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LE PROJET DE RÉFORME MONÉTAIRE DE LA RÉPUBLIQUE ARGENTINE

Intérêts de cette réforme pour les capitaux étrangers. — L'ancien système. — Les émissions de papier. Grise de spéculation et liquidation. — La Caisse de conversion : principes défectueux et honnêteté douteuse. Les résultats. — Situation actuelle et projet de loi.

Parmi les pays jeunes qui nous intéressent par leurs possibilités économiques et les débouchés qu'ils offrent à nos capitaux, la République Argentine peut devenir un centre d'affaires particulièrement important. Négligeant les richesses minières encore mal connues, et se plaçant uniquement au point de vue agricole, il suffit de constater qu'une population de 5 millions d'habitants environ flotte sur une immense étendue de a 894 000 kilomètres carrés de territoire, en très grande

Sartie fertiles, pour avoir une idée générale du éveloppement que peut encore prendre l'Argentine, avant de devenir un pays encombré et

peu propice à la création de nouvelles entreprises. A mesure que la population s'accroîtra, soit naturellement, soit par l'immigration et

3ue, par suite, la culture s'étendra et devienra plus intensive, la seule création de l'outillage économique : chemins de fer, banques, etc... nécessaire à d'aussi vastes exploitations, ouvrira des débouchés considérables à l'expérience financière et aux capitaux des vieilles nations.

L'essor pris par la République depuis la terrible crise de 1890, que nous expliquerons plus loin, est bien fait pour encourager les capitalistes étrangers. Quelques chiffres caractéristiques donneront une vue précise des progrès réalisés.

Avant 1870, les Argentins vivaient de l'abatage des troupeaux et ne produisaient pas suffisamment de blé pour leur propre consommation. Actuellement ils exportent pour 4 millions et demi de pesos-or d'animaux vivants, pour 17 millions de viandes congelées et pour i5o millions de produits agricoles. En 1893, le déficit commercial s'élevait à 8 millions et demi de pesos; en 1904, les exportations dépassaient les importations de 77 millions et l'on estimait que la balance générale des paiements se soldait par un excédent de i5o millions de francs.

L'Argentine est un de ces pays à vocation économique très claire, dont nous parlions au

début. La prime à l'exportation résultant de la dépréciation de la monnaie a eu pour effet de provoquer le développement agricole, qui, au moins dans l'état actuel des choses, est le plus naturel et le plus profitable.

L'essor du commerce a produit naturellement le renchérissement des terres, dont la valeur, durant ces dernières années a augmenté de 20 à 200 pour 100, en même temps que la surface cultivée s'élevait de 2989Ô00 hectares en 1890 à 8 4 10 000 en 1903.

En i885, les chemins de fer avaient une longueur totale de 45oa kilomètres et transportaient 3o5oooo tonnes de marchandises.

Actuellement la longueur des voies ferrées atteint i85oo kilomètres et les marchandises transportées 17500 tonnes. Le réseau va être encore étendu par la Compagnie Générale des Chemins de fer dans la Province de Buenos- Ayres fondée récemment par la Banque de l'Union Parisienne, la Banque de Paris et de s Pays-Bas et la Société Générale de Belgique.

Le rendement des impôts, et, grâce à une administration financière un peu plus sage, le crédit public, se sont améliorés. Les déficits budgétaires ont été progressivement réduits et depuis trois ans, les exercices se soldent en excédent. Il s'en suit une élévation des cours des emprunts argentins à l'intérieur et à l'étranger et la récente conversion de 6 pour 100 a été effectuée avec succès. Le crédit accordé aux

grandes sociétés commerciales a suivi la même marche et le tableau suivant permet d'apprécier les progrès des principales valeurs argentines (i).

Titres du pays.

Emp. pop. 1898. . . .

ioo,3

IOI,J

Emp. int. 1891. . . .

Emp. langot 1897.. • • Fond, public. 1092. . .

Emp. consol 1894. . .

Munie. Bs. As. 1897..

— consol. 189 1...

— consol. 1882. .

ioi,3

Bco. nacion certifie. .

ioo,5

ioo,5

Bco. de la province de Bs As. certifie. . . .

SU Fé consol. 1896. .

Gedulos nacion. G. .

8 2 ,3 io3,6

Gedulos nacion. H.

: Il

ioi,5

io3

Géd. prov. 8 p. 100. .

Titres extérieurs :

Obi. publ. 1886 5 p. 100

tt.1

io4

F.C. Cent.Norte5p.ioo

: Il

Harr Doll. 3 1/2 p. 100.

