou au singe. Enfin, en 1900, Besancon, Griffon, Le Sourd, cultivent le streptobacille sur un milieu à la gélose au sang de lapin.

Jusqu'en 1923, le chancre mou est considéré comme une maladie purement locale; ce n’est qu’à partir des travaux de Reenstierna que l’on fut amené à une conception différente, et à une thérapeutique nouvelle biologique, générale.

Page 1