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IV. — CHANCRES DU MEMBRE INFÉRIEUR

Nous en arrivons maintenant à la dernière catégorie de chancres extra-génitaux que nous nous sommes proposés d'étudier, les chancres du membre inférieur.

Ces chancres sont beaucoup plus fréquents et partant plus importants que les chancres du tronc. Les causes de cette fréquence résident tout entières, surtout pour la portion supérieure et interne de la cuisse, dans les relations de voisinage qu’elle présente avec la verge et le scrotum. Ce sant donc presque toujours des chancres secondaires dûs à des auto-inoculations.

L’étiologie en est généralement simple. Les vêtements, les objets de pansement, la verge même, couronnée de chancres, sont au contact presque immédiat avec la région supérieure de la cuisse; qu’à ce niveau une petite ulcération se produise, que le malade ait en même temps que son chancre une dermatose quelconque, la gale ou toute autre porte d’entrée au virus, secondairement se développeront sur toutes ces petites plaies une quantité de chancres simples. Un autre facteur peut entrer en jeu, nous verrons en effet, dans une observation du professeur Fournier, un malade contracter un vaste chancre du mollet en grattant avec ses mains souillées de pus une petite égratignure qui s’y trouvait. Nous avons déjà vu le même fait se produire avec des résultats identiques dans notre étude des chancres céphaliques.

Les observations que nous publions sur cette catégorie

sont inédites à l’exception d’une seule, Nous Les devons

à l’obligeance de M. le docteur Edmond Fournier, chef de clinique à l'hôpital Saint-Louis. Tous les malades ont été

en traitement dans le service du professeur Fournier.

OBSERVATION XXXIX (Inédite).

Le 8 mai 1880, se présente à la consultation de l'hôpital Saint-Louis M. B..., exerçant la profession de blanchisseuse, âgée de vingt ans.

La malade présente à l’exam>n une granle quantité de petits chancres criblant la vulve, la fourchette, cinq chancres également ont pour sièxe la partie supérieure de la cuisse droite,

D’après la malade, elle est atteinte de son affection depuis 15 jours environ, et affirme que les cancres des cuisses ne sont apparus que plusieurs jours après ceux des parties génitales.

Eprouvant de vives démangeaisons, probablement provoquées par des pédiculi pubis, la malade s'était grattée et avait déterminé à la partie interne de la cuisse droite de petites érosions qui contaminées postérieurement par les vêtements souillés étaient devenues des chancres.

Aucune inoculation ne fut tentée, les s'gnes objec'ifs des lésions suffisaient nettement à établir le diagnostic et faisaient écarter toute possibilité de chancres infectants : multiples,

OBSERVATION XL (Inédite).

Observation communiquée par M. le D° E. Fournier.

M. A. J..., âgé de dans, se présente le 3 septembre 1900

Chatin 5

sr 7e

à la consultation de l’hôpital Saint-Louis pour une éruption généralisée, érythémato-papuleuse sur le tronc et papuloulcéreuse sur les membres inférieurs.

Il est fort difficile d'obtenir des renseignements précis sur les débuts de cette éruption; néanmoins voici ce qu’il a été possible de reconstituer d’après les souvenirs de cet individu dont la mentalité est plus qu'’affaissée.

Chiffonnier de son état, il est depuis longtemps couvert de poux, il a depuis une date indéterminée, plusieurs mois sans doute, la gale, et on trouve sur lui de nombreux sillons. Tout " cela l’inquiétait et l’incommodait fort peu.

Mais depuis un mois il a des plaies à la verge et aux jambes et c’est cela qui l’a conduit à l’hôpital.

Ces plaies multiples au nombre de 40 au miminum sont recouvertes de concrétions purulentes, de fragments de charpie, de cheveux; elles sont dans un état sordide qui empéche de poser un diagnostic sûr.

Après un nettoyage et un interrogatoire plus complet, il me fut possible d'apprendre ceci :

Il y a environ 4 semaines, après un coït avec une fille publique de bas étage, il eut à la verge, une, deux, puis trois ulcérations qu’il ne songea même pas à panser.

C’est depuis cette époque que sont survenues les plaies des membres inférieurs. |

Les plaies de la verge ont l’aspect typique des chancres simples ; l'aspect de ces lésions joint aux notions étiologiques, à l’état des ganglions ne laisse pas de doute.

La similitude parfaite des lésions des cuisses et des jambes avec celles de la verge me firent penser que ces multiples

ésions étaient toutes des chancres mous.

RU

La présence du bacille de Ducrey dans les préparations de pus provenant de plusieurs de ces plaies ; deux inoculations au bras qui formèrent deux chancres mous typiques levèrent tous les doutes possibles.

Il s'agissait bien là de chancres mous multiples siégeant aux cuisses et aux jambes. Je ne puis fixer le ‘ chiffre exact de ces chancres, ayant omis à l’époque de l’inscrire, mais sur une photographie que j'ai sous les yeux et qui représente le tiers supérieur de la face interne de la cuisse droite du malade, je compte 13 chancres ; or comme il en existait à peu près autant sur la’ - jambe droite et sur la cuisse et la jambe gauche, je puis sans causes d’erreur estimer à une quarantaine au moins le chiffre total de ces chancres.

Cette multiplicité extrême était certainement due aux inoculations successives qu'avait occasionnées surune épiderme labouré de sillons de gales d’écorchures et de lésions de grattage le transport du pus chancrelleux dont était imprégné le pantalon du malade au contact direct avec les chancres de la verge non pansés .

Les chancres de la verge, ceux du bras dus à linoculation expérimentale et ceux des membres inférieurs cédèrent rapidement à l’influence de quelques cautérisations. Nous retrouvons dans cette intéressante observation l’'étiologie la plus ordinaire des chancres de {a cuisse et de la jambe, les mêmes causes produiront les mêmes effets

dans les observations suivantes.

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