Moratoria 6 p. 100. .

ioi,5

io5,3

Obr. Saiubrid. 5 p. 100.

Rescis. Garant. 4 P- 100

ioo,5

Gonv. Dend. Pr. 4p* 100

Actions :

Gomp. Noc. de Fosf. .

Comp. Sansinena. . .

(1) Nous empruntons ce tableau à Y Amérique Latine, organe officiel de la Ligue Latine de France et des Républiques Latino- Américaines.

190a 1903 1904 igoS

Mercado Central. . . . i36,5 i3a,5

Catalinas 6 10 ,3

Muelles de la Plata. . . 3,3 5, 2 Fabr. de Popel (La Argen-

tina) 129 ia5

Fabr. de Boisas (La Pri-

miliva) 110 100

Boisa de Comercio. . . i35 120 Comp. Sud. de Bill, de

Baoco 2j 35

Puerto S. Nicolas . . . 3,5 0,5

Banco Espafiol 125,3 i33,5

Banco de Italia. . . . g5,5 88,5

Banco France» . . . 100 90

Bco del Comercio. . . 90 92

Bco Nuevo Italia. . . . 108 108

Bco de Londr. (£ i5). . 47 ,6 49

Bco Britanico (£ 10). . 10, 5 10 Bco de Londres y Brazil

Bco Tarapaca y Argentina

A ces signes d'amélioration générale, on peut ajouter des indices particuliers et très précis sur la situation économique actuelle : Depuis 190s, les dépôts dans les huit banques nationales ont augmenté de 60 pour 100 et l'encaisse de 11 pour 100. On a des renseignements moins nets sur les banques étrangères qui sont beaucoup plus importantes. Mais la progression y a été au moins égale, sinon supérieure. De 1903 à 1904» les escomptes dans les sept principaux établissements de crédit, tant nationaux qu'étrangers, ont augmenté de 48 mil-

IIO

lions de piastres papiers. Létaux de l'escompte, qui était de 6 à 7 pour 100 en 1902, est descendu à 4 et 4 1/2 pour 100 en 1904, et celui des prêts hypothécaires est tombé de 9 et 10 à 7 et 8 pour 100.

La République Argentine constitue donc un terrain d affaires très intéressant et comme elle ne possède les ressources nécessaires ni en hommes ni en argent, son développement doit être, en grande partie, l'œuvre des vieilles nations capitalistes. Déjà, grâce à la stabilité précaire que l'expédient de la caisse de conversion donne au papier-monnaie, des capitaux étrangers assez considérables sont entrés dans le ays, mais une institution à la merci d'une série e mauvaises années agricoles ne suffit pas à leur assurer une sécurité qui ne peut résulter que de l'adoption d'un régime monétaire logique et solide. C'est à ce souci, que répond le projet de loi présenté récemment au Congrès, mais qui ne paraît pas devoir être discuté avant la prochaine session.

Aujourd'hui, la République Argentine est pratiquement au régime du papier-monnaie inconvertible. Son système monétaire primitif, qui n'existe plus qu'en théorie, avait été établi en 1881. Il est assez bizarre, car la frappe de l'argent y est libre, mais son pouvoir libératoire

limité à 10 pesos ou 5o francs. L'unité monétaire est le peso or, pesant 1^,6129 au titre 0,900 et le peso argent, pesant a5 grammes à 0,900. Le rapport entre les deux métaux est donc de 1 à i5 et demi comme en France et la parité du peso est de cinq francs. Les monnaies réelles étaient les pièces de 5 et a pesos et demi en or et de 1 peso, 5o, ao, 10 et 5 centavos en argent.

La désorganisation de ce système, que la baisse de l'argent rendait probable, fut accélérée par les émissions insensées de papiermonnaie qui eurent lieu entre i885 et 1891.

Durant cette période, le Gouvernement, les Banques et les particuliers furent atteints d un véritable vertige financier. Tandis que l'État contractait emprunt sur emprunt, les émissions de papier se précipitaient avec une vitesse d'autant plus grande que sa valeur diminuait. L'or qui était au pair au commencement de i885 atteignait i/Jo pour iqo à la fin de Tannée; en 1888 il était à i54 pour 100. Il semble bien que si la prime ne monta pas plus vite encore, c'est que le volume énorme des transactions qui s effectuaient à cette époque exigeait une grande quantité d'instruments de paiements et facilitait l'absorption du papier. On se livrait, en effet, à une terrible spéculation, surtout sur les propriétés foncières. Des fortunes passagères se faisaient en un jour, car la même parcelle de terre inculte passait de main

en main avec une rapidité extraordinaire et son prix s'élevait sans cesse. On en arriva à trafiquer de villages purement fictifs.

