‹ Les changes dépréciésChapitre 6 sur 14 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Intérêt qu'a la France a ce que les pays qui offrent des débouchés a ses capitaux possèdent un bon système monétaire.

On ne peut prêter avec sécurité à un pays étranger ou engager des capitaux dans ses industries que s'il possède un système monétaire solide. Pour une nation comme la France, qui doit chercher à l'extérieur des débouchés pour les capitaux qu'elle ne peut ou ne sait employer chez elle, il y a là une question de première importance.

Faiblissant dans la lutte industrielle et commerciale, nous devrions au moins triompher sur le marché financier du monde. Et cela, non seulement pour assurer à notre argent des emplois plus avantageux et plus sages que le dépôt dans les sociétés de crédit, mais aussi

Sarce que c'est la meilleure façon de conquérir es débouchés industriels nouveaux, capables de rendre à nos producteurs une vigueur qui semble les abandonner. Il faut pour cela deux choses : d'abord que nous prêtions nos capi-

feux, non pas en demandant seulement un intérêt modeste, comme si nous étions heureux qu'on veuille bien les accepter, mais en exigeant tous les avantages que légitime le service que nous rendons. Et ensuite que le pays où bous les envoyons leur offre, tant par sa situation politique et économique que par la stabilité de son régime monétaire, une sécurité suffisante.

C'est pourquoi, bien que les discussions d'école soient finies, l'étude des changes dépréciés conserve un grand intérêt pratique. Elle a seulement changé de caractère. Il ne s'agit plus de savoir qui l'emportera de l'or ou de l'argent, mais simplement de condenser et de mettre en œuvre tout ce que nous ont appris les expériences passées, afin de réaliser sans tâtonnements des réformes intelligentes et durables.

Les pays à change déprécié sont ceux dont la monnaie, tombée au-dessous de sa valeur nominale, demeure sujette à des fluctuations qui empêchent l'établissement d'une parité fixe entre elle et les monnaies étrangères.

Quand il s'agit de remédier à cet état, deux séries de questions se présentent.

Les unes, d'ordre plutôt théorique, consistent dans le choix des mesures à prendre pour vendre à la monnaie une valeur fixe; les autres, purement pratiques, résident dans la difficulté de réaliser une réforme sans grever

trop lourdement les finances publiques, et sans provoquer de perturbations dans l'organisation économique du pays.

Les premières sont relativement faciles à résoudre. Grâce aux expériences faites depuis trente-cinq ans dans le monde entier, les lois qui régissent la valeur de la monnaie sont maintenant bien déterminées. Elles sont même si précises et si invariables, que les économistes ont trop souvent la tentation de considérer les questions de réformes monétaires comme des problèmes de pure mathématique. En soi, c'est presque exact. On sait d'avance qu'en prenant telle mesure, on produira tel effet; mais ce n'est pas tout que de connaître le mécanisme, il faut savoir le faire jouer au moment opportun. Il ne faut pas oublier, en effet, que si actuellement presque toute question de mécanique monétaire peut se ramener à un groupe de cas connus et déjà résolus, il y a, dans chaque situation particulière, des faits qui lui donnent une physionomie propre et peuvent influer gravement sur les conditions d'application d'une réforme en elle-même facile à élaborer. C'est ainsi que des théoriciens bien intentionnés ont construit pour l'Indo-Chine et la Chine des systèmes parfaitement logiques mais dont la mise en œuvre immédiate aurait produit plus de mal que de bien.

Aussi, après avoir analysé les principaux éléments qui influent sur la valeur de la mon-

naie et étudié leur action dans chacun des systèmes monétaires, afin de bien connaître les données théoriques du problème, nous essayerons d'indiquer les principaux groupes de faits qui doivent être pris en considération lorsqu'il s agit de réaliser une réforme. Alors, nous

Eourrons aborder l'examen d un certain nomre de cas concrets, pris dans l'histoire monétaire de ces dernières années.

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