Suivant le processus classique, la crise éclata en 1890, compliquée dune révolution, de la faillite de l'État et bientôt après, du Krach Baring. La plupart des banques, qui avaient avancé des sommes énormes sur des immeubles dont la valeur imaginaire s'effondra, se trouvèrent impuissantes à réaliser leurs gages et durent suspendre leurs paiements. Les cours de toutes les valeurs tombèrent et la dépréciation du papier atteignit 358 pour 100 en 1894.

La fin de cette liquidation douloureuse marqua le point de départ d'une nouvelle période, non de spéculation, mais de développement sérieux et de prospérité solide. A cette époque, il y avait pour 307 millions de pesos de papier en circulation ; le retrait de 1 2 millions les réduisit à 296 millions. Malgré la faiblesse de cette diminution, nous voyons la prime sur l'or s'abaisser rapidement. Au mois de janvier 1896 elle n'est plus que de 227 pour 100, un an après elle est à 187 pour 100, au début de 1898 à i64 pour 100. Dans le courant de l'année, elle s'élève jusqu'à 175 pour 100, puis brusquement, en six mois, tombe à 108 pour 100. C'est que la proportion entre les billets en circulation et les besoins de numéraire a diminué beaucoup plus vite de leur quantité absolue. En ces quelques années, si la circulation

est restée stationnaire, la population a augmenté de 17 pour 100 et le mouvement commercial de 3o pour 100; l'instrument d'échange est plus demandé qu'auparavant et sa valeur s'élève. De plus, grâce à l'accroissement des exportations, l'or entre tous les ans dans le pays en grande quantité.

Comme il fallait s'y attendre, cette appréciation des billets amena une nouvelle crise. A mesure que le papier s'était déprécié, les prix avaient monté ; la valeur du papier s 'améliorant, il fallait que les prix baissent de nouveau pour maintenir l'harmonie. Ce fat surtout la chute soudaine de la prime de l'or, dans la seconde moitié de 1898 qui rompit l'équilibre et provoqua de ces luttes d'intérêts qui aggravent généralement la situation des pays à change déprécié.

Deux partis se formèrent : d'un côté, le ca-

Î)ital étranger : les banques, les chemins de er, les compagnies d'assurances, les maisons d'importation, qui ont intérêt à voir le papier revenir au pair ; de l'autre, le capital indigène : les éleveurs, les agriculteurs, les industries locales, tous ceux qui payent en papier et vendent en or et dont chaque baisse des billets augmente, en principe, la marge des bénéfices. Ce furent ces derniers qui l'emportèrent et leur campagne aboutit en 1 899 à la création de la Caisse de conversion. Cette très discutable institution avait pour but d'arrêter l'appréciation du

papier et d'empêcher son retour au pair. Elle comportait la formation d'une réserve en or destinée à rembourser les billets au taux de 44 centavos pour un peso, correspondant à une prime sur l'or de 127,27 pour 100. C'était la stabilisation du peso-papier à 44 centavos ou 2 fr. 20. Si elle a réussi et si, effectivement, depuis le mois d'octobre 1902, la prime sur l'or reste fixe à 127,27 pour 100, ce n'est pas la faute des organisateurs de la Caisse de conversion. Il a fallu pour cela une série exceptionnelle d'années favorables à l'agriculture, pendant lesquelles l'Argentine est restée créditrice de l'étranger.

En effet, au lieu de servir uniquement à garantir les 295 millions de papier déjà en circulation, la Caisse de conversion émet ellemême des billets dans la limite de son encaisse. Elle a lancé ainsi pour 112 millions de pesos de billets, ce qui en porte le total à 407 millions. Le fonds de conversion s'élevant actuellement à 53 millions de pesos-or ne garantit donc qu'une faible partie de la circulation. La simple prudence exigeait évidemment qu'on retirât les billets anciens, à mesure qu'on lançait les nouveaux, sinon l'on s'exposait à une crise d'inflation monétaire et, par suite, à une nouvelle dépréciation du papier. S'il n'en a

{>as été ainsi c'est que l'activité économique de a République Argentine s'est développée avec une rapidité et une régularité qu'aucun événe-

ment fâcheux n'est venu contrarier. Grâce aux besoins croissants du commerce, les nouvelles émissions ont été absorbées avec une surprenante facilité.

Mais ce n'était pas le seul danger d'une institution aussi sommairement étudiée. En mettant immédiatement à la disposition du public l'or de la Caisse de conversion, on pouvait le voir disparaître rapidement, car la position créditrice de l'Argentine vis-à-vis de l'étranger, reposant uniquement sur la réussite de la cam-

(>agne agricole, est extrêmement fragile. Une ongue sécheresse, des pluies prolongées compromettant les récoltes et provoquant des maladies sur le bétail et l'excédent des exportations ferait place au déficit. Pour effectuer les paiements à l'étranger, on présente alors les billets au remboursement et l'or de la caisse s'enfuit hors du pays. C'est miracle qu'un pareil fait ne se soit pas produit, mais on voit combien il serait dangereux de compter plus longtemps sur le maintien de cet équilibre instable et jusqu'à quel point s'impose le remplacement d'un système empirique par un régime monétaire raisonné et solide.

La fixation du taux de convertibilité des billets à 44 ce n ta vos, soit un peu moins de la moitié de leur valeur, soulève en outre une question d'honnêteté financière qui se pose également pour d'autres pays. Parmi les violentes protestations que souleva la création de

la Caisse de conversion, le reproche le plus général qu'on adressa au gouvernement fut qu'il violait ses engagements. Les billets constituent, en effet, des promesses de payer une somme fixe et si l'on ne donne que 44 centavos au lieu de ioo qu'on s'était engagé à payer, c'est tout simplement une façon assez cavalière de faire faillite.

Le gouvernement essaya de se justifier par deux raisons qui ne tiennent pas debout. La première c'est que, seule, la plus faible partie des billets, ceux-là seulement qui avaient été émis avant i885 avaient été pris au pair; dans la suite, la dépréciation faisant son œuvre, les émissions postérieures avaient été acceptées pour une valeur de plus en plus faible et même, pendant longtemps, très inférieure aux taux fixé pour la conversion. Il s'ensuit que si les personnes qui ont reçu des billets avant i885, sont lésées par la loi de conversion, celles, au contraire, qui en ont reçu entre 1889 et 1902, époque où la prime sur l'or était supérieure au taux fixé de 127 pour 100, réalisent un joli bénéfice. Il y a donc compensation.

Cette explication ne manque pas de gaieté.

Qu'est-ce qui a baissé à partir de i885P Ce ne sont pas les engagements de l'État ; un billet de 5 pesos même en 1894 constituait toujours une promesse de payer 5 pesos en or et si cette promesse en vint à n'être plus acceptée que pour 2 pesos, c'est que le crédit du débi-

teur baissait et non pas le montant des billets souscrits. S'il ne s'était engagé réellement qu'à payer a pesos, son billet aurait été pris, non pas pour ce chiffre, mais pour quelque centavos seulement.

A cela le gouvernement répondit que, les billets ayant changé de mains depuis leur émission, il était impossible de retrouver les personnes lésées. Mais comme les billets sont des promesses de payer au porteur, il est, au contraire, extrêmement facile de retrouver les créanciers et ce second argument est aussi peu sérieux que le premier. La fixation du taux de conversion à 44 centavos constitue, sans aucun doute, une faillite partielle bien caractérisée qui porta préjudice à toute une catégorie d'intérêts très respectables.

Quoi qu'il en soit, la situation actuelle paraît favorable à une réforme. Depuis la fin de 190a, la prime de l'or se tient à 127,27 pour 100 et les prix se sont accommodés à la valeur de 44 centavos attribuée au peso par la loi de conversion. Dans ces conditions, il serait certainement très dangereux de vouloir remonter les billets jusqu'à leur valeur nominale et, quelle que soit l'étendue des dommages causés, on ne peut, pour les réparer, compromettre par une nouvelle crise, le développement économique du pays.

La réforme doit donc confirmer purement et simplement la convertibilité des billets au

or .

taux de 44 centavos ou plutôt au poids d or correspondant à 44 centavos de l'ancienne monnaie, c'est-à-dire 3* r ,5483 à 0,900.

D'après les dernières statistiques, la circulation se décompose de la manière suivante : papier: $ 471 9o5 48o équivalent à $ 207 638 4i 1 or; existences en or : $ 53 000 000 à la Caisse de conversion et $ 4i 000000 à la Banque de la Nacion, soit au total $ 94000000 or. La circulation fiduciaire se trouve donc garantie jusqu'à concurrence de 45 pour 100. C'est évidemment une proportion assez faible, mais si l'importance de la position créditrice de l'Argentine continue à s'accroître, elle sera promptement renforcée. Il faut remarquer, toutefois, que cette position créditrice ne doit

f>as augmenter proportionnellement au déveoppement des exportations, car celui-ci est, en grande partie, le fait des immigrants qui augmentent la puissance productive des indigènes mais qui, en revanche, envoient en Europe la plus grande partie de l'or qu 'ils gagnent et s'en retournent eux-mêmes, avec leurs économies, dès qu'elles leur permettent d'acheter un peu de terre dans leur pays d'origine.

Il s'agit maintenant de remplacer l'ancienne circulation métallique qui a disparu et qui, comme nous l'avons vu, reposait sur des principes défectueux.

Deux projets se trouvaient en présence. Le premier consistait à prendre comme unité une

fûastre d'or ayant la valeur de 44 centavos de 'ancienne monnaie. Le seul mérite de ce système était d'harmoniser immédiatement la nouvelle monnaie métallique avec la circulation de papier. Les comptabilités tenues en papier n'auraient eu à subir aucun changement, mais, en revanche, la transformation des comptabilités en or aurait donné lieu à des calculs assez compliqués.

Le projet présenté par M. Terry, ministre des Finances, à l'ouverture de la session du Congrès, le a3 octobre dernier, a l'avantage de reposer sur une unité monétaire déjà connue, en usage dans plusieurs pays qui entretiennent des relations commerciales étendues avec l'Argentine, et pour laquelle, par conséquent, tous les calculs de rapport avec les autres monnaies sont déjà faits.

La base du nouveau système est YArgentino d'or pesant 3a 5a8 cent millièmes de gramme à 0,900. C'est donc l'équivalent du franc, de la peseta, de la lire et de la drachme.

Les monnaies réelles seront des pièces de 100, 5o, 20, 10, et 5 argentinos en or. Les pièces d'argent de 2 et de 1 argentino seront identiques à nos pièces de a et de 1 franc, pesant respectivement 10 et 5 grammes, au titre o,835.

L'argentino étant divisé en 100 centavos, il sera frappé des pièces de 5o, a5, 10, 5 et 2 centavos et demi en nickel.

La frappe de l'or sera libre ; celle de l'argent et du nickel sera limitée à 10 argentinos par habitant. Peut-être est-ce là une proportion un peu forte. Dans les pays de l'Union latine, la monnaie divisionnaire est fixée à 7 francs par habitant.

Enfin, les monnaies d'argent auront force libératoire jusqu'à concurrence de 20 argentinos et celles de nickel jusqu'à 5 argentinos.

Le projet fixe la date du 1 er janvier 1909 pour la mise en application du nouveau système, à condition que te Caisse de conversion renferme à cette époque, au moins l'équivalent de i5o millions d'argentinos nouveaux, soit $ 3o 000 000 or. Jusque-là, nous en sommes réduits à espérer qu'aucun événement fâcheux ne provoquera un fuite de l'or.

De nouveaux billets en conformité avec le système adopté seront émis par la Caisse de conversion pour remplacer les anciens. Elle en délivrera, en outre, d'une manière permanente, en échange d'espèces en or, et pour éloigner du gouvernement la tentation de puiser dans le fonds de conversion en cas de besoins exceptionnels, la loi décidera que l'or de la caisse « ne peut, en aucun cas, ni sur aucun ordre, être affecté à aucun objet autre que la conversion des billets, sous la responsabilité personnelle des membres de la Caisse de conversion et des employés qui en font la délivrance ».

Il n'y a pas de critique de principe à faire à ce projet dont l'application ne causera certainement aucun trouble dans la situation économique de l'Argentine. Les petits inconvénients qui résultent pour la comptabilité d'un changement de l'unité monétaire seront même réduits au minimum. Pour les comptabilités tenues en papier, il suffira de multiplier par 2,20 et pour celles tenues en or, par 5, le nouvel argentino étant exactement le cinquième de l'ancien.

Il faut seulement souhaiter que ce projet soit voté le plus tôt possible. C est, malheureusement, ce qui ne parait pas devoir se faire, car le Congrès ne l'examinera certainement pas au cours de la session actuelle. Il y a pourtant tout intérêt pour la République et pour les étrangers, à ce qu'il ne reste pas à l'état de bonne intention.

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